‹ Matteo CivitaliChapitre 12 sur 53 · STATUE D'ANGLE DE LA FAÇADE PRINCIPALE DE SAN MICHELE · texte numérisé non relu

STATUE D'ANGLE DE LA FAÇADE PRINCIPALE DE SAN MICHELE

E 1476 à 1480,1a peste, qui faisait des ravages dans la province, se rapprochait chaque jour de la ville; envahissant peu à peu la campagne de Lucques, elle avait menacé l'existence de tous, et jetait dans les âmes cette terreur religieuse qui amène les fidèles au pied des autels. Le pauvre Matteo, qui avait laissé trois petites filles dans sa villa de Monte San Quirico, les avait vu enlever une à une par le fléau.

C'est à ce moment sans doute que Domenico Bertini pensa à préparer son monument funèbre , et c'est sans doute aussi en ces années d'appréhensions quotidiennes que la statue de la Vierge, placée sur une console aux armes de Bertini, à l'angle de droite de la façade de San Michèle, dans une mandorla formée de rayons de gloire avec l'inscription : Salntis Portus ; fut présentée aux Lucquois par ce même Bertini, comme le port de salut dans le péril. Comme toujours, il avait choisi le Civitali pour exécuter son vœu. C'est une supposition faite par M. Enrico Ridolfi, et la manière du travail ne la contredit point.

CIVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE

La Statue n'est pas de celles qui honorent le génie de Matteo ; nous avons cru n'en devoir faire qu'un léger croquis pour la signaler aux visiteurs de Lucques;il y a là quelque chose d'une œuvre de facture, ce qu'on trouve le plus à admirer est une certaine grandeur dans l'allure générale et un pli large et magistral ; le modelé n'a pas de recherche et l'expression du visage est nulle ; c'est seulement dans la forme charmante de la console et sa délicate ornementation composée de griffons et de guirlandes, qui accompagnent le coq à l'épi^ l'emblème du Bertini, qu'on retrouve le goût parfait de l'artiste.

La devise de Domenico : « Ut vivam, vera vita », court dans la frise en beaux caractères antiques.

La Madone de la Toux {thllc Tosse). — (Église de la Trinité, à Lucques.)

LA MADONA DELLE TOSSE A L'ÉGLISE DE LA TRINITÉ, A LUCaUES

la date de 1480 se rattache la Madona délie Tossc, la Madone de la Toux, aujourd'hui encastrée dans le mur, au-dessus de l'un des autels à droite, dans la nef de l'église de la Trinité. Du temps de Matteo, cette Madone décorait l'église du couvent de SanPonziano, ornée, au xv« siècle, d'un certain nombre d'autres œuvres du Civitali , que nous retrouverons à leur ordre chronologique. De grandeur nature et de plein relief, la Vierge, assise sur une de ces chaises curules aux ornements dorés, imitées de l'antique, qu'on retrouve dans un grand nombre des bas-reliefs du temps (surtout dans ceux de Mino da Fiesole et de son école), allaite le divin Enfant assis sur ses genoux. La main gauche embrasse le petit Jésus, la droite presse le sein gonflé de lait où il a collé ses lèvres.

Parmi les innombrables Madones de toutes les écoles de la sculpture du XV* siècle, celle-ci se distingue par un caractère spécial, en même temps qu'elle est une exception dans l'œuvre de Matteo. Au point

CIYITALI, SA VIE ET SON ŒUVKE

de vue de l'effet, il faut remarquer que Matteo, comme dans la plupart de ses monuments, a employé for pour relever le caractère décoratif de son œuvre.

Ce n'est pas la première fois qu'un artiste, prenant dans la campagne un modèle aux traits purs, jette sur lui une draperie ample et harmonieuse, le traduit vivant dans le marbre^ lui imprime un cachet de noblesse et de grandeur^ et le transfigure ainsi au gré de son génie. Mais comment celui qui a su créer les deux anges en adoration au pied du Saint-Sacrement, exprimer l'extase sur le visage du saint Sébastien mourant, et, au front de la Foi du Bargello, faire éclater tant de ferveur et de ravissement : a-t-il pu rester cloué à la terre en représentant la Vierge Marie ; ne voir dans le divin Jésus qu'un enfant suspendu au sein de sa nourrice, et, dans la mère de Dieu, qu'une femme attentive aux soins maternels? Il semble que Matteo, en face de son modèle, n'ait pensé qu'à lutter de vérité avec la nature.

Dans cette lutte, Luca délia Robbia lui-même ne l'a point dépassé. Jamais le marbre n'a mieux traduit la chair sous laquelle circule un sang pur, jamais la main d'une femme, en pressant le corps de son enfant, n'a mieux laissé son empreinte sur un corps potelé qui fond à son contact. C'est en vain qu'enveloppant les formes robustes de la belle Lucquoise d'un pli magistral, l'artiste nous donnera la jeune paysanne aux traits nobles, pour une vierge qui a conçu sans péché ; en vain elle échangera l'humble escabeau de sa chaumière contre un trône d'or où elle siège dans son éternelle immobiUté ; la Madone de Matteo n'est point d'essence divine, et elle ne connaît d'autre extase que celle qui fait tressaillir les mères quand elles sentent circuler la vie dans l'être qu'elles ont porté dans leur sein.

Cette Madona délie Tosse, que, du fond des campagnes, les femmes lucquoises viennent implorer à la Trinita, apportant dans leurs bras leurs pauvres bambini^ dont la toux cruelle étreint la gorge et déchire la poitrine, reste le symbole de la Maternité : elle doit son caractère grandiose à l'œuvre simple et primitive qu'elle accomplit en tendant

CHRIST DANS l. I-Xl.lSK DK I^MMERI I.nvirons de Luc -

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