RAIE
médiane du corps. Son extrémité antérieure forme une niasse divisée en trois lobes, l’un à droite et les deux autres à gauche; le médian recouvre le pancréas ; l’ensemble se moule sur l’estomac et l’intestin et par suite a sa face profonde concave, tandis que sa face externe moulée sur le diaphragme et la paroi abdominale est convexe.
11 existe une vésicule biliaire relativement peu volumineuse et logée dans une excavation entre le lobe droit et le lobe gauche interne.
La couleur du foie de Raie est assez variable ; elle est grise chez le mâle de R. clavala et jaune chez la femelle ; jaune d’or chez la Pastenague (Odin).
Huile. — Caractères généraux. Extraction. — L’huile de foie de raie est très lluide. Sa couleur varie un peu suivant les procédés d’extraction au moyen desquels elle est obtenue; toutefois elle n’est jamais noire ni brune. C’est une huile d’un jaune d’or rutilant lorsqu’elle est préparée par ébullition et expression, d’un jaune d’or ambré (i) lorsqu’elle a été obtenue au bain-marie. C’est sous cette couleur qu’elle se présente le plus fréquemment. Elle a une saveur sui generis sans àcreté ni amertume. Son odeur n’est pas repoussante, elle rappelle celle du poisson récemment pêché.
La densité de l’huile de foie de Raie est égale à 0,928 (Girardin et Préissieri. Très soluble dans l’éther, elle l’est peu dans 1 alcool. Traitée par l’acide sulfurique (i goutte d’acide et 10 gouttes d’huile) et agitée, elle passe successivement par les couleurs rouge, rouge-violet, violet, cramoisi, puis la teinte s affaiblit et devient brune (Gobley, Odin, loc. cit.).
La composition de l’huile de foie de Raie a été étudiée par
(1) Odin pense {lor. cit.) que la couleur jaune de l liuile de foie de Raie provientdes matières colorantes de la bile qu elle lient en dissolution. « En ell'et, dit cet auteur, si avant de soumettre le foie à une légère élévation de température, on le débarrasse de la vésicule biliaire après en avoir fait écouler le liquide, et si l'on chasse des plus gros conduits celui qu'ils contiennent, par des injections répétées d'eau pure, on obtient une huile blanche, verdâtre, à peine colorée ».
icnrnyoPSiDES
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plusieurs chimistes. Saponifiée par la potasse et la soude, elle donne de la glycérine et un mélange d'acides margarique, oléique et valérianiipie. Elle renferme en outre de l’iode et du phosphore (i) (Delattre) ; l’iode s’y trouverait, d’après Odin, dans la proportion de i5 mmg, 4 d’iode évalué à l’état de métalloïde pour i ooo gr. d’huile.
L’e.xtraction de riiuile de foie de Haie s’opère soit par fermentation, soit par expression, soit enfin par la chaleur. Ouand on emploie la chaleur, tantôt on agit à feu nu, tantôt au bain-marie. Dans ce derniei- cas on utilise un courant continu d’eau à 60” (procédé Delattre) circulant dans le double l'ond d’une chaudière contenant les loies à traiter. La chaudière est fermée hermétiquement et l’air en a été chassé par ‘un courant d’acide carbonique ; d’autres opérateurs utilisent un courant de vapeur d’eau. Ces derniers procédés sont ceux (pii donnent les meilleurs résultats.
L’huile de foie de Raie devra être conservée à l’ahri de l’air et de la lumière.
2“ Squalides.
Les Squalides sont des Sélaciens à corps allongé, fusiforme; leurs fentes branchiales s’ouvrent sur les côtés; la bouche, transversale, est placée à la face inférieure de la tète, assez loin en arrière de son extrémité. La nageoire caudale est hélerocerque (2). Enfin les dents sont nombreuses, pointues et tranchantes, disposées sur plusieurs rangées.
fl) D aprè.s Personne, elle ne renfermerait pa.s de phosphore : les huiles dans lesipielles ce corps a été rencontré, le contiendraient à l'état de phosphate de chaux provenant des déhris de parenchyme hépatique que 1 huile lient en suspension.
(2) h Ilétéroceri ic est constituée par l inégalité des lobes de la nageoire caudale ; 011 1 oppose à \' hornocercic caractérisée par des lobes égaux à la nageoire caudale, disposition (ju’on observe chez le plus grand nombre des Poissons actuels. Ces deux termes n’ont d'ailleurs qu’une valeur relative. En edel. au point de vue anatomique, tous les Poissons, sauf les Dipnéens, sont hétérocerques ; on considère, il est vrai, la généralité des Téléostéens comme hoinocerques, mais à y regarder de plus près, on constate qii il n'y a souvent là qu’une apparence. L’extrémité de la colonne vertébrale s'y relève comme chez les Squales, mais cette déviation ne porte que sur la dernière vertèbre qui s’allonge en une pièce pointue au-<Zessous de laquelle sont fixées les pièces basilaires des rayons de la nageoire.
MORUE
Le groupe des Sqiialides comprend un grand nombre de genres parmi lesquels on compte des espèces de taille très développée ; telles sont: l’Aiguillat [Acanthias vulgaris^ L.), niumantin (Centrina Salviani, Rond.), le Renard de mer {Alopias vulpes^ Raf.) qui peut atteindre 5 mètres de long ; le Pèlerin [Selache maxima^ Gunn.) qui a jusqu’à i4 mètres de long et pèse alors plus de 800 kilogrammes; enlin les Emissoles [Mustelus, Cuv.) et les Requins proprement dits {Carcharias^ Ghv.). Les foies de ces diverses espèces (0 servent à préparer une huile limpide, d’une belle couleur ambrée, qui laisse déposer avec le temps une assez grande quantité de stéarine. Suivant Delattre cette huile renferme plus d’iode que les huiles de foie de Morue et de Raie.
3® Téléostée>’s (a)
Parmi les Téléostéens, les seuls qui puissent nous inté resser sont les Gadidés, Malacoptérygiens subbrachiens physoclistes (voir p. 21a), caractérisés par leurs nageoires ventrales placées immédiatement au-dessous des pectorales. Il existe deux ou trois nageoires dorsales. Leur peau, visqueuse, est couverte de petites écailles lisses. Les mâchoires sont armées de petites dents pointues, disposées en râpe. C’est à ce groupe qu’appartient la Morue dont nous avons à parler ici.
Morue [Gadus^ morrhiia L.).
La Morue ou Cabeliau est un Poisson très répandu dans l’Océan septentrional, dont il habite les profondeurs ; mais au printemps, vers le mois de mars, il se rapproche des côtes ou des fonds élevés, et c’est là que les pécheurs se transportent.
(1) Nous ii’avoiis point mentionné les Roussettes ou Chiens de mer (Scy Ilium), paree que I leur foie est généralement considéré comme suspect et rejeté par les fabricants d’huile.
On en dit autant du Milandre [Galeus canis) dont le foie « donnerait lieu en certains temps à des coliques dangereuses et à une desquamation de l’épiderme ». (Chevalier et Duchesne, cités par R. Blanchard, loc. cil.).
(2) Nous changeons l’ordre zoologique en parlant des Gadidés, avant d'avoir traité de l’Esturgeon ; nous pensons en efl'et qu’il est préférable de rapprocher la Morue des
I ‘Isu* groupes précédents de manière à ne point séparer les espèces qui fournissent I l'huile de leur foie.
ICUTIIYOPSIDES
Pêche. — Les lieux de pèche les plus exploités sont les bancs de Terre-Xeuve, les fjords de la Norvège et de l’Islande, etc. D’ailleurs on trouve des ^Morues jusque sur nos côtes, et la Morue fraîche consommée en g'rande abondance dans Paris provient de nos pèches côtières. Pour la grande pèche, qui se fait de mai en septembre sur les bancs de Terre-
Neuve et en Islande, nos ports de Dunkerque, de Fécamp, de Houlogne, de Saint-ôlalo, de Granville, etc., arment ensemble, chaque année, plus de aoo navires montés par près de 20 000 hommes. On pèche le plus souvent à la ligne de fond amorcée de morceaux de Hareng, de Capelan, etc. On amorce aussi avec les intestins et les œufs extraits du corps des viornes pêchées ; la voracité de ces poissons est en effet extraordinaire et ils se laissent prendre en telle quantité à ces appâts (pie dans les bonnes années le produit des pèches de Terre- Neuve et d’Islande n’est pas moindre de 20 millions de francs.
Foie. — Le foie de la Morue est volumineux; il comprend une masse antérieure orbiculaire d’oii se détachent trois lobes
MORUE
inégaux, I un plus court et plus large, à droite, les deux autres reportés à gauche, très allongés. L’huile qu’il fournit en très grande abondance a été, avant qu’en en reconnût les propriétés médicales, employée dans l’industrie à la préparation des peaux chamoisées.
Huile. — On extrait l’huile des foies d’après les divers procédés que nous avons indiqués à propos de l’huile de foie de Raie. Suivant le mode d’extraction on obtient une huile dont les caractères diffèrent assez pour constituer des formes commerciales très distinctes.
Ce sont :
1 L huile blnnche.! qui résulte de la simple désagrégation des cellules hépatiques par la fermentation des foies frais abandonnés dans des cuves percées inférieurement de trous par lesquels s’écoulent le sang et les’ liquides autres que l’huile (pii surnage. Cette huile est recueillie; on la laisse déposer et on la décante. Elle est à peu près incolore et inodore.
'1° h huile blonde, couleur de madère; elle provient d’une seconde phase de la précédente opération.
?>’‘Vhuile brune; elle provient des foies déjà entrés en putrélaction et soumis à une forte expression. Cette huile est assez colorée, passablement odorante et a un goût de poisson prononcé.
4" huile noire enfin, âcre et désagréable; elle est obtenue par ébullition des foies putréfiés ; on ne l’emploie pas en médecine; elle est réservée à la corroirie, qui l’utilise pour assouplir les cuirs.
On active la préparation des huiles blanche et blonde en les soumettant a un courant de vapeur d’eau suivant le procédé que nous avons indiqué pour l’huile de foie de Raie.
On vend aussi des huiles de foie de !Morue à peu près complètement blanches, qui ont été décolorées chimiquement. 11 ressort des expériences (Berthé) faites sur ces diverses variétés
ICIITIirOPS/DES
que les huiles modérément colorées (blondes et brunes) sont mieux absorbées que les huiles complètement incolores. Les analyses semblent démontrer également qu’elles sont plus riches en principes actifs que ces dernières.
Caractères généraux. — L’huile de foie de Morue a une saveur fade, une odeur de Poisson. Sa densité oscille entre o,ga3 et 0,930. Elle est légèrement acide, un peu soluble dans l’alcool et beaucoup dans l’étber. Avec l’acide sulfurique elle donne une coloration AÛolette qui devient bientôt brune.
Composition chimique. — En outre des corps gras, oléine, margarine, butyrine, et des acides et pigments biliaires, en outre de l’iode, du brome, du chlore et du phosphore que contient riuiile de foie de ÎMoriie, on trouve un certain nombre d’alcaloïdes deii comaïnes) qui ont été déterminés par A. Gautier et L. Mourgues( 1) . Ceux-ci, qu’on trouve dans une proportion moyenne de og',35 à oS^So par kilogramme d’huile, sont au nombre de six : la butylamine, C'IP'Az; l’isoamylamine, C^IP^Az; l’hexamyline ; la dibydrodimétbylpyridinc, CMI“Az; l’aselline, C^®lP^\z’ et la morrbuine, C”’ll’LVzb Les quatre premiers sont volatils, les deux autres sont fixes. Le dernier, la morrhuine, est b“ véritable principe actif; ce ne serait donc point à l’iode, coinine on l'avait pensé jusqu’ici, que l’huile de foie de iMorue devrait ses propriétés. Cette huile renferme encore un acide, l’acide morrbuique, CdP^AzOb
Ces divers principes actifs proviendraient des cellules hépatiques et se dissolvent dans l’huile en même temps que dans les matières biliaires; c'est donc quand ces matières sont en assez grande abondance dans l’huile, pour la colorer, que les alcaloïdes sont en plus grande quantité dans l’huile. De là les résultats thérapeutiques plus favorables obtenus avec les huiles colorées et l’activité très restreinte des huiles incolores.
(i) a. Gautier et L. Mourgucs. Sur les alcaloïdes de l'huile de foie de Morue, C. R. Acad, des sciences, [888.
MORUE
Adultérations. — L’usage très répandu de l’huile de foie de Morue et son prix relativement élevé ont suscité de nombreuses adultérations, par mélange avec des huiles d’autres Poissons, ou avec l’huile de Cachalot, ou enfin avec des huiles végétales.
Divers procédés plus ou moins précis ont été proposés pour reconnaître ces fraudes. La rosaniline colore en rouge l’huile pure et ne colore pas les huiles végétales non acides. D’autre part, pourla recherche des huiles de Poisson, Cailleletaproposé l’emploi d’un réactif composé de : acide phosphorique à 45“, 12 parties ; acide sulfurique à 66“, 7 parties; acide azotique à 4o", 10 parties. On agite pendant quinze secondes i centimètre cube du réactif avec 5 centimètres cubes de l’huile; puis on ajoute au mélange 5 centimètres cubes de benzine et l’on agite de nouveau. La benzine dissout l’huile et prend une coloration jaune persistante avec les huiles blanches, ambrées et blondes.
l’exception de l’huile de foie de Raie, qui prend une couleur rouge invariable, toutes les autres huiles de poisson sont colorées en brun foncé par l’action du réactif.
L’huile de Cachalot est employée pour rendre odorantes et sapides des huiles végétales iodées qu’on substitue à l’huile de foie de morue. On reconnaîtra la présence de l’huile de Cachalot à ce qu’elle brunit sous l’influence d’un courant de chlore, tandis que les huiles végétales se décolorent ; en outre, si l’on agite avec de l’acide sulfurique une huile suspecte de contenir de l’huile de Cachalot, qu’on soumette l’huile déposée et décantée à l’action d’un mélange réfrigérant, il se produit, dans le cas du mélange avec l’huile de Cachalot, un dépôt qui n’entre en fusion qu’à une température de 25”.
Usages. — L’huile de foie de Morue est très employée en raison des qualités reconstituantes et stimulantes qu’on lui attribue ; mais beaucoup de malades se refusent bientôt à l’absorber, par suite du dégoût qu’ils éprouvent, bien que les modes actuels de préparation ne laissent plus à l’huile de
IC lITIirOPSIDES
foie de Morue qu’un arrière-goût de Poisson très supportable.
Pour obvier à cet inconvénient on a proposé d’émulsionner l’huile et d’aromatiser l’émulsion.
La première tentative dans ce sens a été l’émulsion avec la pancréatine (procédé Defrène). — L’émulsion de Scott, d’autre part, renferme pour 35 grammes d’huile, de glycérine , 3 grammes d’hyposulfite de chaux , d’eau et
essence de cannelle, quantité suflisante pour aromatiser. Un autre procédé dû à M. Barbi, permettrait de faire entrer une plus grande quantité d’huile en émulsion; celle-ci s’obtient au moyen du carragaheen mondé et lavé. On en fait une décoction aqueuse à la dose de 1 5 grammes pour un litre. Dans 1 5o grammes du décocté filtré on dissout a5 grammes de sucre et dans ce mélange on incorpore 8o grammes d’huile de foie de Morue, soit au mortier, soit par agitation. L’émulsion serait très stable.
Ajoutons queiNI. Dieterich préconise pour émulsionner l’extrait de malt diastasique ; a5 parties d’extrait surtiraient pour 70 parties d’huile. Il désigne ces émulsions sous le nom de tritols. Plus récemment M. Léger (i) a indiqué un procédé qui consiste à émulsionner l’huile de foie de morue au moyen de la caséine du lait, 100 grammes de caséine peuvent incorporer 5oo grammes d’huile.
• 4° Ganoïdes
Nous avons donné dans les généralités sur les Poissons, les caractères des Ganoïdes, nous aborderons de suite l’étude du Esturgeon^ Ganoïde cartilagineux dont la vessie natatoire est utilisée pour fabriquer la colle de poisson ou ichthyocolle.
Esturgeon [Acipensej\ L.).
Cahactères génér.aux. — Le genre Esturgeon est caractérisé
(1) Sur l'Emulsion do l'huile de l'oie de morue, par E. Léger, Journal de P/iarmaae et de Chimie, 1 5 juin i8yy.