‹ Matteo CivitaliChapitre 16 sur 53 · LA FOI. — BAS-RELIEF AU BARGELLO DE FLORENCE · texte numérisé non relu

LA FOI. — BAS-RELIEF AU BARGELLO DE FLORENCE

UAND les œuvres d'un artiste ne sont pas datées, il ne reste à la critique qu'une ressource pour établir la chronologie dans la production, c'est celle d'étudier l'expression, le pli, le jeu du ciseau, et enfin la manière, toutes choses qui permettent de les rapporter à une période de sa vie. En face du bas-relief de /a Foi, aujourd'hui encastré dar^s le mur du Musée national de Florence, connu sous le nom de Bargcllo; on ne peut douter que Matteo n'ait exécuté son œuvre à peu près à l'époque oi\ il a sculpté les deux anges du Saint-Sacrement et la Madona délie Tosse ; ce n'est pas que l'expression de cette dernière œuvre rappelle en rien l'expression de celle du Bargello ; mais le pli est de la même période et aussi la façon de traiter le marbre, où Matteo, presque toujours, accuse sa personnalité.

Vasari a bien peu de chose à nous dire sur Matteo, et nous n'entreprendrons pas la trop facile tâche de relever ses erreurs ; mais il y a toujours un point de haute importance qu'il ne faut pas oublier quand

CIVITALL SA VIE ET SON ŒUVRE

on le consulte : il a vu de ses yeux, ou bien il a entendu dire. Vasari est, après tout, un écho d'une tradition, quand il lui arrive de faire allusion à certaines œuvres détruites ou dispersées depuis le xvi« siècle. Si donc nous pouvons établir quelque point de contact entre sa description et les œuvres ou les fragments d'œuvres qui reviennent à la lumière, il y a quelque chance pour nous d'arriver à la vérité.

Or, l'auteur des Vite fait allusion à trois tavole que Matteo aurait exécutées pour l'église de San Michèle, oii, en dehors de la statue de la Vierge à l'angle extérieur de cette église, statue due à la munificence de Bertini ; nous ne trouvons plus rien, aujourd'hui, qu'on puisse attribuer à notre artiste. M.Ridolfi, qui vit à Lucques, qui y est né, et en a étudié avec soin tous les monuments; incline à penser que le célèbre bas-relief du Bargello, signé O. M. C. L. « Opiis Mathei Civitali Lucensis », serait un de ces trois bas-reliefs. Les deux autres auraient naturellement représenté Y Espérance et la Charité. Nous savons, par le livre d'entrée du musée des Offices, que le bas-relief de la Foi a été acheté, en 1830, par les soins du commandeur Montalvi, d'une famille patricienne de Lucques ; mais c'est tout, et nous ignorons l'origine de la sculpture. Il a suffi, cependant, de ce bas-relief au pli large, noble, à la fois naturel et monumental ; où la forme est jeune^ élégante, pleine de charme, et où l'expression extatique dans le geste et dans le regard est traduite d'une façon tout à fait supérieure, pour classer Matteo parmi les grands artistes de son temps. Tout le monde ne va pas le voir à Lucques où il triomphe, tandis qu'au Bargello le monde entier qui passe, le juge et le classe. Là encore, comme dans les anges en adoration, il n'y a pas trace de manière, ni manie de ciseau, ni nervosité de rendu, ni habitude de la main, ni façon étrange de concevoir ou d'exécuter : c'est à la fois simple et savant, naturel et idéal, tendre et profond. La Foi est un des beaux morceaux de la sculpture de tous les temps ; on peut être plus grandiose, plus terrible, plus hardi et plus fort ; personne n'est plus pur, plus attendri et plus élégant.

E.ia Relief au Bdr§tllo a Florence

Page 1