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meilleure opinion de son discemement que de celui de Madame Henriette; et qu'il la faisait prier aussi dé prendre confiance en lui. Madame Henriette a pleuré deux jours de cette aventure, et la cour de la reine en a été en déroute.
Madame la dauphine est au mieux avec le roi, et comme les reproches qu'à essuyés Madame Henriette ne viennent point li'elle^), elle n^y a rien perdu du côté de la reine, au contraire, elle j a gagné un peu plus de considération. Je suis toujours émerveillé de la manière prudente et adroite avec laquelle Madame la dauphine se tire d'affaire dans tout cela. Elle fut, il y a deux jours, longtemps dans le cabinet du roi, Mesdames y étaient, et j'y étais aussi. Le roi ne cessa presque de lui parler; il ne dit rien à Madame Henriette, pour la mortifier, je pense; et notre princesse se conduisit avec tant de douceur, d'agrément et d'affection pour le roi, que j'en fus attendri. Je peux bien prédire à Votre Majesté, sans être devin, que Madame la dauphine jouera le rôle, que Madame la dauphine défunte, mère du roi, jouait du temps de Louis XIV. Cette princesse gouvernait toute la cour par son esprit et par l'affection que Louis XIV lui portait.
Voilà, Sire, une partie des choses qui se passent à la cour de France. Mon départ pour les Pays-Bas m'empêchera de voir les choses d'aussi près et d'en rendre compte à Votre Majesté avec la même exactitude ; je serai cependant informé, de temps à autre, par M® de Pompadour, avec qui je suis en commerce de lettres.
1) Maurice yent dire, qoe U dauphine n'avait pas provoqué les reproches que le roi fit à Madame Henriette.
FUIS LA LTTHB'DB WXL.
Madame la danphine voudrait bien que le prince Xavier i) fit la campagne prochaine avec nous ; et je crois qu'il le désire aussi. Le roi de France partira vers la mi -mai; pour venir dans les Pays-Bas; et ses équipages doivent 7 être arrivés, le premier de mai.
n y a des soupçons assez forts pour croire que Madame la dauphine est enceinte ^ et le roi s'en flatte; cependant 11 n'y a encore rien de certain , et l'on se le dit seulement à l'oreille. Quelques peu de jours augmenteront ces soupçons. H y a un temps critique qui est passé; et nous crachons assez; les maux de coeur augmentent même, et deviennent plus fréquents; ainsi nous pourrions bien avoir un duc de Bourgogne dans le mois d'octobre ; c'est le voeu le plus ardent que fait toute la France; s'il a lieu^ la considération que l'on a déjà pour . Madame la dauphine, en sera fort augmentée. Je serais très -flatté; si mes relations pouvaient amuser pendant quelques moments Votre Majesté et La persuader de mon sincère attachement avec lequel je ne cesse d'êtrC; Sire, de Votre Majesté le très -humble et très- obéissant et trèssoumis serviteur et sujet
M. DE Saxe.
M. de Huescar a reçu ses pouvoirs d'Espagne pour traiter de la paix avec le comte de Loss«).
Le lendemain Maurice ajouta^ dans la lettre suivante qu'il adressa à Bruhl; quelques détails sur la négociation
1) Le prinee Xsrier de Saxe, second fils d'Augaste III, entra en effet, mais en 1756 senlement, dans l'armée française.
*) Ce post-seriptum se réfère à la nëgociation secrète, à laquelle l'ambassadeur d'Espagne k Paris aTait été initie.
190 La lithe RonssR,
secrète. On y retrouve le grand Maurice aux prises avec le petit Bruhl :
MONSIEUR; ^ Paris, le 7 de Mars 1747.
J'ai reçu les deux lettres dont Votre Excellence m'a honoré, dont la dernière était du 21 du passé.
J'ai tardé à Lui répondre pour profiter du départ de M. Le Fort, qui retourne en Saxe, et qui me fait espérer qu'il reviendra faire la campagne avec moi. C'est un honnête garçon, qui est fort aimé ici. Si Votre Excellence veut bien le charger de me faire passer les six officiers tartares, je lui ai donné toutes les indications nécessaires pour leur faciliter le voyage.
Je crois que notre dauphine est grosse, et le roi en est à la joie de son coeur, ainsi que tout le royaume. Cela n'est cependant pas encore déclaré; l'on n'en sera certain que dans quelques jours d'ici.
M.Puy8ieux reparaîtra à la cour dans quelques jours ; il est bien intentionné et s'est mon ami intime. M. de Richelieu est bien intentionné aussi, et Votre Excellence aura pu le voir par la dépêche à laquelle nous attendons réponse. J'aurais communiqué la lettre que Votre Excellence m'a écrite, à M. de Puysieux (et qui l'aurait flatté extrêmement), si une fausse honte ne m'en avait empêché ; et il faut que je la confie à Votre Excellence. Le titre à^ Excellence est une sorte de plaisanterie en France ; et lorsque le roi veut tourner en ridicule M. de Richelieu, il lui donne de l'Excellence. Exceptés les princes du sang, tout le monde me donne du Monseigneur, en France, sans Excellence, D'ailleurs on est accoutumé dans ce pays, ainsi que dans plusieurs autres, à regarder les en-
PUIS LA LCHB DE lOEL. 191
fants de roi légitimés^ comme princes; voilà les raisons qui m'ont empêché de montrer la lettre que vous m'avez écritel Je ne vous demande rien ; votre amitié me suffit ; maïs lorsque vous voudrez que je ne montre pas vos lettres^ vous n'avez qu'à m'y mettre de l'Excellence, et vous pourrez être certain d'un secret inviolable.
J'écris longuement au roi sur nos chiffonnages de cour; il vous montrera peut-être ma lettre; je suis trop paresseux pour vous répéter les mêmes choses. Il suffit, que tout va bien et que Madame la dauphine est adorée de M. le dauphin , du roi et de toute la France. Il y a un peu de jalousie dans la famille, mais, au fond, on la trouve très -aimable.
Le secret de notre négociation se maintient. Ni les mi* nistres français, ni les étrangers n'en savent pas le mot, à ïexception de M. de Puysieùx et de Huescar, La négociation de Portugal ') n'est rien, et n!est point du tout avancée, ainsi que M. deLoss aura pu vous l'expliquer plus amplement. Je pars, dans peu de jours, pour les Pays-Bas; nous verrons si le Cumberland aura les dents plus longues, qu'il y a deux ans.
Recevez les assurances de ma tendre et sincère
amitié
M. DE Saxe.
Ces lettres de Maurice, représentaient, au naturel, selon Loss, „la situation où se trouvait M® la dauphine."
^) La négociation de Porttufàl était une négociation entamée entre l'Autriche et l'Espagne. Le cabinet de Lisbonne, après la mort de Philippe V d'Espagne, avait voulu jbuer le rôle de médiateur; mais on s'en méfiait, en France, parce qu'on regardait le Portugal comme entièrement dépendant de l'Angleterre.
192 Là luvs soubsk,
Ni Loss, ni Maurice ne se doutaient de toute la vérité ; mais le peu qu'ils en savaient ^ suffirait pour expliquer la mélancolie dont à cette époque la correspondance de la dauphine est empreinte. EUe ne se plaignait pas ouvertement; majs, involontairement, en laissant courrir sa plume, il lui échappe des mots qui ne font que trop deviner la tristesse amère de son début. Le 15 avril, par exemple, peu de jours après une explication avec M* de Pompadour, elle écrit à son frère Xavier: „. . . que je te remercie de m'avoir prouvé, par ta bonne lettre, que tu n'as pas oublié entièrement la pauvre Pepa" ^) . . .... „ A toi jusqu'à la tombe, où je serai bientôt," ditelle, en terminant. Une autre fois elle signe, en français, en toutes lettres: „ Marie -Josèpbe, la iriste.^^
Avec cela elle était enceinte ; on l'espérait du moins, et „la faculté et les matrones" la tourmentaient de prescriptions et de précautions; ces espérances se soutenaient encore, lorsque le maréchal de Saxe, le 27 mars, quitta la cour pour ouvrir, en Flandre, sa quatrième campagne.
Peu de semaines après, le 4 mai, Maurice, au milieu des fêtes et des comédies dont il régalait ses officiers à Bruxelles, manda gaiement à son frère : . • . „ je tiens de nouveau le loup par les oreilles. Nous nous sommes amusés, en attendant l'ouverture de la. campagne, à prendre la Flandre hollandaise M. de Cumber-
*) . . . „(ite arme Pepa,"
PUIS tA LDltB DE llIBt..
land est avec cent-vingt mille hommes dans les environs d'Anvers; il menace d'assiéger cette place. J'ai ordonné à Loewendal de s'y rendre, pour la défendre. Si le duc de Cumberland en entreprend le siège, il pourrait bien
se faire qu'il n'en revînt pas à son honneur; en
attendant je n'ai pas encore voulu assembler
l'armée ; je le laisse faire " ^).
Lorsque Louis XV, le 1®' juin, arriva à Bruxelles, les Anglais avaient abandonné le projet d'assiéger Anvers et les deux armées commencèrent les opérations qui aboutirent à la sanglante journée de Lawfeld. Le dauphin, dont Marie- Josèphe encourageait l'ardeur guerrière, aurait désiré accompagner le roi, mais les espérances dont nous avons parlé s'étant évanouies, on jugea trop précieux les jours du fils unique de Louis XV pour l'exposer une seconde fois aux hasards de la guerre, comme à FoBteooy. ^
Le jeune couple resta donc à Versailles. „M. le dauphin. Madame la dauphine et Mesdames vivent
tous quatre dans l'union la plus grande /^ inscrit le duc de Luynes dans son petit Journal^); „il y a jusqu'à présent beaucoup d'enfance dans cette société." De paisibles, promenades à Meudon formaient les événemens de cette existence, dont la monotonie n'était interrompue que
') Voyez, dans no^e recneîl, la lettre de Bi^uzelles, en date dn 4 mai 1747 (LXXXV).
«) Mémoires du duc de Lnynes, T. VIII, p. 366, 8 mai 1747.
194 La lunic Rouasfl,
par les courriers de Tannée, Ces courriers arrivaient rarement sans une lettre de la main du roi pour Marie- Josèphe et, grâce à M** Dufour, première femme de chambre de la dauphîne, nous possédons quelques fragments de cette correspondance. Le roi, dans le premier billet qu'il expédia de Bruxelles, le 5 juin, demanda à la dauphiire la permission de l'appeler, comme le faisait le dauphin, du petit nom, diminutif de Josèphe, qu'elle avait porté à Dresde:
„ Je vous embrasse, chère Pepa, de tout mon coeur," écrivit Louis XV, „je croîs que je puis aussi vous appeler comme cela."
Cette faveur lui fut accordée avec joie, comme le fait deviner le petit mot suivant, que le roi adressa, le 11 juin, à sa belle-fille:
yotre soeur 1), chère fille, sera mariée quand vous recevrez cette lettre; ainsi je vous fais mon compliment de tout mon coeur. L'électeur sera bien heureux si elle vous ressemble. Je suis aussi aise que vous de vous ap" peler ma chère Pepa, Les bonnes nouvelles que vous me mandez de votre santé me font grand plaisir. Je ne serai pas fâché non plus de vous trouver, à mou retour, maigrie, surtout par en haut. L'on a bien fait de vous empêcher de suivre la procession. Adieu, ma très -chère Pepa, je vous embrasse de tout mon coeur et je vous prie de ne pas douter de ma tendresse extrême
1) Marie -Anne de Saxe, qui Tenait d'épouser Pëlectenr de BaviÂre.
PtnS LA LUMfS DE MIEL.
Peu de jours après avoir reçu ce billet, Marîe-Josèphe se montra pour la première fois aux Parisiens. Cette visite fut une fête tant pour la princesse que pour le peuple, et établit la popularité dont la daupbine jouit jusqu'à la fin de ses jours.
Loss, témoin oculaire de cette ovation, écrit:
„ Madame la dauphine jouit, grâce à Dieu, d'une parfaite santé. Elle a été mardi passé à Paris, où elle s'est conduite comme un ange. Le peuple a fait éclater sa joie par des acclamations réitérées partout où elle a passé, et elle s'est attiré une approbation générale à Paris, par son affabilité et par ses manières gracieuses. Elle fut suivie, dans la promenade des Tuileries, d'un monde infini qui était accouru de tous côtés pour la voir, et, pour satisfaire la curiosité des Parisiens, elle fit plusieurs tours dans les allées de ce jardin et s'arrêta un gros quart d'heure sur la grande terrasse, du côté du pont-tournant, pour se montrer au peuple qui l'accompagna en foule jusqu'à son caresse où elle monta, à 8 heures du soir, pour retourner à Versailles. J'ai eu l'honneur de lui faire ma cour et de l'accompagner partout, et elle m'a paru fort contente de sa réception '' i).
Loss fit ce jour-là ses adieux à la dauphine, et se rendit à l'armée, où Maurice l'attendait^). Le 2 juillet, le maréchal de Saxe, comme on sait, répéta, en présence
. 1) Po8t-Bcriptam à la dépêche dn comte de Loss, en date de Paris, le 30 juin 1747. ^
^) . ^oyeZf dans notre recneil, la lettre de Maurice k Loss, en date dn 17 juin 1747 <LXXXVI).
196 ItA LUNE ROnSSR,
de Louis XV, la manoeuvre de Raucoux: il enleva, à la bayonnette, le village de Lawfeld qui donna son nom à la bataille; les troupes auxiliaires et les Anglais furent battus, mais les Autrichiens, commandés par le comte Batthyany, parvinrent cette fois encore, comme Tannée précédente, à se retirer sans être entamés.
Le roi de France, coucha sur le champ de bataille, dans la commanderie „des vieux Joncs," maison qui, la veille encore, avait servi de quartier général au duc de Cumberland. C'est de là que Louis XV expédia un de ses pages à la reine pour lui annoncer la victoire. Bien qu'il n'eût le temps d'écrire ce jour -là ni à ses filles, ni à sa très- chère Pepa, le roi cependant n'oublia pas sa belle -fille dans la lettre qu'il envoya au dauphin pour le consoler de n'avoir pu assister à cette glorieuse journée:
A la commanderie, le 2 juillet 1747.
Je ne doute pas que Cabanac ne vous fasse plaisir à voir, peut-être du regret; mais, mon cher fils, vous avez de quoi vous consoler, si vous faites aussi bien que nous, d'une autre manière. Dites à vos soeurs qu'il ne m'est pas possible de leur écrire présentement, non plus qu'à votre femme: dites lui' que noire général n'a jamais été plus grand qu'en ce jour, mais de le gronder, en le corn-plimentanty de s'être exposé comme un grenadier, La vie que nous menons depuis trois jours n'est pas délassante;
PUIS LA. LUNB DR MIBL. 197
je vais tâcher de me reposer. Je vous embrasse de tout mon coeur. Vous avez deux menius de blessés ....
Après avoir donné des détails sur ces blessés, le roi
ajoute :
Le Commandeur d'ici a changé d'hôte ; hier c'était le duc de Cumberland, aujourd'hui c'est moi. Je crois ce duc bien fâché; je ne saiS; cette fois -ci; ce qu'il mangera *).
. Après cette troisième victoire, Maurice manifesta de nouveau le désir d'obtenir pour la France la paix honorable à laquelle il avait travaillé tout Thiver. Le général anglais Ligonier, qui avait été fait prisonnier à Lawfeld, fut mis en liberté et dépêché au duc de Cumberland avec des propositions sérieuses. Maurice aurait préféré traiter avec le comte de Batthyany et renouer sur le champ la négociation secrète dont nous avons parlé ^) ; son bon sens lui disait que TAutriche désirait la paix, mais que l'Angleterre ne demanderait pas mieux que de continuer, aux dépens de ses alliés, une guerre qui lui assurait d'immenses avan-
i| Ca1)anac arriva le 5 juillet à Versailles. Le duc de Lnjnes parle de' cette lettre dans ses mémoires (Vni, p. 258), sans en donner le texte. 11 ne cite que le passage relatif au maréchal de Saxe. La dernière phrase fait allusion à un propos du duc de Cumberland qui, se croyant sûr de la victoire, avait dit, le jour de la bataille de Fontenoy: „Je coucherai ce soir à .Toumay, ou bien je mangerai mes bottes,"
*) Voyez, dans notre recueil, les lettres du 14 août et du 16 septembre 1747 (LXXXVIII, LXXXTX et XC).
198 ^^^ JAJaK BOU8SB,
tages sur mer; il sentait qu'il serait, par conséquent, plus facile de s'entendre avec le cabinet de Vienne qu'avec celui de Saint- James; mais d'autres influences prévalurent en ce moment; le maréchal céda, et entama une négociation qui n'aboutit qu'à des pourparlers infructueux entre Lord Sandwich et M. de Puysieux. Maurice l'avait prévu, et, bien malgré lui, il fut forcé de continuer les opérations et d'entreprendre le siège de Berg-op-zoom.
En quittant l'armée, vers la fin du mois de septembre, le roi avait. nommé Maurice commandant général des Pays-Bas. Cette grande position réveiUa contre lui les haines et les jalousies des bureaucrates. On le chicana, on l'ennuya de petites tracasseries; pour en finir, il se rendit à Versailles, au mois de décembre, très- décidé à se retirer à Chambord, si on ne voulait lui donner dans son gouvernement les pouvoirs qu'il réclamait. Tout fut réglé à sa satisfaction ^). Maurice nous dira lui-même le cas qu'il faisait des honneurs et des privilèges qu'on lui enviait. La lettre suivante qu'il adressa le 24 décembre 1747 au roi, son frère, réfute bien des calomnies:
^) Los8 écrit de Versailles, le 21 décembre 1747: ««M. le maréchal de Saxe est arrivé ici. J*ai été requis d'employer mes bons offices pour le faire acquiescer à certains arrangements qui regardent le gouvernement des Pays-Bas, que le roi très-chrétien lui a donné sous le titre de commandant général, et je ne désespère pas de m'acquitter de cette commission k la satisfaction réciproque/^