‹ Maurice, comte de Saxe, et Marie Josèphe de Saxe, dauphine de France. Lettres et documents inédits des archives de DresdeChapitre 32 sur 73 · PUIS LÀ LUNB PB MIEL · texte numérisé non relu

PUIS LÀ LUNB PB MIEL

charmes de ma maîtresse : ^^Cest que vous ne connaissez pas les Allemandes et son auguste mère/^ Depuis cela, ils croient que la Saxe fera très-sagement de bien garder ses fQles. Il pourrait fort bien arriver qu'une troupe de Français de toute espèce^ allât dans vos États enleyer deux ou trois mille Saxonnes^ comme les Romains firent des Sabines. Votre Majesté jugera du style de cette lettre combien nos âmes sont tranquilles ■).

9;£au bénite de cour;" dira-t-on, ^flatteries vaines et trompeuses! Qu'avait- elle fait, cette princesse pour mériter les éloges des médecins de Paris?"

Loss nous le dira:

.... Madame la dauphine continue à donner des marques d'une âme supérieure. Sa fermeté et la sagesse de sa conduite n'ont pas peu contribué à soutenir M. le dauphin dans son état dangereux. Tout ce que je pourrais en dire n'exprimerait que faiblement la gloire qu'elle s'est acquise et l'admiration qu'elle s'attire de toute la nation.

Hier^ lorsque nous avons fait notre cour au roi trèschrétien; à son lever^ Sa Majesté s'est étendue en éloges

^) Le 8 août 1752, la daaphine igonta à la lettre de M« de Brancas, les paroles que voici-:

„Je ne meta qu'un mot dans cette lettre. Ma (maman) chère, pour Vous confirmer, le bon état de M. le Dauphin. Je ne suis pas aussi rassurée sur l'avenir que Mf de B. y mais j'espère en Dieu. Il nous a fait tant de grâces jusqu'à présent, que j'espère qu'il les comblera en nous donncmt bientôt une parfaite guérison. Ma confiance est en la miséricorde infinie de Dieu, l'intercession de la S^^ Vierge, de 8^ Josèphe, de. S^ Xavier, de S'* Anne, de S' Louis et de tous mes S'* patrons.^*

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sur la conduite de cette princesse; et nous a confirmé lui-même tout ce que j'ai eu Thonneur d'en mander dans mes précédents.'

Dans les moments les plus désespérés ^ elle n'a rien perdu de sa présence d'esprit. Quand elle pouvait se dérober un moment de l'appartement de son auguste époux, elle se retirait dans un coin, fondant en larmes sur la perte dont elle était menacée et qu'elle sentait dans toute son étendue. Mais, dès qu'elle reparaissait auprès de M. le dauphin, à l'instant elle changeait de visage pour ne pas effi*ayer son époux par les marques de sa tristesse.

On avait voulu cacher à ce prince le genre de sa maladie, mais il ne laisse pas de s'en douter. Pour découvrir la vérité, il a souvent appelé la dauphine pour l'embrasser, et cette princesse, sans s'épouvanter, se prête avec plaisir à ses caresses, quoique son visage soit tout rempli de boutons et défiguré par la suppuration. Il s'est encore servi de plusieurs autres stratagèmes. Un jour il demanda la gazette de Paris. Comme dans cette feuille sa maladie était énoncée pour être la petite vérole, on en réimprima vite une autre dans laquelle on la fit passer pour une érésypèle boutonnée. Une autre fois, il se fit apporter une assiette d'argent avec une serviette ; lorsqu'on la lui eut présentée, il l'essuya bien de la serviette, dans l'intention de s'y mirer, mais comme les rideaux de son appartement sont tirés, il n'a rien pu voir qui aurait pu l'éclaircir sur son état On assure qu'il ignore encore actuellement, mais il me paraît plus vraisemblable qu'il dissimule ce qu'il en pense.

Je ne dois pas oublier une petite particularité que le roi très-chrétien m'a fait l'honneiir de me raconter et

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qui rayait beaucoup diverti lorsqu'on la lui a rapportée. M. le dauphin est accoutumé d'appeler Madame la dauphine par le nom de Pepa. Les médecins ^ ayant fort Bouyent entendu prononcer ce mot^ se sont d'abord imaginé qu'un terme aussi inusité ne saurait partir que d'une ceryelle troublée par la fièyre, ce qui leur a causé beaucoup d'alarmes ; jusqu'à ce qu'on leur en eût expliqué la signification. Leur méprise a fait beaucoup rire le dauphin et la dauphine.

On a défendu les grandes entrées^ parce qu'on yeut absolument que M. le dauphin reste tranquille. On peut encore juger de la gaîté du malade par la réponse qu'il a faite auxmédecinS; lesquels lui ayant défendu de parler, il leur répliqua que du moins ils lui donneraient la permission de chanter.

Quant à Madame la dauphine, tous ceux qui la y oient m'assurent, à la yérité, qu'elle se porte bien, mais que ses inquiétudes, ses yeilles et le peu de nourriture qu'eUe prend, n'ont pas laissé de la faire un peu maigrir. Cependant elle a dormi la nuit passée dans son lit, et le roi très^chrétien, aussi bien que la reine, font tout leur possible pour l'engager à prendre un peu plus de soin de sa santé, pour ne pas être accablée entièrement i)

Telle que nous venons de l'entrevoir au chevet du malade, telle elle fut toute sa vie. Dévouée jusqu'à Tabnégation à son mari; très- vive et très-douce à la fois; oublieuse d'elle-même: d'un caractère heureux et d'un naturel parfait; foncièrement bonne et vraie; pure sans

*) Extrait de la dépêche da comte de Loss au comte de Brabl, en date de Paris, le 9 août 1752.

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pruderie et pieuse sans ostentation; avec cela, attrayante et sympathique dans rintimité, cette princesse n'avait-elle pas tout pour plaire et pour faire oublier à son époux, en les oubliant elle-même, les larmes qui avaient cimenté leur union?

Comment eût -il fait pour résister à ce que Maurice appelait la philosophie, à la sainte coquetterie de cette femme gracieuse qui passait pour si habile ? Elle eut, en eflFet, l'habileté de Icreùdre heureux en dépit de luimême. La glace une fois rompue, il se laissa aimer et il aima, tant que le lui permettait^l'indolence de son caractère, cette sainte paresse, dont Timpêtueuse dauphine sourit parfois dans ses lettres.

Appuyés l'un sur Taùtre et tendrement unis dans la foi et l'amour, ces époux modèles traversèrent sans tache les saturnales du règne de Louis XV, donnant en vain l'exemple de leurs vertus à une noblesse qui avait pris pour règle de conduite le trop fameux cjmisme de M* de Pompadour. Le déluge que la favorite avait annoncé en riant, vint en effet; le trône fut englouti dans ce terrible débordement de haines et de crimes, et les fils de Marie- Josèphe payèrent de leurs larmes et de leur sang les fautes de leurs ancêtres ; mais il leur restait un héritage précieux que les révolutions ne pouvaient leur ravir: l'exemple de leur père et le gracieux souvenir de leur mère. Cet exemple et ce souvenir soutinrent Louis XVI jusque sur l'échafaud.

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