F.CRE VISSE
• Carajyace. — L’Ecrcvisse est recouverte d’une enveloppe dure ou carapace dont la solidité résulte de l’incrustation des couches superficielles des téguments par des sels calcaires. Les téguments, en effet, sont constitués de deux zones ■superposées : un derme et un épiderme. Ce dernier est com- [)osé lui-même de deux couches : une couche jn’ofonde formée d’un épithélium chitinogène, et une couche superlicdelle faite de chitine ( i).
Cette concile chitineuse se subdivise en assises superposées dont la plus externe est la plus dense. Elle s'incruste de sels calcaires dans toute son é[)aisseur pour constituer la carapace dure ([ui tombe au moment de la mue (voir plus haut, p. 23a).
Mae. — La jeune Ecrevisse, au sortir de l’œuf, revêt déjà, à jiart (|ueh|ues détails secondaires, sa forme définitive ; mais elle est loin d’avoir toute sa taille. Après l’éclosion, en effet, elle ne mesure guère plus de 8 millimètres et sa croissance se prolonge pendant plusieurs années. A la fin de la première année, elle a 4 ‘'entimètres de long, à trois ans 9 cent, .j, à cinq ans i3 cent. 5. .Sa taille peut même dépasser cette dimension moyenne, car on a vu des Ecrevisses cpii mesuraient plus de 20 centimètres.
En relisant ces chiffres, on constate que c’est dans le cours des j)reniières années que la croissance est plus particulièrement active ; aussi bien est-ce à cette même é[)oque de la vie de l’Ecrevisse que ses mues sont plus fréquentes. Suivant (jhantran (2), elle muerait huit fois dans le cours de la première année (deux ou trois fois seulement, d’après Carbonnier) (3),
(1) La chitine est une substance azotée qui répond chez les Arthropodes à la substance cornée des Mammifères. Insoluble dans les alcalis caustiques, même à chaud, elle se dissout à froid, sans altération, dans l'acide chlorhydrique.
(2) Chantran. Observations sur l’histoire naturelle des Ecrevisses. C. R. Ac.des Sc., 1870 et 1871.
(5) Carbonnier. L’Ecrevisse, 1869.
CRUSTACÉS
savoir : cinq fois de juillet à septembre ; puis, après un intervalle, trois fois de mai en juillet. La première mue aurait lieu une dizaine de jours avant la naissance et les quatre suivantes tous les vingt ou vingt-cinq jours. Dans le cours de la seconde année, il y aurait encore cinq mues ; dans le cours de la troisième, deux seulement, et dans les années suivantes les femelles ne mueraient plus qu’une fois (d’août à septembre) et les mâles deux fois, en juin-juillet et en août-septembre.
La mue consiste en une chute de la carapace entière, y compris les parties cliitineuses qui revêtent les faces internes des portions antérieure et postérieure du tube digestif. Nous avons déjà indiqué (p. 2.1.1) le mécanisme général de cette mue.
Nous ajouterons que, fréquemment, au cours de cet acte important et laborieux l’animal, ne pouvant arriver à déo-ao-er quelqu un de ses membres tourne la difficulté en se séparant de ce membre récalcitrant. La fracture a lieu d’une façon tiès générale à l’union du coxopodite avec le reste du jnembre. Ce procédé iV autotomie se rencontre d’ailleurs (;hcz un <>i-and
nombre de Crustacés, comme nous avons eu déjà l’o(a;asion de le dire.
Quoi qu il en soit, quand l’animal a réussi à sortir complètement de sa carapace il a déjà le corps couvert d’un revêtement chitineux de couleur brunâtre, mais qui n’est pas encore incrusté de sels calcaires. La couleur brunâtre est due aux cellides spéciales ou chromatophores qui siègent dans le derme ; quant à la chitine, elle résulte de ce que les cellules chitinogènes de la partie profonde de l’épiderme n’ont point [)articipé à la mue (i) et qu’elles ont déjà commencé à sécréter de nouvelles assises de chitine qui s’inscrusteront ultérieurement de sels calcaires.
(i)Pas plus que les cellules de la couche de Malpighi (p. 9) ne participent à la mue chez 1 homme. En effet, ce sont seulement les couches cornées superliciclles qui tombent.
KCRE VISSE
Comment expliquer la rapide production de chitine et aussi l’incrustation qui suivra bientôt, de telle sorte qu’en quelques jours une nouvelle carapace solide sera de nouveau rormée ?
La production de la chitine paraît liée à l’existence dans le derme de grosses cellules qui, au moment de la mue, se remplissent de matière glycogène qu’on voit disparaître peu à peu, à mesure que la production des cellules chitinogènes s’active. A cette même époque des réserves de glycogène se manifestent également dans le foie, dans les ovaires et dans les divers autres tissus de l’organisme. Avec cette abondance de matériaux, on comprend que la sécrétion cuticulaire puisse marcher rapidement.
Quant à l’incrustation, on s’explique sa rapidité quand on sait qu’au moment de la mue l’animal fait des réserves de sels calcaires dont les plus connues sont les gastrolithes ou yeux (V écrevisse qui disparaissent à mesure que la nouvelle carapace se solidifie.
Gar.vctèkes anatomiques. — Appareil digestif. — L’appareil digestif de l’Ecrevisse, en outre des pièces buccales comprend un œsophage, un estomac et un intestin, long tube qui se continue directement jusqu’à l’extrémité postérieure du corps.
C’est dans l’estomac que se localisent les concrétions calcaires qui servent de réserves pour la calcification de la nouvelle carapace ; aussi allons-nous décrire brièvement cet organe.
La bouche, placée à la partie inlérieure de la tête et entourée de pièces buccales, donne immédiatement dans un œsophage court et large qui s’ouvre dans un vaste sac presque sphérique, l’estomac. Ce dernier organe est logé très en avant sous la carapace, en avant du cœur. Un étranglement transversal le divise en une région antérieure très spacieuse, le cardia., et une région postérieure beaucoup plus petite appelée pylore., qui communique avec l’intestin (fig. 76).
CRUSTACÉS
En ouvrant l’estomac longitudinalement, on constate que le
revêtement cliitineux de répiderine externe se continue dans l’œsophage et tapisse également la cavité du cardia pour ne s’arrêter ([u’au ])vlorc.
On ne distingue pas de glandes gastriques dans la paroi de l’organe; mais une glande volumineuse (^hé|)atopancréas;, placée de part et d’autre de l’estomac, y déverse un li([uide qui l'onctionne comme suc gastrique. Le cardia est en réalité un estomac broyeur; en eüet, son plafond présente une incrustation de la membrane cbitineuse qui forme un appareil très dur, losangique, aiupiel s’ajoutent de chaque coté des dents calcaires puissantes et diverses autres pièces. L’ensemble est un véritable moulin gastrique (Huxley), dont les mouvements sont produits par deux muscles puissants. Les aliments subissent donc dans le cardia une préparation mécani(pic importante. Bien plus, ils ne peuvent pénétrer dans le pylore <pi’en traversant un orifice très étroit et rendu plus étroit encore i>ar des replis de la muqueuse. (]el étroit passage est le filtre gastricpie (pii no laisse passer dans le pylore (pie les particules très fines ou les matières liquides.
(l’est dans la partie antérieure de cet organe complexe, c’est