‹ Matinées littéraires: cours complet de littérature moderneChapitre 31 sur 49 · I.e cliquetis (pie. j'aime est celui des bouteilles · texte numérisé non relu

I.e cliquetis (pie. j'aime est celui des bouteilles

Les pipes, les tonneaux, pleins de liqueurs vermeilles,

Ce sont là mes canons, qui battent sans faillir

La soif, qui est le fort que je veux assaillir.

Je trouve, quant à moi, que les gens sont bien bêles Qui ne se l'ont plutôt au vin rompre les tètes, Qu'aux coups de coutelas, en cherchant du renom. Que leur chaut, étant morts, que l'on en parle ou non?

De trop boire frappée, une tête en réchappe; Sent bien un peu de mal lorsque le vent la happe ; Mais quand on a dormi, le mal s'en va soudain. A ces grands coups de Mars tout remède y est vain.

Il vaut bien mieux cacher son nez dans un grand verre ; Il est mieux assure qu'en un casque de guerre : Pour cornette ou guidon suivre plutôt on doit, Les branches d'hière ou d'if, qui montrent où l'on boit.

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Les fragmenta de prose ei de poésie que nous venons de citer parmi les œuvres des principaux écrivains du moyen âge, vous paraîtraient dignes d'un médiocre intérêt, si votre souvenir les rapprochait des écrits que L'antiquité grecque et romaine nous ;i légués. Mais pour les juger, (tour les estimer à leur valeur, il faut se rappeler qu'au moment de leur apparition , il y avait des siècles que l'Europe était retombée dans une ignorance grossière, dans une nuit profonde, et que, sans leurs pénibles el longs efforts, nous serions peut-être encore plongés dans les mêmes ténèbres. Gardons-nous d'être injustes ou ingrats envers les écrivains qui, les premiers, ont éclairé ce sombre chaos et réveillé de son sommeil L'intelligence humaine. Us ont marché sans guides et au hasard, à travei s des ruines et des précipices: est-il étonnant qu'ils se soient souvent abîmés ou égarés? Mais ceux qui les on! suivis, profitant des voies déjà tracées, ont pu éviter les précipices et les abîmes : ils ont atteint le hut; ils ont cueilli la palme (pie leurs devanciers n'avait lait qu'apercevoir. Me seinhle-t-ii pas cependant que la gloire du triomphe doit appartenir à tous? I.e soldat qui plante sur la brèche son étendard victorieux ne doit-il rien à celui qui le premier est monté à L'assaut?

Nfe comparons donc les poètes i\u quinzième siècle ni avec ceux de L'antiquité ni avec cvux des temps modornos. C'est en les comparant entre eux (pie nous pourrons les apprécier comme ils doivent L'être. A toutes les époques littéraires il s'est rencontré dos écrivains de mauvais goût, souvent fort applaudis de la foule, qui prend vo-

lontiers le clinquant pour de l'or : le quinzième siècle a en les sions, cl vous comprendrez mieux le mérite des auteurs sur lesquels nous avons appelé votre alleulion , quand nous aurons mis sous \os yeux quelques fragments des poètes qui jouissaient dans le même temps de la faveur publique, et dont les productions étaient les plus admirées. On prisai! alors médiocrement <les vers qui ne faisaient qu'exprimer avec élégance une pensée naturelle. Aux yeux des beaux esprits de ce siècle, le mérite d'un morceau ne résidait essentiellement ni dans l;i pensée ni dans l'expression; il consistait avant tout dans l'habileté déployée par le poêle pour vaincre une difficulté de facture qu'il s'étail créée volontairement. Un rapprochement bizarre de mots, l'accumulation des mêmes rimes, des antithèses forcées, des expressions outrées, des jeux de mots puérils et même de grossiers calembours, telles étaient les beautés que l'imagination des rimeurs du quinzième siècle se torturait à trouver, de préférence à des idées Tories ou gracieuses, à des images brillantes et pittoresques. Ils ressemblaient à ces saltimbanques qui, pour se grandir, montent sur des écbasses, et amusent la foule par des tours de force et d'agilité. Parmi ceux qui excitaienl alors une admiration presque universelle, nous citerons maître Jehan Molinet, qui composa plusieurs beaux traités, oraisons et chants royaux. Voici la description qu'il fait du temple de Mars :

Le chant de ce temple est alarmé; Les cloches sont grosses bombardes,

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L'eau benoiste est sang et larme , L'aspergés un bout de guisarme, Les chappes sont harnais ef bardes, Les processions avant-gardes, Va l'encens poudre de canon :

A tel saint tel offre el tel don.

Ce n'esl là, sans doute, <|u'uno image ridicule, dont plus d'un poète des siècles suivants se serait l'ait honneur ; mais écoutons ce morceau d'un autre genre, où le même Jehan Molinel ne s'épargne pas la louange : il vous fera plaindre l'écrivain qui, pour charmer ses lecteurs, descendait à de pareilles puérilités :

Molinel n'est sans bruit, ne sans nom, non; Il a son son ef , comme lu vois, voix; Son doulx plaid plctist mieux que ne l'airl Ion ton , Son vif art ard plus cler (pie charbon bon

Etc., ele...

Tenons nous-en à ces quatre vers; il faut être sobre de pareilles citations. Celle-là suffira d'ailleurs pour vous l'aire apprécier le goûl de la plupart des poètes de ce temps.

Voici un autre genre de difficulté vaincue qui nous semble moins ridicule, cl dont l'honneur appartient à une dame de Toulouse, nommée Catherine Fontaine. L'auteur (liante la louange des poètes en deux pièces, composées, l'une de vers de quatre et l'autre de vers de six syllabes; et ces vers sonl combinés de telle façon, que si Ton met en regard les deux morceaux et qu'on les

rapproche de manière à former une seule pièce de vers décasyllabîques , on trouve un sens diamétralement opposé à celui des deux pièces isolées :

Qui rimes faict II est sot cl maudil

Grand los acquiert; Qui point ne sçail rimer;

Moult est parfaict Qui des rimeurs médit

Qui tel art sert ; Il est fort à blâmer;

Plusieurs biens pert Qui rimes veut aimer

Qui point n'en sçail ; Vertueux sera dief ;

Hiineur expert Trop est à déprimer

Grandement plaît. Qui des rimeurs médict.

Gardez-vous de croire que nous donnions de pareilles lentalives comme des modèles à suivre. Loin de là, nous les signalons comme des éeueils où le talent vient encore quelquefois se briser sans gloire pour lui-même et sans profit pour l'art.

Parmi toutes les autres poésies de cette époque qui précéda celle de la renaissance des lettres en France, dans cette multitude de poèmes, de rondeaux, de lais, de virelais, de chants royaux, de complaintes, de chansons, nous n'avons rien trouvé qui fut digne d'être mis sous vos yeux. Les noms des poètes de ce temps sont tombés dans un profond oubli , comme leurs œuvres mêmes : et cependant plusieurs d'entre eux jouirent dune haute réputation parmi leurs concitoyens et d'une grande faveur à la cour des rois.- Les lettres étaient en honneur alors même quelles semblaient le plus frappées de médio crité. Les rois et les princes , non-seulement protégeaient les poètes et les attachaient à leur service par i. 2\

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d'honorables emplois; mais ils se faisaient poètes euxmêmes autant <piils le pouvaient, et mettaient, dans ions les cas, mie sorte de gloire à passer pour lettrés. Le comte de Foix, Gaston Phœbus, écrivait les Déduiz <lc la chasse; le roi de Sicile, René d'Anjou, s'honorait <ln titre de troubadour, et composait sur les tournois un gros livre <|ii il ornait de dessins et de peintures. Il n'étail pas jusqu'au sombre Louis XI qui n'aimât les «{eus de savoir cl de lalenl. Il s'amusait à recueillir, sous le titre des Cent Nouvelles nouvelles^ des contes et des fabliaux qui avaient le pouvoir de dérider son Iront soucieux, el dictait lui-même le Rosier des guerres pour l'instruction du dauphin son lils. Plusieurs savants français et étrangers trouvèrent à sa cour un accueil non moins bienveillant que celui qu'y recevaient les astrologues et les médecins dont il aimait à s'entourer. Kn même temps qu'il offrait \i\) asile aux docteurs mecs, que la persécution maliométane chassait de la ville de Constantin, il détachai! du service du duc de Bourgogne L'écrivain qui devait le premier donner à L'histoire ce caractère sérieux el moi al sans lequel elle n'est qu'un vain enseignement

(le fui assurément un des coups les plus heureux de la politique de Louis XI (pie la complète de Philippe de

domines. \é à Comines, près de Lille en Flandre, le

jeune Philippe dut peut-être à la noblesse de sa maison le peu de soin <pi On mil à lui apprendre le latin. Nous ne sommes point tenté de regretter, comme lui, son ignorance à cet égard; car c'est sans doute à celle ignorance <pie nous devons l'allure franche el libre de son style tout Français. Plus instruit , il aurait élé moins na-

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lurel ; sou érudition aurait nui à la vivacité de ses idées el à la clarté de son langage . il n'eût élé qu'imitateur, il s'est l'ait modèle. Elevé à la cour du duc de Bourgogne, Comines fut d'abord le conseiller de ce comte de Charolaisqui mérita si bien le surnom de Téméraire. Il insista beaucoup pour que ce prince épargnât la vie de Louis M, alors son prisonnier à Péronne; el ce conseil , plus généreux que politique, prouve que dès lors Comines voyait dans le roi de France son futur maître. Peu de temps après il se donna a lui, et les riches seigneuries dont Louis M dota son nouveau conseiller permettent de croire qu'il n'apporta point au roi des services complètement désintéressés. Nous ne dirons pas qu'il se vendit : nous aimons mieux interpréter le silence de Comines à cet égard en disant qu'il ne lui parut point (pie la place d'un homme sage pût. être à la cour d'un prince qui courait en insensé à sa ruine. Lu passant au service de Louis XI , il se dit sans doute que Charles de Bourgogne était un vassal rebelle à son légitime souverain, le roi de France- D'ailleurs, il faut l'avouer, la fidélité et le désintéressement n'étaient point du nombre des vertus de ce temps. ()i! pourrait dire (pie la trahison avait alors son tarit; tarif assurément fort modéré, puisque un peu d'or niellait le grand chambellan d'Angleterre dans la main du roi de France. Comines raconte ces ignobles marchés sans indignation comme sans étonnemenl : . Au demeurant, dit-il, la Providence le voulait ainsi - , et celte explication lui suffit. La Providence voulut donc que Connues devint le conseiller et le chambellan de Louis XI, et Comines n'y mil pas d'obstacle. Le caractère, tantôt

lin el rusé, tantôt ombrageux et cruel, de Louis \I n<> l'effraya point; mais, en acceptant les fonctions de conseiller d'un souverain qui m' prenait guère conseil qui' de lui-même, Comines si1 tint en garde contre le désir de dominer son maître. II mil son habileté à exécuter les desseins de Louis XI et non ;'i diriger sa volonté; el celle conduite sage el prudente le maintint en faveur auprès d'un roi qui ne tenait compte des services qu'autant qu'il les avait réclamés. Malgré la familiarité dont Louis XI usait à son égard , au point de le faire coucher dans le lit royal et de le vêtir de ses babits, on peut affirmer que Comines ne fut jamais ni le courtisan, ni le favori, ni même l'ami de ce prince, dont il admirait le génie sans estimer le caractère. Le haut jugement du conseiller fut frappé de la droite raison du roi, et le lion sens , qualité si rare parmi nous, établit entre eux une sorte de sympathie politique. .Mais Comines se tint toujours à la dislance qui convient pour bien voir et bien juger les choses et les hommes, el s'il se montre peu sévère pour certains actes que réprouvent également l'humanité et la morale, c'est que la raison d'état est souveraine à ses yeux. On voit cpie l'historien a été mêlé aux affaires et aux intrigues qu'il raconte, et qu'il les juge moins en philosophe qu'en politique. Ce qu'il s'afflige de voir, ce ne sont pas .les cages de fer, et autres de bois couvertes de plaques de 1er par le dehors el par le dedans, avec terribles ferrures, de quelques huit pieds de large et de la hauteur d'un homme et on pied de plus : •• c'est à peine s'il s'arrête à en médire, lui qui pourtant -en lasta l'espace de huit mois;» de cette mésaventure il n'a gardé aucun ressentiment,

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ce oe lui est matière à aucun blâme. Mais, qu'il vienne à traiter la question des libertés nationales, et vous serez stupéfaits d'entendre le conseiller de Louis XI prononcer des paroles comme celles-ci : -Y a-t-il roy ne seigneur sur terre qui ait pouvoir, outre son domaine, de mettre un denier sur ses subjeefs, sans octroy et consentement de ceux qui le doivent payer, sinon par tyrannie et violence?)'

Comines était sans passion quand il écrivit ses mémoires : aussi n'y tronve-l-on aucun de ces grands traits de sentiment, aucune de ces pensées véhémentes qui nous ravissent dans les historiens de l'antiquité. C'est donc à tort, selon nous, qu'on l'a comparé à Tacite. 11 est toujours calme, réfléchi, positif. Tel il dut se montrer au conseil que présidait Louis XI, tel il est au tribunal de l'histoire, en présence de la postérité. Sa conscience fléchit quelquefois, mais sa raison ne l'abandonne jamais : aussi a-t-il le droit de dire, en parlant de son livre : k Princes et gens de cour y trouveront de bons avertissements, à mon avis.- Invoquons un autre témoignage non moins grave que le sien, celui d'un homme qui vivait peu de temps après lui et qui , mieux que personne, était en état de le bien juger : nous voulons parler de Michel Montaigne. Celui-ci nous dit, en parlant des mémoires de Comines : ù Vous y trouverez le langaige doulx et agréable d'une naïfve simplicité, la narration pure et en laquelle la bonne foy de l'aucteur reluit évidemment, exempte de vanité parlant de soy, et d'affection et d'envie parlant d'aultrny ; ses discoins et exhortements accompagnez pins de bon zèle et de vérité que

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d'aulcunc exquise suffisance, cl tout partoul de l'auctorilê cl gravité, représentant son homme <lc Itou lieu et eslevc ;iu\ grandes affaires. »

Ne croyez pas cependant que l'homme d'état domine tellement en Philippe de Cominea qu'où ne puisse trouver dans son livre aucune de ces liantes leçons de morale qui dénotent l'élévation d'âme chez un écrivain. Voyez le sombre tableau qu'il trace, d'après nature, des dernières années de la vie de Louis M : les phrases les plus éloquentes , les réflexions les plus profondes ne sauraient lien ajouter à l'impression «pic produit ici le simple récif des faits :

.; Le roy retourna à Tours, et s'cnlérinoit fort et tellement (pie peu de «cens le voyoient, et entra en merveilleuse suspicion de tout le inonde, cl eu peine, craignant que l'on ne lui oslast ou diminuas! son auctorité. .Mais ccey ne dura gttères, car il ne vesquil point longuement : et lit de bien estranges choses, dont ceux qui le voyoient le tenoient à estre dénué de sens, niais ils ne le connoissoienl point. Quant à estre suspicionneux , fous grands princes le sont, et par especial les sages et ceux qui ont beaucoup d'ennemis et ont offensé plusieurs, comme avoit fait cestuy-ci... Il n'entroit guères de gens dedans le Plessis-du-Parc (qui estoil le lieu où il se lenoil ) , excepté gens domestiques et les archers , dont il en avoit quatre cents , qui en bon nombre faisoienl chacun jour le guet et se poiirincnoient par la place et gardoient la porte. Nul n'y venoil que monseigneur de Beau jeu, qui étoil son gendre. Tout à l'environ de la place

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dudil Plessis il lil faire un treillis de gros barreaux de fer, cl piauler dedans la muraille des broches de fer ayant plusieurs pointes, comme à l'entrée par où Ton eût peu entrer aux fossés dudit Plessis. Aussi fil (aire quatre moyneaux, Ions de fer bien épais, en lieu par oùl'on pouyoit bien tirer à son aise; et esloil chose bien triomphante, et cousta plus de vingt mille francs : el à la fin y mit quarante arbalestriers , qui jour et uuict estoient en ces fossés avec commission de tirer à tout homme qui en approcherait de nuiet jusques à ce que la porte lui ouverte le malin. Il lu^ semhloil davantage que ses subjeels estoient un peu chatouilleux à entreprendre sur son authorité, quand ils en verroienl le temps,

Et plus loin domines achève ainsi le tableau de la prison royale :

. Nostre Roy estoit en ce Plessis avec peu de gens, sauf archers, et en ces suspicions dont j'ay parlé, à quoi i! avoit pourveu; car ils ne laissoient nuls hommes, nj en la ville de Tours, ny aux champs, dont il cul suspicion, qu'il ne h; fil retirer lôing de luy, mais par archers les en faisoit aller el conduire. De nulle matière on ne luy parloit, que des «grandes qui luy touchoienf. Il semhloil, à le voir, mieux homme mort que vif, tant estoil maigre. Il se vesloit richement, ce que jamais n avoit accouslumé par avant : el ne portoit que robbes de salin cramoisy, fourrées de bonnes martres : et en donnoit à ceux qu'il vouloil sans demander, car nul ne lui eùl osé demander, ne parler de rien. Il faisoit d'aspres punitions, pourestre

crainl el de peur de perdre obéyssance; car ainsy me le dicl lny même. Il renvoyoil officiers el «;issoii gens d'armes, rognoit pensions e! en ostoit de tous poincts; el me dicl, peu di' jours avant sa mort, qu'il passoit temps à faire el à deffaire gens, et faisoit plus parler de luj parmy le royaume que n'avoit jamais faict, el le Faisoit de peur qu'on ne le lin! pour mort. »

Ainsi, de peur qu'on no le tint pour mort, Louis M se travaillait à taire le mal. Quel admirable trait de caractère! Mais l'historien ne s'arrête pas là. Après avoir montré Louis \I appelant les secours de la médecine el de l'astrologie, pêle-mêle avec ceux de l;i religion, contre la maladie qui le consumait, el expiant par ses propres souffrances celles qu'il avait l'ait endurer à tant d'autres, il nous le montre sur son lit de mort, donnant au dauphin son fils les conseils de sa longue et terrible expérience, et déjà le traitant de roi, comme si lui, Louis XI, était mort; puis il ajoute :

.. Après tant de peur el de suspicions et de douleurs, \ostre Seigneur lit miracle sur luy et le guérit, tant de l'âme que du corps, comme toujours a accoustumé, en faisant ses miracles : car il l'osta de ce misérable inonde en «fraude santé de sens el d'entendement et bonne mémoire, ayanl reçeu tous les sacrements, sans souffrir douleur que Ion eogneut, mais tousjours parlant jusques à une patenostre avant sa mort... Peu d'espérance doivent avoir les pauvres et menues «[eus au faict de ce monde, puisqu'un si grand roy y a tant souffert el Ira-

paillé, puis laissé tout, et ne put trouver une seule heure pour esloigner sa mort, quelque diligence qu'il y ait sceu faire. Je l'ay cogneu et ay esté son serviteur à la ûeurde son aage et en ses grandes prospérités : mais je ne le vis oncques sans peine et sans soucy. »

Quel enseignement plus élevé l'historien pouvait -il donner aux princes ambitieux, dissimulés, fourbes el cruels, quelle leçon plus terrible (pie ces simples paroles : .. Je ne le \is oncques sans peine et sans soucy! »

Terminons ces courtes citations de Philippe de Connues par cette page où semble se résumer toute la morale de son livre :

■ De nostre roy j'ay espérance que Nostre Seigneur ait eu miséricorde de luy, et aussi aura des aultres, s'il lui plaist. Mais à parler naturellement (comme homme qui n'a aucune littérature, mais quelque peu d'expérience et sens naturel ), n'eùt-il point mieux valu à eux et à tous autres princes et hommes de moyen estât, qui ont vescu sous ces grands et vivront sous cou\ qui régnent, eslire le moyen chemin en ces choses? C'est à sçavoir, moins se soucier et moins se travailler, et entreprendre moins de choses, et plus craindre à offenser Dieu et à persécuter le peuple et leurs voisins par tant de voies cruelles que j'ay assez déclarées par cy devant, et prendre des aises et plaisirs honnestes? Leurs vies en seroient plus longues; les maladies en viendroient plus lard; cl leur mort en seroit plus regrettée et de plus de gens el moins désirée ; cl auroient moins à redouter la mort. •

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il peu! se faire que quelque peu d'expérience et sens naturel dictent de telles paroles à un homme qui n'a aitainc littérature ; mais assurément la littérature ne suffirait pas pour les inspirer à un historien.

Nous v.'ici arrivés à la fin du quinzième Biëcle Bans avoir rencontré sur );i terre de France aucun homme d'un caste génie, <>n pourrait dire aucun écrivain complet, l'historien Comines excepté. L'Italie et l'Espagne ont pris les devants sur nous : mais le temps n'est pas loin OÙ la Fiance les atteindra pour les surpasser Itienlol ; semblable à ces coureurs habiles qui commencent par ménager leurs forces en entrant dans la carrière, puis, regagnant pied à pied tout le terrain perdu, laissent enfin derrière eux tous leurs concurrents.

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