‹ Matteo CivitaliChapitre 5 sur 53 · CARACTÉRISTIQUE DE SON TALENT · texte numérisé non relu

CARACTÉRISTIQUE DE SON TALENT

sins de la fortification de la ville, en collaboration avec le fameux Martin Francesco di Giorgio, sans rival à Urbin.

Dans un autre ordre d'idées, — et c'est un trait de sa vie qui est peu connu, — Matteo semble avoir pris une part assez grande aux événements de son temps par une manifestation qui le rattache aux Humanistes. Lorsque les premières manifestations de la découverte de l'imprimerie venaient de causer en Italie une impression profonde, et que chaque ville entrait dans le mouvement nouveau, il adressa aux magistrats de Lucques une demande d'autorisation pour imprimer, sollicitant d'être dispensé de payer certains droits qui frappaient les entrées. Les résultats de ses démarches sont connus; on sait que cette demande, faite au nom de son frère, aboutit à la publication des deux premiers volumes imprimés à Lucques en 1477 et 1478. Notre sculpteur a donc eu sa part dans la vulgarisation de la grande découverte : c'est un beau titre à nos veux. Par cette manifestation intellectuelle, Matteo montre qu'il ne reste pas confiné dans la pratique de son œuvre ; qu'il a des aspirations vers le progrès, qu'il s'intéresse au mouvement des idées de son temps, entretient des relations avec le dehors ; et qu'il est en un mot l'homme des idées générales. De plus, il est l'ami de Francesco di Giorgio, une des grandes figures de la Renaissance, et le commensal et le protégé des secrétaires apostoliques et des humanistes : c'est donc bien un homme de la grande race, le dernier des Oiiattroccntisti. Comme tel, il mérite d'être étudié, il fi\ut fixer le souvenir de ses œuvres, les cataloguer, et essayer d'écrire sa vie. Voyons donc si nous avons par devers nous les éléments nécessaires à cette restitution.

Les éléments qui peuvent servir à reconstituer l'existence d'un tel artiste sont épars çà et là dans ces Archivi storici dç, la Ligurie et de la Toscane, recueils divers où les écrivains italiens, bibliothécaires et archivistes, avec l'insouciance des savants, dispersent tant de trésors d'information, qu'il suffirait souvent de coudre inteUigemment ensemble pour avoir des chapitres complets de la Storia patria, et des biographies sans lacune de telle ou telle personnalité mal définie

CIVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE

jusque-là. Les tendances de notre esprit nous ayant porté à faire des restitutions et à évoquer des figures peu connues ou souvent oubliées par les historiens ; nous savons ce qu'il en coûte de reconstituer la vie d'un personnage ainsi condamné à l'oubli; nous voudrions donc rendre hommage à tous nos devanciers (i).

Il existe à ce sujet toute une bibliographie éparse dans les revues locales ; mais un artiste distingué de Lucques, frappé de la personnalité du sculpteur, les a résumées toutes. Ce dernier biographe est un peintre lucquois, écrivain consciencieux, qui porte un nom connu et respecté dans les lettres, M. Enrico Ridolfi. Dans une étude spéciale intitulée : l'Arte in Lucca studiata nella sua cathédrale (2), M. Ridolfi a rencontré si souvent le sculpteur Matteo Civitali sur sa route, qu'il a voulu lui consacrer, à la fin de son volume, une notice où se trouvent condensés tous les renseignements auxquels nous avons fait allusion :

(1) Si rien ne nous a échappé, voici la bibliographie spéciale à Matteo : dès 1812, Tommaso Trenta dans ses « Meuiorie e Documenli per la Sloi ia di Lucca » , a donné les premi.'rs documents connus sur l'artiste ; Da Morrona, en 1812, dans sa Pisa iUuslraia, a signalé son passage au Baptistère de la ville. Le Cicognara,en 1823, dans son Histoire de la scitlplure, a montré qu'il comprenait toute l'importance de ses oeuvres et lui a fait sa place, ce qui a permis à d'Agincourtde comprendre Matteo dans son travail. Le marquis Antonio Mazzarosa, en 1841, au tome I*^'' des Opère, a déjà tenté une esquisse de la vie de l'artiste; et, dans ses « Scri'.ti Varii », Vincenzo Marchese a signalé le peu de travaux connus alors, qu'on lui pouvait sûrement attribuer. Santo Varni, dans les « tAtli délia Società Ligure di Sloria palria, » publiés à Gênes, est revenu sur le sujet, et la même année, Alizeri a traité le sujet des sculptures exécutées dans la cathédrale de Gênes, dans le Giornale Ligtistico d'^rcheoiogia. Carlo Minutoli est venu en 1876 avec un opuscule « 'Di alctiiie opère di Hdle Arli délia Metropolilana di Lucca », et en 1879, Michèle Ridolfi a apporté de nouveaux renseignements avec ses « Scritti d'Arte » publiés à Florence en 1879. M. Achille Neri, dans une lettre au marquis Campori de Modène, s'est attaché à un point très curieux de la vie de Matteo, une prétendue statue équestre de Saint-Georges., due à son ciseau, élevée à Sarzana, et qui aurait disparu. lia très heureusement résolu la solution du problème, dans le Giornale Ligustico (juillet et août 1S77). Perkins, dans ses « Toscans scuhors », a tenu compte, en trois pages, de la personnalité de notre artiste, et lui a fait une place honorable; enfin est venu M. Wilhelm Bode, le savant et profond connaisseur, qui a tenté dans la mesure du recueil où il écrivait, une biographie et une critique de l'œuvre; et nous avons eu la satisfaction de nous trouver d'accord avec un tel juge, sur tous les points. J'ai cité Addiiigton Symonds, je ne puis naturellement pas oublier les lignes de Jacob Burkhart ; enfin, j'ajoute ici que c'est M. le comte de Nieuwerkerke qui m'a signalé l'importance de Matteo à Lucques et m'a inspiré l'idée de ce travail, que je n'eusse pu d'ailleurs faire saïas l'aide de M. Enrico Ridolfi auquel je rends ici même ce qui lui appartient.

(2) Lucca. Coi tipi di B. CanoveUi. 1882.

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