‹ Maud. Préface et traductionChapitre 5 sur 13 · C'est étrange, j'entends deux · texte numérisé non relu

C'est étrange, j'entends deux

hommes, quelque part, parlant de moi : « Eh bien, s'il vous vient une fille, mon fils sera assez riche, c'est donc convenu ».

File vint à TcgHse du village et elle s'assit, seule, près d'un pilier ; un ange pleurait au-dessus d'elle, un ange de pierre, penché sur une urne ; et, une fois, une seule fois, elle leva les yeux et, soudainement, doucement, étrangement, rougit en voyant qu'ils avaient rencontré les miens. Et, délicieusement, mon cœur battit plus vite et plus fort, de sorte que je n'entendis plus le chant du prêtre dilettante, au:)c mains fines, au rabat blanc comme la neige; et je songeai : est-ce de l'orgueil^ et je réfléchis et je soupirai. <( Oh non, certainement, cela ne peut plus être de l'orgueil, maintenant. »

Je marchais à un mille, un peu plus d'un mille de la côte ; le soleil regardait en souriant entre le nuage et la bruyère ; et, chevauchant à la chute du jour sur la bruyère assombrie, et s'éloignant à grande vitesse, elle me fit un salut de la main. Il y avait deux cavaliers à ses côtés ; quelque chose brilla dans le soleil ; je les vis descendre à cheval de la colline; en un instant^, ils avaient disparu : telle une étincelle furtive jaillit dans la nuit, et les ténèbres s'établissent de nouveau, sans espoir d'un nouveau rayon.

I. — Malade, suis-je malade de frayeur jalouse ? Car Fun des deux à ses côtes n'était-il pas ce seigneur de fraîche date dont la splendeur arrache le chapeau servile de la tète du paysan ? dont le grand-père est mort dernièrement, descendu dans la plus sombre des fosses, lui pour qui des misérables déguenillés roulaient des chariots et transportaient la houille, avec mille souffrances, dans l'obscurité empoisonnée; à la fin, il se retira de sa mine, maître d'une demi-comté asservie, et laissa tout son charbon transformé en or à un petit-fils, le premier de sa noble lignée, riche de toutes les grâces qui plai-

sent aux femmes, investi du pouvoir qu'adorent tous les hommes. Et tous ils sourient niaisement et ils baissent la voix, mielleuse comme lorsque l'on parle à une jeune fille, et osent à peine respirer, comme devant un être divin, et ils ouvrent de grands yeux devant le château-fanfreluche, aussi neuf que son titre^ bâti l'an dernier, au milieu de pins et de mélèzes altiers ; et lui, voyez-le, sur la bruyère d'un pourpre assombri^ dresser son oreille de badaud.

2. — Quoi! a-t-il découvert mon trésor? Car l'un de ceux qui chevauchaient à côté d'elle est un hôte du Château, j'en suis sûr : hôte du Château, revenu peut-être pour des fiançailles. Le frère donnerait son consentement avec plaisir, et Maud peut être sensible, qui sait? aux soins d'un seigneur, d'un capitaine à l'air nul, à la figuredecire, quis'est acheté sa charge, bâillant toujours

avec la face ahurie d'un lapin. — Acheté sa charge ? Que ne peut-il pas acheter ? Et c'est, pourquoi, morose et vil, triste objet blessé, n'ayant qu'un cri de rancœur, en guerre avec moi-même et une race misérable, je suis malade, atteint aux sources de la vie.

3. — La semaine dernière, dans la grande ville de la comté, vint prêcher contre notre pauvre petit parti, pour faire le jeu du despotisme (bien que le gouvernement s'en soit déjà acquitté, et trois fois mieux) ce prolixe colporteur de choses saintes; son oreille, sourde à tout ce qui ne vient pas de lui, ne s'éveille, même en rêve, qu'au tintement de ses gros sous. Cet imposteur abolit la guerre! peut-il dire si la guerre est une cause ou un résultat? Il abolit les passions qui font de la terre un enfer. Il abolit l'ambition, l'avarice, l'orgueil. A bas la jalousie! Tous ces durs ressorts de colère

et de crainte sont rayés de l'esprit. A bas aussi, à bas les médisances et les mauvais vouloirs! Car dans nos propres foyers, tout cela fait la guerre à Fhumanité.

4. — Oh! que je voudrais entendre encore cette chevaleresque chanson guerrière, qu'elle chantait seule, dans son humeur joyeuse ! Alors, je pourrais me persuader à moi-même qu'elle ne se fera pas à elle-même ce grand tort de prendre un garçon léger et déréglé pour un homme véritable, digne de commander aux hommes.

5. — Ah ! Dieu ! un homme de cœur, de tête, d'action, comme ces simples héros d'autrefois disparus à jamais, un homme fort au milieu du tumulte du pays, quel que soit le' nom qu'on lui donne, peu m'importe : aristocrate, démocrate, autocrate, — quel-

- ?4qu'un qui puisse commander et n'ose pas mentir !...

6. — Et, ah Dieu ! qu'un homme puisse se lever en moi, pour que l'homme que je suis cesse d'être !

1 . — Oh ! que la terre ferme ne se dérobe point sous mes pas, avant que ma vie ait rencontré ce que d'autres onttrouvési doux ; puis, advienne que pourra, qu^importe si je deviens fou, j'aurai accompli ma journée.

2. — Que lescieux bienveillants me supportent et ne s'assombrissent pas sur moi, avant que je sois complètement, complètement sûr qu'il existe un être pour m'aimer ! puis advienne que pourra, dans ma vie si triste, j'aurai vécu un jour.

1 . — Les oiseaux sur la haute terrasse du château, à la tombée du crépuscule, criaient et appelaient : Maud, Maud, Maud, Maud.

2. — Où était Maud? Dans notre bois; et moi (qui donc, sinon moi?), j'étais avec elle, rassemblant des lis des bois, fleuris là par myriades.

3. — Les oiseaux dans notre bois chantaient et c:azouillaient le loncr des vallées:

a Maud est ici, ici, ici; clic est au milieu des lis ».

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