LA SPONTANÉITÉ DU CŒUR
trouve plus de plaisir que devant aucune œuvre d'art.
Il arrive dans la vie un jour où Ton voit à cru et à nu ce que c'est qu'un poète. Un^poète, c'est un homme qui possède l'art de fixer up frisson et de donner un caractère d'intensité et d'éternité à ce qu'il sait éphémère et superfiôiel ; c'est un homme capable d'émotions, mais s'appliquant à les renouveler artificiellement, c'est un homme enfin qui coule une existence où les mots le dispensent des actes. Quand on a senti cela jusqu'à la nausée, on se détourne des génies individuels et l'on cherche la poésie dans la nature et dans les collectivités. Il y a une poésie des assemblées. Et, durant de longues années, il fut donné à Albert de Mun d'être un des hommes en qui cette poésie prenait une forme et une voix. Il a exprimé et fait reconnaître comme émouvantes et nobles, aux yeux de ceux-là mêmes qui croient la détester, des parties importantes de la tradition française. « Jaurès l'aurait pleuré. »
Que de telles sympathies muettes puissent se former entre des gens à qui leur dignité intellectuelle ordonne de rester éloignés les uns des autres, cela prouve que dans notre pays la spontanéité du cœur vaut mieux que les doctrines et saurait faire l'union. Beaucoup de gens qui trouveraient leur satisfaction intérieure à s'entendre les uns les autres, se resserrent, arrêtent leur impulsion première, se privent d'essor et se dénaturent. Ne pourrons-nous pas sortir de cette stérilité? Guerre effroyable, oblige-nous au milieu des pleurs et des joies du triomphe, à constater qu'à notre insu nous vivons du vieil héritage des vertus françaises et que nous n'aimons rien d'autre.