‹ Maud. Préface et traductionChapitre 8 sur 13 · DO · texte numérisé non relu

DO

3. — Sa pareille, sa pareille n'existe pas et n'existera pas après la fin de nos étés. Oh ! rei^f'rcttes-tu le Liban, au milieu de la douce brise qui s'envole vers l'Orient délicieux? regrettes-tu le Liban, noir cèdre, bien que tes branches aient ici accompli leur croissance, sur un si riant coteau pastoral incliné vers le Midi et nourri de pluie parfumée et d'air suave? et^ bien que tu sois visité par cette tête étoilée dont la douce volonté a changé mon destin et fait de ma vie un autel à la flamme embaumée, et bien que ton ombre ait dû s'étendre sur elle avec le ravissement des cèdres tes aïeux, tes pères vénérables du jardin sans épines, qui protégeaient sa mère à elle, Eve au corps de neige ?

4. — Je vais m'étendre là, sous ces longues branches qui s'inclinent. Belles étoiles qui couronnez un heureux jour, scintillez et disparaissez dans vos jeux si gais; je

ne suisplus abandonné, comme jadis, quand j'aurais voulu être né pour m'endurcir la main aux grossiers travaux, plutôt que d'avoir une éducation soignée, par laquelle j'apprenais une triste astrologie et une loi mystérieuse et infinie qui fait devons des tyrans dans vos cieux d'airain; étoiles aux regards innombrables, sans pitié, sans âme, feux glacés, qui avez pourtant le pouvoir de montrer à Thomme son néant, en étincelants traits de flammes.

5. —Mais brillez encore ; ai-je des chagrins, moi qui ai trouvé une perle dans ce gouffre, une égide contre le vertige de l'espace et du ciel morne? et j'accepte ma folie et je mourrais pour épargner la moindre peine à une simple enfant.

6. — Je mourrais, car cette mort à l'aspect triste donnerait peut-être à l'amour une vie plus intense qu'on ne l'a peut-être

jamais eue dans ce bas monde, où il est cependant bien doux de vivre. Ne me demandez pas comment j'en suis venu à penser ainsi ; il me semble que je suis heureux, que pour moi l'herbe brille d'un plus vif éclat d'émeraude et que le ciel est teinté d'un plus pur saphir.

7. — Je ne mourrai pas ; mais je vivrai utilement et, d'un cœurviril, je combattrai le mal. Quel besoin a Tamour, comme dans les chansons bachiques, d'assaisonner son doux festin avec les cendres de la Mort ? Réponds-moi, Maud, mes délices, Maud, toi, que ce long baiser d'amour a rendue mienne, âme de ma vie, ne me répondras-tu pas ceci : « Le sombre cours de la Mort enlacé au cher lien de l'Amour, rend l'Amour encore plus cher? »

8. — Ce murmure enchanté est-il seulelement le remous des longues vagues qui

roulent dans la baie lointaine ? Écoutez la cloche intérieure, le tintement argentin des douze heures charmantes, qui viennent de s'éteindre, dans un voile blanc comme celui des fiancées, lentes comme les battements demoncœur; maisj maintenant, mon amour a clos ses yeux, s'est abandonné à cette nuit factice et s'est enfui vers le pays de ses rêves, où demeurent des fantaisies sans fond, au milieu des souvenirs épars des jours dorés. Oh ! que rien n'effarouche sa grâce virginale! Chère âme, je suis plongé avec toi dans le demi-enchantement du sommeil. O ma future compagne, ô mes délices infinies, je t'envoie mon plus tendre, mon plus profond adieu ; je ne m'en irai pas loin ; et sans cesse, dans les champs et la bruyère, je vibrerai à la douce musique de la nuit ! Notre terre se serait-elle rapprochée du foyer de vos douces splendeurs, que vous me paraissez si brillante? J'ai monté pour

vous voir, loin de mon ancien Enfer. Mar-

chez, heureuses étoiles, en vousrég-lant sur les choses d'ici-bas, en vous réjouissant avec mon cœur comblé de bonheur, plus qu'il ne peut l'exprimer ? Comblé, — ne sentant plus qu'une douleur ensevelie qui semble vouloir surgir encore par intervalles — mais qu'elle ne reparaisse plus, tout est bien, tout est bon.

i . — Son frère revient ce soir, il m'enlève mon rêve de bonheur.

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