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que l'esprit qui invente cl la raison qui éclaire devaient l'orraer son caractère dominant; et comme c'est là également le principal caractère de la littérature de l'antiquité, nos poètes l'ont naturellement admirée, suivie, imitée, lorsqu'elle leur a été connue Les Français sont, parmi les peuples, à peu près le seul qui exige que l'imagination soit soumise au bon sens : ils veulent savoir le pourquoi de toute chose, ils ne permettent point qu'on marche au hasard, ils condamnent les moindres écarts d'une imagination vagabonde, et le poêle qui ne peut pas dire, comme Mithridate,
Je >;iis inu- \f~- chemins par où je <l<>i- passer,
ne leur paraît pas fail pour atteindre le but où doit tendre le génie.
Avons-nous raison, avons-nous tort de nous montrer m sévères? \e devrions-nous pas accueillir la poésie romantique qui nous revient comme le père de famille reçoit l'enfant prodigue? Oui sans doute, si, comme l'enfant prodigue, elle se repentait de ses égarements;
mais si la raison, le bon sens, lui paraissent i\r>, qualités méprisables, nous ne saurions nous décidera tuer le veau ;jras pour téter son retour.
Quoi (pi il en soit, il est certain qu'ans douzième cl treizième siècles l'invention lui le mérite principal de J.i poésie française, (ici esprit créateur ne se manifesta pas seulement dans les poèmes cl les romans chevaleresques,
il brilla encore dans les poèmes allégoriques, dans les
LlTTÉRATl RE FRANÇAISE. IV»
contes cl les fabliaux, cl dans les diverses compositions
dramatiques du moyen âge, mystères, moralités, soties.
Le plus ancien peut-être et assurément le plus célèbre
des poèmes allégoriques esl le Roman de hi Rose, ainsi
appelé roman parce qu'il esl écril en langue romanefrançaise. (le poème, qui se compose d'environ vingl mille vers, est l'ouvrage de <lcn\ poêles qui vécurent à cinquante ans de distance l'un de l'autre. Le premier, Guillaume de Lorris, après avoir écrit les quatre mille cenl cinquante premiers vers, mourut, jeune encore, laiss;ml à d'autres le soin d'achever son pauvre. On ne sait rien sur sa vie. Etienne Pasquier le place sons le règne de Philippe-Auguste. Près d'un siècle plus lard, sous le règne de Philippe-le-Bel , un gentilhomme nommé Jean de Meung, el surnommé Clopînél parce qu'il était boiteux, acheva le poème de La Rose avec moins d'imagination el moins de grâce que n'en avait montré son devancier, mais avec plus de hardiesse el de verve poétique.
Le Roman de la Rose a été pendant trois siècles le poème favori de la nation française : il éclipsa tous les poèmes chevaleresques. Clémenl Marot, qui en a rajeuni le teste, compara Guillaume de Lorris à Ennuis, sans iivitir lu, il esl vrai, Knnius, don! les écrits n'étaient pas mieux connus de son temps que du notre. Le sage el judicieux Etienne Pasquier va plus loin que Marot : n Nous eusines, dit-il, Guillaume de Lorris, et, sous Philippe-le-Bel , Jean de Mehun, lesquels quelques-uns des noires oui voulu comparer à Dante, poète italien, el moi je les opposerais volontiers à tous les poêles
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il Italie. ( n èrudil du commencement du dix-huitième siècle, Lenglet-Dufresnoy, ne s'en tient |»;is là : il regarde Guillaume de Lorris non pus comme noire Ennius, mais comme notre Homère. In suffrage plus glorieux poulies auteurs du Roman de la Rose est celui de La Fontaine, nui prenait plaisir à le lire; mais on sait qu'il s'amusait de peu de chose. Quelques traits malins contre les moines el contre les femmes, quelques pensées ingénieuses et délicates, quelques peintures un peu vives des mœurs de nos pères, voilà s;ms doute ce qu'il cherchait dans ce poème pour en faire son profit à l'occasion. \Iais il avait assurément trop de bon sens et de goût pour admirer cette longue et pénible allégorie qui se traîne, en vingt mille vers, h travers une foule de sujets el de questions sans suite, s;ins lien et sans intérêt, où sont pêle-mêle entassés des dissertations sur l'alchimie et le tableau des cruautés de Néron, la mort de Sénèque et des aventures de chevalerie, la mort de Lucrèce et l'éloge de saint Augustin. C'est un manteau composé de pièces el de morceaux de diverses couleurs, assemblés sans ordre el sans goût, où la hure trouve place entre le velours el la. soie, el qu'une main tout à la l'ois habile el folle a tantôt brodé de paillettes d'or, tantôt souillé de lâches de boue.
I.a fable en esl ingénieuse el simple. Quelques centaines de vers auraient suffi pour la développer dans une juste mesure; mais les poètes de ce temps paraissent avoir ignoré que
Uni ne s;iii m' borner ne su) jamais écrire.
Le poète suppose qu'un jour de printemps, étant encore à la fleur de l'âge, il s'endort el fait un rêve. Il souge que, se promenant dans une prairie, il voit un beau jardin entouré de murailles, donl la porte lui èsl ouverte par Oiseuse (oisiveté), et il aperçoit Déduit , le maître du jardin, dansant avec les Ris et les Jeux, qui forment sa cour. Au milieu du jardin s'élève un rosier tout chargé de Heurs : il s'avance pour cueillir la rose qui lui parait la plus belle; mais l'Amour, qui esl caché en embuscade, lui lance des flèches, le blesse et le l'ait prisonnier. Afin de charmer sa captivité, l'Amour lui révèle des secrets pour se faire bien venir des daines, ("esl l'Art d'aimer d'Ovide, accommodé au goût du treizième siècle. Des qu'il se croit habile, il essaie encore de cueillir la rose : Belaccueil, Franchise et Pitié le favorisent; mais Mulebouche (médisance), Faux-Semblant^ Jalousie et DangerYen écartent; Félonie et Bassesse , Haine et Avarice s'y opposent , el Raison même lui conseille de renoncer <ï son entreprise. Tous ces divers personnages et d'autres encore racontent successivement des traits de l'histoire ou de la fable : il les écoule, puis il parle à son tour. Ensuite, il franchit des fossés, il escalade des murs, il force des châteaux: enfin il parvient, mais non sans peine et sans fatigue, à cueillir la rose tant désirée, et, pour célébrer sa victoire, il chante Vénus el l'Amour.
Nos anciens critiques ne sont pas d'accord sur le hul de l'ouvrage : les uns n'ont vu dans ce poème, dont l'allégorie semble facile à saisir quand on l'analyse, qu'un traité d'alchimie où la rose esl l' emblème i\ii grand œuvre; les autres y ont vu un livre de théologie et de moi. I \