SU M \TI\KKS LITTÉRAIRES
Ce n'est point d'ailleurs à ces œuvres démesurées au il faut demander la preuve du talent poétique de Christine de Pisan. Nous vous on donnerons meilleure opinion en citant une dé ses ballades, qui nous parait pleine «le grâce ei dé sentiment :
Seulette suis et seulette vùeil esfre, Seulelte m'a nutii dunk ami laissée, Seulette suis sans compaignon ne muisdr, Seulette suis dolente et courroucée, Seulette suis en langour aiésaisée, Seulette suis plus que nulle esgarée, Seulette suis sans àihy dèmourëë.
Seulette suis partout et pu tout estre, Seulette suis où je voise où je siée, Seulette suis plus qu'autre rien terrestre, Seulette suis de eliascun délaissée , Seulette suis durement abaissée, Seulelte suis souvent toute éplorée, Seulette suis sans amj deiiimirée.
Aucun genre de poésie alors on faveur no parait avoir été étranger à notre poète-historien j ol comme, après avoir raconté gravement la vie de Charles-le-Sage, elle s'égaie, dans sa (iifr drs Dame» , sur les femmes dos marchands dv Paris qui veulent singer les grandes dames dans leurs accoutrements , do mémo, après avoir donné libre carrière à son imagination dans dos poèmes de six mille vers, elle s'emprisonne dans des quatrains moraux qui prouvent à la l'ois la flexibilité de son talent et la
droiture de sou cœur. Ils sont adressés ;i son (ils. En voici quelques-uns :
Se as bon maistrc, sors le bien.
Dys bien de luy : garde le sien :
Son secret scelles, quoi qu'il lasse, Et sois humble devant sa face.
Si tu as estât ou office Dont tu te mesles de justice, Garde comment tu jugeras, Car devant le grand juge iras.
Aymcs qui te tient amy Et te gard' de ton ennemy :
Xul ne peut avoir trop d'amys, Il n'est nuls petits ennemys.
Si tu prends femme accorte et sage, Croy la du fait de son ménage, Ajoutes foy à sa parolle , Mais ne te confesse à la folie.
Si tu sçais que l'on te diffame Sans cause et que tu aies blâme, Ne t'en courrouces : fais toujours bien , Car droit vaincra, je te dis bien.
S' aucun paile à ton bien, prends garde La fin que le parlant regarde; Et se c'est requête ou semonce , Prends ung petit avant réponse.
Ne laisse pas que Dieu servir Pour au monde trop asservir ; Car biens mondains vont à délin Et l'amc durera sans fin.
i>IU MATINEES LITTERAIRES.
Ayei pitié de povres j{<'iis
One tu TOI S lins cl îndigCDS,
l.i leur aides quand lu porras; Souviegnes toi que tu moi rus.
Il est triste de penser que ce dernier quatrain lui a peut-être été inspiré par la misère et l'abandon où elle se vit réduite dans ses derniers jours , abandon tel, que celle qui avait écrit l'histoire de Charles V est morte sans qu'on ait pu découvrir ni le lieu ni le jour où elle cessa de vivre. Il est vrai qu'alors le roi de France n'était guère moins misérable, et qu'un prince anglais, maître de Paris, laissait manquer de pain le triste monarque qui, dans sa démence, l'avait choisi pour son héritier.