‹ Matinées littéraires: cours complet de littérature moderneChapitre 7 sur 49 · LE CARNAVAL DE ROSPORDEX · texte numérisé non relu

LE CARNAVAL DE ROSPORDEX

« Pendant les jours «pas est arrivé un grand malheur dans la ville de Rosporden. — Ecoutez, chrétiens.

» Trois jeunes déhanchés étaient en une hôtellerie : le vin qu'ils buvaient à pleins pots faisait bouillir leur sang. Quand ils eurent assez bu et assez mangé : Habillons-nous de peaux de bètes, dirent-ils, et allons courir!

» L'un de ces trois garçons, le plus chétif, voyant ses compagnons s'éloigner, s'en alla droit au cimetière et plaça sur sa tête une tète de mort ; c'était horrible à voir! Et dans les trous des deux yeux il mit deux lumières; puis il s'élança comme un démon à travers les rues. Les enfants tout effrayés fuyaient devant lui, et les hommes raisonnables eux-mêmes s'éloignaient à son approche.

• Quand les trois jeunes gens eurent fait le tour de la ville, ils se rencontrèrent et se mirent à hurler, à bondir et à railler tous les trois, disant : — Seigneur Dieu! où es-tu? viens t' ébattre avec nous!

« Dieu, fatigué de les voir, frappa un grand coup qui fit trembler toutes les maisons de la ville: tous les habitants se recueillirent dans leur cœur, croyant que la fin du monde était venue.

m m vi i\i:i;s littéraires.

I,c plus jeune, avant de regagner s;i demeure, i • ; 1 1 » — porta la tête de morl au cimetière, et lui dit en s'en allant : — Viens donc clic/ moi, tête <lc mort, viensl'en demain BOUperl

Alors il prit le chemin de sa maison : il se jeta sur son lit pour se reposer et dormit toute la nuit. Le lendemain, en se levant, il s'en alla travailler, sans plus songer a la veille et à la fête.

■ Il saisit sa fourche et s'en alla travailler en chaulant à tue-tête, en chanlanl sans souci.

» Mais vers l'heure OÙ la nuit s'ouvre, comme tout le monde sonpait, on entendit quelqu'un qui frappait à la porte.

i) Le valet se leva pour ouvrir : il fut si épouvanté qu'il tomba à la renverse. Deux autres personnes s'élancèrent à l'instant pour le relever : elles furent si troublées qu'elles moururent subitement.

h Le mort s'avança lentement jusqu'au milieu de la maison. — Aie voici venu souper, souper avec loi. Allons donc, cher ami, ce n'est pas loin d'ici : allons nous asseoir ensemble à ma laide; elle est dressée dans

ma tombe.

n Hélas! il n'avait pas fini de parler, que le jeune

homme éperdu jetait un cri épouvantable : il n'avait pas achevé, pas achevé, que la tête du malheureux frappait violemment la (erre et s'y brisait. »

\oiis demanderons si la statue du commandeur, venant au festin auquel l'a invitée don Juan, est d'un effet

plus terrible que ce squelette apparaissant tout à coup, et

PO KSI M S BRETONNES. 67

sommant L'impie de venir s'asseoir au banquel funèbre préparé pour lui sous la pierre du tombeau qu'il a profané! Nous pourrions sans peine multiplier des citations qui mus prouveraient que le mépris des savants pour les poésies bretonnes tient à dos préventions classiques, et surtout à l'ignorance d'une langue qui, malgré sa haute antiquité, n'a guère été écrite que de nos jours. Nous ne prétendons point, par un patriotisme absurde, placer les poésies bretonnes au niveau des poésies anciennes et modernes qui font les délices et l'admiration des hommes éclairés; niais nous croyons fermement qu'elles ne méritent point le dédaigneux oubli dans lequel on les a laissées jusqu'à ce jour. Les poètes bretons, s'ils n'ont pas le génie des Homère, des Pindare, des Horace cl des Tibulle, ont du moins un caractère qui les distingue et qui les recommande à notre vénération. Ils ne sont pas seulement les conservateurs de la langue nationale et des annales populaires; ils sont encore, et surtout, les plus ardents défenseurs des principes religieux, des bonnes mœurs et des vertus sociales. Cite-t-on beaucoup de pays où les poètes soient ainsi restés fidèles à leur divine

mission?

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