‹ Matière médicale zoologiqueChapitre 99 sur 108 · SANGSUE · texte numérisé non relu

SANGSUE

très fines sur le l)ord circulaire. Un faisceau musculaire spécial s’attache à chaque mâchoire.

L’œsophage qui fait suite à la bouche est 'un court canal étroit et musculeux; l’estomac par contre est extrêmement développé (fig. idq'. 11 comprend onze chambres séparées par des diaphragmes incomplets. A partir de la deuxième» chaque chambre se bifurque latéralement en deux cæcums, soit en tout lo paires de cæcums (pii augmentent de volume de la première à la dernière. Les cæcums de la dernière paire sont très allongés et se placent de chaque côté d’un tube médian à peine sinueux qui représente l’intestin et aboutit à l’anus situé, audessus de la ventouse, sur le dernier anneau ou dans le sillon (jui le sépare de l’avantdernier.

Appareil circulatoire. — 11 renferme un sang teinté en rouge par de l’Iiémoglohine dissoute dans le plasma. 11 se compose essentiellement d'un vaisseau dorsal et de deux vaisseaux latéraux. Ces derniers sont contractiles. A la face ventrale, un sinus recueille le sang ; c’est dans ce sinus qu’est logée la chaîne ganglionnaire ventrale, formée de 2 1 ganglions constitués (diacun par la fusion de deux masses nerveuses.

Appareil reproducteur. — La Sangsue est hermaphrodite. L’appareil mâle comprend g paires de testicules situés à la partie ventrale des segments 12 à 20. Cha([ue testicule émet sur son bord externe un conduit transverse cpii va se jeter dans un canal déférent commun longitudinal.

Au niveau du segment 1 1 , ce canal déférent se pelotonne pour former X épididyme^ puis s’unit sur la ligne médiane

Fi«-, 139. — Appareil digeslif (le la Sangsue.

a, œsophage. — «•/, , cæcums lat(irau.x j)aii's. — (/j, cæcums ]>ostéricurs plus long — b, anus.

VE HS

à celui du côté opposé (fig. i4o). Au point d’union, un amas de glandules uni-cellulaires est appelé prostate. Le canal unique qui le traverse se termine par un pénis replié à l’état de repos dans un petit sac. La j)rostate sécrète un liquide visqueux qui agglomère les spermatozoïdes en faisceaux ou spermatophores., dont la désagrégation ne s’opère ([ue dans l’appareil femelle.

Celui-ci (îomprend une seule paire d’ovaires contenus dans le segment 1 1 et formés chacun d’un tube enroulé cpii se continue en un oviducte s’imissant à son congénère pour former l’utérus envelo[)pé de la glande de l’albumine et terminé par vin vagin ovoïde aboutissant à la vulve.

Fig. i'{o. — Organes génilaiix de Sangsue.

p, pénis. — ?«(), orifice génital mâle . — wo, orifice génital feuielle. — oc, ovaires.

— h, teslionles. — vd, conduit déférent.

cun de ses boi'ds. L’animal émet Ivientèt quelques ovules qui se logent entre la peau et t;ette pellicule. La Sangsue s’étire alor.s brus([uement et se dégage du clitellum dont les deux pôles s’obturent aussitôt par une substance brune. Ils forment ainsi un cocon absolument clos. Alors l’animal sécrète une substance mousseuse, blanche, dont il enduit toute la surface du cocon; au bout d’un certain temps, cet enduit brunit, se desséche et ibrme au cocon une enveloppe s[)ongieuse. L’éclosion des œufs a lieu au bout de vingt-cin([ à vingt-buit jours. Les jeunes, longs de i5à2o millimètres, sortent en faisant tomber l’opercule de substance brune qui

Reproduction. — Les œuls sont pondus, comme nous l’avons dit, dans un cocon.

Au moment oii la Sangsue va pondre, le clitellum (voir p. 36i) se gonfle et secrète un liquide qui se coagule en une pellicule ovoïde ou ceinture enserrant le corps à cba-

SA^’GSUIC

obture les pôles du eoeon. Pour la ponte, la Sangsue abandonne l’eau et creuse un trou dans la terre humide; elle s’enlerine dans ce trou et s’y enveloppe d’un abondant mucus.

Mœurs, habitat. — La Sangsue médicinale vit dans les petits cours d’eau dans toute l’Europe et dans le nord de l’Afrique. Elle se nourrit de sang dont elle se gorge quand l’occasion se présente, mais qu’elle ne digère que très lentement, en de longs mois.

Pour absorber le sang de sa victime, la Sangsue applique sa ventouse sur la peau qui se soulève et est alors attaquée à plusieurs reprises par les mâchoires. En raison de la disposition de celles-ci (voir p. 372), la blessure a la forme d’une étoile à trois branches. Le sang en jaillit bientôt et vient remplir l’œsophage. Son passage dans l’estomac ne se ferait pas, d’après Carlet, par un mouvement de déglutition, mais par le jeu même des mâchoires qui, revenant en arrière, se rapprochent et forment une sorte de piston qui refoule le sang dans l’estomac.

Les grosses Sangsues peuvent ainsi absorber environ cinq à six fois leur poids de sang (expériences d’Alph. Sanson et de Moquin-Tandon) ; les Sangsues moyennes en absorbent au moins autant, de 5,5 à 6,9 fois leur poids. La quantité moyenne de sang tirée par une grosse Sangsue est de 16 grammes environ.

Dès qu’elle est gorgée de sang, la Sangsue devient immobile ; sa ventouse cesse de s’appliquer aussi fortement sur la peau et le moindre choc suffit à la faire tomber. Le sang ainsi alisorbé olfre la singulière propriété d’être devenu incoagulable, et il le doit à ce que la Sangsue produit une substance anticoagulante d’une grande puissance; en môme temps, l’hémoglobine se dépose en cristaux. (Jolyet et Regnard.)

Commerce des Sangsues. — Cette question faisait autrefois dans les traités de Matière médicale (Guibourt, etc.) l’objet

d’un long (diapitre. Nous renvoyons à ces traités pour les détails qu’ils donnent et qui n’ont plus guère qu’un intérêt historique. L’usage des Sangsues tend, en efFet, à diminuer de plus en plus. Alors que de 1820 à i834, les achats de Sangsues laits |>ar la pharmacie centrale des hôpitaux passaient de i83.oooà i .o3o. 000, et (ju’ils atteignaient i .o3j. 000 en i83-, ils tombaient insensiblement à 49-ooo en 1874 Pt ne sont plus actuellement f[ue de quelques centaines. De plus en plus, la thérapeutique abandonne l’usage des Sangsues, d’abord parce qu’on ménage beaucoup plus qu’autrelbis le sang des malades et ensuite parce que lorsqu’on croit devoir prélever une certaine quantité de sang, on [)rélere se servir des ventouses scarifiantes qui écartent (Empiétement certains dangers que pouvait présenter l’usage des Sangsues. On se rend compte en effet des facilités (pie donnait rappli(‘ation de ces animaux à la propagation de maladies infectieuses, surtout si l’on songe ([u’à l’épocpie oit l’emploi des Sangsues était très répandu on était obligé d’utiliser à plusieurs reprises les mêmes individus après les avoir lait dégorger plus ou moins complètement. -Aujourd’hui (pie l’on connaît le rôle considérable (pie jouent les Mousti(jues, les Puces, les llats, etc., dans la propagation des fièvres paludéennes, de la peste, etc., on ne peut douter que les Sangsues soient capables de méfaits analogues.

SPONGIAIRES

Les Spongiaires ou Éponges (i) sont des animaux aquatiques formant un groupe considéralîle dontlèplus grand nombre des espèces vivent dans la mer ; quelques-unes seulement habitent les eaux douces.

Cah.vctkres extérieurs. — Les représentants les plus simples du groupe des Eponges se présentent sous la Ibrine d’un corps ovoïde ou cylindrique offrant à une extrémité un larg'e orifice ou oscille.

Plus fréquemment les Eponges se compliquent el deviennent ’ polyzoïques ; alors elles revêtent la forme de croûtes étalées (Reniera), celle de masses ovoïdes ou arrondies, brièvement |)édiculées [Eiispongia, Geodia, etc.), ou bien elles prennent des formes arborescentes [Axinella), foliacées [Phyllospoivgia), etc.

Toujours alors on observe à leur surface un certain nombre de grandes ouvertures [oscilles) et de nombreux petits orifices ou pores d’oïi le nom de porifères qu’on a parfois donné au groupe.

Structure. — Pour se faire facilement une idée de la structure des Eponges, il convient de les étudier tout d’abord chez une de ces formes simples, cylindrique, dont nous parlions plus haut.

(i) Y. Déluge et J. Godefroy. U état actuel de la liiologie et de l'Industrie des Jl/jonges, Revue générale des sciences pures et appliquées, i5 octobre 1898.

SPO.XGIA ni K S

La cavité du cylindre, large et ne laissant aux parois qu’une faible épaisseur est dite cavité atriale, et Voscule est l’orifice par lequel elle s’ouvre au dehors. Extérieurement l’Eponge est

Fig. — Eponge calcaire simple (Olynthus), d’après Y. Delage.

A, individu entier grossi. — B, encore plus grossi et ouvert en un point de sa paroi pour montrer la cavité centrale où débouchent les pores. — C, coupe de la paroi du <-orps. — gtx, œuf. — D, trois cellules ciliées. — Ë, testicules dans le parenchyme. — f, spermatozoïde.

revêtue d’un épithélium plat ; intérieurement, la cavité du cylindre est tapissée par un épithélium de cellules hautes terminées chacune par un rebord évasé ou collerette duquel émerge un flagellum, sorte de long cil vibratil (fig. i40-

La paroi du cylindre est constituée d’une sorte de gelétt dans laquelle on trouve deux sortes d’éléments, des cellules étoilées, à prolongements anastomosés et formant un réseau délicat et des cellules libres, errantes, amiboïdes. Ajoutons que l’épaisseur de cette paroi est traversée d’un nombre considérable de petits canaux qui partent de la surface de l’Eponge et vont déboucher dans la cavité atriale. Ce sont les canaux inhalants, nom qui leur convient à merveille, car h' mouvement des cils des cellules de la cavité atriale se fait do

CAJiA CI ERES EXTÉ RIE CRS

telle sorte ([u’iin (H)urant s’étal)lit qui ap[)elle l'eau du dehors dans cette cavité par les susdits canaux et la rejette après utilisation par l’oscule.

Les pores sont donc les A'oies d’accès de l’eau et l’oscule en est l’orifice de sortie.

On est ici en présence d’un être extrêmement simple oii la division du travail physiologique est à peine indiquée et l’eau qui circule dans les voies que nous venons de décrire sert à la fois à la respiration et à la nutrition.

Chez des espèces plus élevées en organisation, des complications surviennent qui ont pour but de faire de la cavité atriale un simple conduit d’excrétion ; celle-ci alors émet dans la substance de l’éponge des diverticules qui seuls sont tapissés par les cellules à cils vibratils. Ces diverticules prennent le nom de corbeilles vihraliles. Les corbeilles (fig. 14a) reliées aux

Fig. i4u. — Coupe il'unc Éponge montrant les corbcitics (d’après Delage).

cl, cavité atriale. — corb, corbeille vibratile. — ep, épiderme. mes, mé.soderme. — os, oscule.

pores extérieurs par de petits canaux (lacunes) inhalants plus ou moins nombreux et plus ou moins ramifiés, sont en communication, d’autre part, avec la cavité atriale par des conduits ou lacunes, canaux exhalants,, plus ou moins longs suivant que les corbeilles se sont plus ou moins profondément enfoncées dans la substance de l’Eponge en s’éloignant de la cavité atriale dont elles dérivent jirimitivement.

Cette disposition se complique, par simple multiplication d’ailleurs, quand l’Eponge devient polyzoïque, c’est-à-dire lorsque au lieu d’un oscide et d’une cavité atriale elle présente.

SPO.\GIAH{ES

i'omine c’esl le cas de la plupart des espèces un nombre considérable d’osctdes correspondant à autant de cavités atriales.

Alors aussi le tissu interposé aux conduits et aux corbeilles, tissu appelé cfioanosome se complique ; on y trouve des cel-

Kijf. 143. — Coupe tl ciiscmblc d’une Eponge de lo'ûeltc (Eiispongia officituiUs, var. adriatica), d’après Scliulzc, ligure empruntée à Delage.

j, fibre principale dont le pointeinent à la surface détermine une saillie appelée conule. — libres connectives. — corb, corbeilles. . — œufs.

Iules glandulaires, des éléments musculaires, des éléments nerveux parfois, des œufs (fig. i43)ou des cellules mâles ; en même temps la surface de l’Eponge se différencie en une (muclie mince, Veclosome^([u\ se soulève par places laissant entre lui et

CAHACrkliES EXTÉIUEUnS

le tissu prol’oiul un espace iiiiiice, mais souvent très étendu en surlace, la cavité hypodermique.

Enfin c’est dans le clioanosonie qu’a[)paraît une formation importante dont nous n’avons point parlé encore, une sorte de s(juclette tantôt i'ormé de spiculés calcaires, tantôt de spiculés siliceux, tantôt enfin de fibres d’ime substance cornée appelée spougiue, d’oîi la division des Eponges en 3 grands groupes : les Siliceuses, les Calcaires et les Fibreuses (i).

Nous n’insisterons pas ici sur la structure si variée des s[)icules calcaires ou siliceux; nous dirons seulement ([uebpies mots des fibres, ('ar c’est la nature même de ces fibres sou[)les et élastiques ([ui donne aux Eponges fibreuses les propriétés qui les font rechercher pour les usages industriels ou domesticpies.

D’une manière générale les fibres sont constituées d’une moelle centrale friable et d’une enveloppe épaisse de couches concentriques de spongine secrétées par une assise périphéri(piede cellules spéciales spougoblasles.\^c tout est enve-

loppé d’un manchon de fibrilles longitudinales.

Dans rEj)onge commerciale, les lilires sont de deux ordres ; les unes, dites principales, ont un diamètre de un demi à un dixième de millimètre et la moelle y est remplacée par une fine poussière de grains de sable qui donne à l’Eponge des qualités spéciales pour l’usage. Ces fibres principales partent toutes du pied de l’époiige et se ramifient à mesure qu’elles s’en éloignent en même temps qu elles s’anastomosent entre elles.

Dans les mailles ainsi formées naissent d’autres fibres dites connectives d’un diamètre lo fois moindre environ et qui forment entre elles un réseau extraordinairement fin comblant les mailles formées par les fibres principales. Ainsi est organisé

(i) Toutefois l'élude des caractères a démontré qu'il ii'y a entre les siliceuses et les fibreuses d'autre diflérence que la composition du squelette. Aussi la division en deux groupes, Ëponges calcaires et Eponges acalcaircs est-elle préférable. (Y. Delagc, loc. cil.)

SP O N GI AI HE s

un i^quelette d’une délicatesse extrême qui soutient les tissus de l'Eponge (fig. i44)-

Coninient la cavité des libres principales se remplit-elle de sa ble ? voici l’explication qu’en donne Delage (loc. cit.) d’après

les travaux les plus récents :

(c L’Eponge est abondamment pourvue de glandes et la surface de son ectosome est rendue gluante par une sécrétion qui est, sans doute, ([uelque mélange de mucus et de spongine diluée.

La fine poussière de sable qui tombe sur elle par les effets de la sédimentation est accollée et ceux-là seuls, parmi les grains, qui ont la taille convenable, sont saisis par le capuchon des spongoblastes qui coiffent les extrémités libres {conuli) des terminaisons suj>erficielles du réseau et incorporés par eux dans la moelle de la fibre en voie d’accroissement. Ainsi, des conditions de sédimentation convenables sont nécessaires à l’Éjionge : là oii la sédimentation serait nulle ou trop grossière, l’Éponge ne pourrait prospérer. »

squcloUe d’Hippospongia (Dclagc, d après Lcndcnfcld).

On y voit deux fibres principales remplies (le sable et une portion du réseau de fibres connectives.

M ŒURs. H.vbit.^t. — Les Éponges fibreuses vivent dans les mers des zones tropicales et des zones tempérées à dos profondeurs très variées. Elles sont fixées aux rochers ou aux plantes sous-marines par une base rétrécie et forment des niasses sphériques ou ovoïdes parfois cupuliformes d’un diamètre qui peut atteindre et dépasser o m. 5o.

Uepuoduction. — Leur reproduction est sexuelle ; il existe des individus mâles et des individus femelles qui ne diffèrent d’ailleurs que par la nature des produits sexuels.

P É C UE UE S ÉPO N G E S

Pêche des Éponges. — La pèche suivie des Éponges ne se fait guère cpie dans la Méditerranée et dans la mer des Antilles. Elle est limitée par la nécessité où l’on est de n’exploiter cjue des fonds d’une profondeur peu considérable, ne dépassant pas 8o mètres. Les centres actuellement exploités d’après l’article de Delage et Godefroy dont nous nous inspirons ici, sont les suivants :

Lieux de pêche.

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