ANTÉCÉDENTS ET PREMIERS TRAVAUX
Cette souche devait produire, pendant deux siècles, toute une dynastie d'hommes distingués dans toutes les branches : un typographe d'abord, Bartolommeo, frère aîné de Matteo, plusieurs sculpteurs, des architectes, des ingénieurs et un chroniqueur, historien local qui a laissé des écrits assez estimés.
Matteo aurait quitté de bonne heure sa ville natale. Aucune des recherches minutieuses auxquelles se sont livrés les archivistes n'a pu les amener à découvrir une de ses œuvres qui soit sûrement antérieure à 1472, c'est-à-dire alors que Matteo avait déjà trente-six ans et se révélait comme un maître , par une œuvre considérable , le Tombeau de Pietro Noceto . exécuté dans la cathédrale de Lucques par commission de Nicolas da Noceto. Cependant en examinant attentivement, sous le portique de la cathédrale de Lucques, un médaillon encastré dans le mur, destiné à perpétuer la mémoire d'un savant, Pietro d'Avenza, professeur de lettres grecques et latines/mort à Lucques en 1457 (i), on reconnaît dans la facture la
(I) Nous avons tenu à nous rendre compte de la personnalité de celui auquel la ville de Lucques avait fait l'honn;ur d'une tombe dans la cathédrale ei d'un médaillon sous le portique de San Martino; les Alii e memorie de la province de Modène, sous la signature de M. Giovanni Sforza, contiennent une biographie de Giovanni Pietro d'Ave;iza ; nous lui empruntons ce résumé qui suffit à faire connaître les grandes lignes de sa vie.
Il était né à la tin du xiv» siècle, à .Vvenza, un petit bourg prés de la mer, à trois milles de Carrare. Son nom était Piclio Vitali, mais on ne connaît pas de document signé de ce nom, tous
Médaillon de Pietro d'.Vvenza. (Porche de la Cathédrale de Lucques. )
CIVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE
main de Matteo et, comme on a la date certaine de la déposition, sous le parvis même de San-Martino, des restes du savant ; on pourrait regarder ce médaillon, dont nous avons fait une fidèle reproduction, comme la première œuvre qui nous soit restée de lui à Lucques.
On remarquera que ce médaillon, qui semble une reproduction des médailles célèbres du Pisanello, est bien l'œuvre d'un jeune homme, influencé par le grand maître dont le nom était alors dans la bouche de tous les artistes, frappés du grand caractère que celui-ci avait su donner à ces représentations de la numismatique italienne qu'il venait de faire renaître.
Ce ne sera que par des conjectures, mais des conjectures de la probabilité desquelles on sera ici le juge, que nous pourrons établir la présence du jeune sculpteur à Florence vers 1465.
Lucques, au point de vue de l'architecture et de la sculpture, est un sanctuaire ; ce n'est pas assez que Pise soit proche, Nicolas et Jean de Pise y ont laissé aussi quelques-uns de leurs chefs-d'œuvre, et Jacopo délia Quercia, un maître qui eut une influence considérable sur son temps, puisqu'il a inspiré Michel-Ange; s'y montre dans tout son génie et sa haute originalité. La vue de leurs œuvres pouvait donner l'essor à un jeune artiste et stimuler son ardeur ; mais
portent Johaiines Peirtis di Avenlià, ou, plus souvent, « Jobaiiues Petrus Luceusis » ou « de Luca ». On possède son testament aux Archives de Lucques; on voit, par là, qu'il était en relations avec le fameux Victorln de Feltre, et lui empruntait des livres. Il occupa, comme « grammatico », une chaire à Brescia. Lors de la fondation de l'Académie de Venise par Foscarini, en juin 1450, on l'appela à occuper la chaire des Belles-Lettres; en 145 1, il commença ses cours qui suivirent avec grand succès. Les Lucquois le rappelèrent le 29 décembre 1453, et l'élurent « Maestro publico d'arte oratoria, di poésie, di lettere. » Mais il préférait le séjour de Venise et ne se ravisa qu'en 14)7 où réintégra Lucques, comblé d'honneurs par la Signoria et honoré du droit de cité. Il alla habiter la Casa dci Monconi, paroisse de San Percigoli. Avenza, comme c'était assez la coutume alors, mourut sous l'habit « del Terzo Ordino di San Francesco », comme le Dante et Roberto Malatesta. Il avait rendu l'âme le 3 octobre 1457; 7 '^^ même mois, on le porta à San Martino. Giovanni da Vecchiano prononça l'oraison funèbre. Tous les fianciscains suivaient, avec les couvents des autres ordres et le chapitre de Saint-Martin. On lui accorda les honneurs réservés à ceux qui avaient bien mérité de la Cité : la couronne de lauriers et la bannière de la commune. Il repose sous le portique de San Martino, entre la porte principale et celle de Saint-Régulus. La médaille est encastrée dans le mur, elle mesure o"46 de diamètre.
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