‹ Matteo CivitaliChapitre 28 sur 53 · SÉPULCRE DE SAN UOMAXO · texte numérisé non relu

SÉPULCRE DE SAN UOMAXO

pour le recul, et on ne peut s'empêcher d'écrire qu'il y a quelque chose de douloureux dans le mépris qu'on semble affecter pour de telles œuvres. C'est sur le moulage seul que nous avons pu obtenir l'épreuve nécessaire à nos travaux. Même en faisant la part de la dislocation du monument, il faut constater un manque d'unité dans l'œuvre ; le fronton en segment, avec le Christ à mi-corps, affecte un caractère archaïque, tandis que le San Romano, rendu avec le sentiment habituel au Matteo, semble auprès de l'image du fronton une œuvre moderne qui jure avec elle.

Une belle inscription occupe la partie centrale entre le fronton et le bas-relief ; on a rejeté sur les deux côtés la devise de Bertini et la date qui forme le dernier mot de l'inscription :

CLAVDITVR. HOC. TVMVLO. BEATI. ROMANI.

CORPVS. OVI. DVM. AD. TORMENTA. LAVRENTI. LEVITE. INCVMBEBAT. SVB. DECIO.

IMPERATORE. ANGELORVM. VISIONE. PERTERRITVS. FIDEM. XPI. CONFESSVS. CAESO. CAPITE. MARTIRIO. CORONATVS. FABRICATV'M. AERE. D. B. SALVTIS. ANNO...

La dernière ligne nous dit que c'est aux frais de Domenico Bertini que l'œuvre a été exécutée en 1490.

Le San Romano nimbé, en armure et enveloppé dans son manteau, est couché sur un lit dans le goiàt de ceux de Mino ; les deux mains jointes tiennent l'épée, la tête repose sur un coussin. Ce n'est sans doute pas là une des grandes œuvres du sculpteur, mais j'avoue tout mon penchant pour cette figure recueillie et bienheureuse, pleine d'une grâce juvénile. Matteo a mis là son âme tendre ; nul comme lui n'a su clore les yeux d'un mort qui fut un martyr, et faire rayonner sur son front le reflet de la béatitude céleste. Le marbre de Carrare, cette incomparable matière qui ne le cède qu'au Paros, a pris ici, avec la patine du temps, les beaux tons de l'ivoire ; çà et là, des

CIVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE

restes d'or sur l'armure et sur l'épée, et des traces d'une peinture brune presque effacée, ajoutent à l'effet de cette belle composition enveloppée d'une ombre légère par la simple draperie qui lui fait cadre.

Le Christ du fronton, une Pieià, au corps maigre, aux traits douloureux, aux bras ascétiques, appartient à la période Mantegnesqiie de l'artiste, et nous reconnaissons comme sa signature, les deux anges aux triples ailes dans les tympans à droite et à gauche de la tête du Sauveur,

Page 1