‹ Maurice, comte de Saxe, et Marie Josèphe de Saxe, dauphine de France. Lettres et documents inédits des archives de DresdeChapitre 64 sur 73 · MAURICE AU DUC DE SAXE-WEISSENPELS · texte numérisé non relu

MAURICE AU DUC DE SAXE-WEISSENPELS

BetnercîmentB et protestationB d'amitië.

MoNSEiGNBUB, ^^ ^^P ^® CoTOTRAY, le l*'juin 1744.

L'on ne saurait être plus sensible que je suis aux choses gracieuses que Votre Altesse Sérénissime me fait l'honneur de me dire sur ma promotion aumaréchalat^. Je souhaiterais que cette dignité me fournit de nouvelles occasions de marquer à Votre Altesse Sérénissime les sentiments respectueux que je lui ai voués, et je me ferai un devoir de procurer aux officiers qu'EUe veut bien honorer de sa- protection, ^et en particulier à M. le comte de Solms, les moyens de remplir l'objet qu'il s'est proposé en venant faire la campagne, auprès de moi, et tous les agréments qui en sont susceptibles.

Je supplie etc. Le M. comte de Saxe.

1) Maarice n'a songé q^a'one senle fois à quitter le BerTÎce de France*: ce fut, en 1741, lorsqu'il offrit son épëe à la Saxe, alliée alors a^ec ia Franea. Cette offre, qui fbt déclinée par Bruhl, n'a pus <été renouyelëe. Cependant Maurice, même après avoir été naturalisé en France (1745)« demeura sa vie durant sujet mixte et, en sa qualité de seigneur de Tautenbourg, "VAssal de son frère.

■) Voyea wm Wther p. 193. i

*) Nommé maréchal de France, le 26 mais 1744, Maurice avait reçu du duc de Saxe-Weissenfels, commandant en chef de l'armée saxonne, une lettre de iélicitatioiï« dont le colonel comte de Solms fat potieur. .

.l4KrnM9 mApivM. .(klUi) 'f 4T7

MAURICE AU DUC DE SAXE-WEIBSENPEïLS.

(EXTRAIT

£xpIieation8 Btrat^^quei.

MoMBiONEDB, ^"^ '^^^ **« CoDBTEAT, ce 22 août 1744.

La campagne n'est pas bien vive jusqu'à présent, et ne fournit que de légères occasions de se distinguer. Je ne sais si cela viendra.

Messieurs les alliés sont à deux lieues de Lille; ils ont apparemment cru me déposter. Il me semble que je les incommode ici pour l'exécution de leurs projets, parce qu'ils ne peuvent faire venii^ leur artillerie par le canal de Bruges à Gand, ni par l'Escaut, de Gand à Toumay. Outre cela ils n'oseraient passer en avant pour aUer à Douay, parce qu'ils ne pourraient soutenir leurs communications avec Tournay, d'où ils tirent du pain. Pour les empêcher de pousser leurs postes dans la plaine de Leuse et dans le Hainaut, j'ai placé sous Douay vingtquatre escadrons, et sous Lille autant, pour couper la retraite au corps qu'ils pourraient pousser au delà de l'escarpe ou de la Deule; ce qu'ils n'ont encore osé entreprendre.

Voilà, Monseigneur, nos difiPérentes positions, et j'espère m'en tirer, quoique les ennemis me soient supérieurs en nombre. Us sont venus vis-à-vis de moi et ont eti l'intention de m'attaquer, mais ils ont changé d'avis, et je crois qu'ils ont bien fait.

Oserai-je prier Votre Altesse de dire à M. de Diemar que ces gens -là ne sont pas si mauvais qu'il me l'avait dit à Naumbaurg? Le M. de Saxe.

478 MAimicB FBiMT PAU lûi-mÀik.

Lvn.

MAURICE A AUGUSTE IH

Exposé sur la politique de France après la mort de l'empereur Charles VII. -^ Maurice engage son frère k se mettre sur les rangs et h se faire élire empereur d'Allemagne.

gjj^ à Paris, le 4 mars 1745.

Mon attachement pour les intérêts de Votre Mar jesté me sollicite depuis plusieurs jours à vous écrire, Sire, sur ce qui se passe dans cette cour, où les choses relatives à mon détail militaire me mettent à portée de parler quelquefois aux ministres sur les (affaires) politiques.

L'on peut dire qu'aucune circonstance encore n'a présenté autant d'intérêts différents aux yeux de tout le inonde que la mort de l'empereur ^). Tous les vœux dans ce pays se réunissent pour Votre Majesté sur cette grande dignité, et l'on craint quelquefois que la prudence de Votre Majesté ne l'en éloigne trop. C'est pourtant un cas, Sire, où il faut que Votre Majesté se livre à quelque embarras de plus, pour procurer la paix à l'Europe, et assurer sa propre tranquillité peut-être.

La cour de France continue dans les mêmes sentiments d'opposition à l'égard de la maison d'Autriche, et fera tous ses efforts pour soutenir un autre candidat, supposé que Votre Majesté ne voulût pas se mettre sur les rangs et se prêter à l'objet qui paraît si intéressant pour Elle, pour sa maison, et pour le bien général de l'Europe.

La circonstance est délicate et pressante, pour la cour de France; car, bien qu'elle n'exige pas dç Vçtre

1) Charles VII, de Bariére, mort le 20 janvier 174ô,

Lbttbks inia^rm* (17450 479

Majesté des démarches marquées, ou qui puissent nuire aux mesures que Votre Majesté a cru devoir prendre, il lui est cependant essentiel d'être assurée, premièrement de la volonté de Votre Majesté, en second lieu de son amitié.

La dignité impériale n'est pas un objet que Ton regarde avec indifférence dans ce pays-ci: elle influe trop sur les démarches du corps germanique; ainsi c'est un point essentiel auquel le ministère de Votre Majesté doit s'appliquer, que de rassurer la cour de France sur ce qui pourrait lui être suggéré à cet égard.

Il me paraît que l'affaire de la succession delà maison d'Autriche n'est pas l'objet qui attirera à présent la plus grande attention; mais, si elle reprend et cause la continuation de la guerre, elle ne pourra qu'être avantageuse à Votre Majesté, étant revêtue de la dignité Impériale.

D'ailleurs, si la reine de Hongrie mourait, la tutelle de ses enfants, qui appartient de droit à Votre Majesté, ne souffrira pas de contradiction ; au lieu que, si le grandduc, par les hasards d'une longue guerre qui désolerait l'Allemagne, obtenait l'Empire, il serait difficile de la lui disputer (la tutelle). Si, d'un autre côté, Votre Majesté considère la puissance que cette dignité Lui donne contre le roi de Prusse, Elle trouvera qu'à tous égards ce Lui est une nécessité de faire les démarches qui peuvent La mener à ce but, sans se mettre à découvert.

Enfin, Sire, il ne me parait pas que l'on soit à la cour de France dans le dessein de rien exiger de semblable de Votre Majesté, et il y a apparence que les alliés de la reine de Hongrie (voyant la résolution ferme et constante de la cour de France de se déclarer en

MAiai€p Muav wâm un-^ninB.

&yeizr de Votre Majesté, à Texclnsion de la mabon d'Autriche) seront eux -mêmes les premiers à concourir à Lui déférer la couronne impériale.

Dieu dirige toute chose, Sire, et est le maître du sort des armes; mais, si l'on compare nos moyens à ceux de la ligue de la maison d'Autriche, il n'y a effectivement qu'un miracle qui puisse faire pencher labalaace de son côté.

Je prends la liberté de joindre à cette lettre un état des forces de la maison de Bourbon, et de celles de la maison d'Autriche, et des alliés de part et d'autre, par lequel Votre Majesté verra que la supériorité de la maison de Bourbon est de trois cent mille hommes ^). Je sais que ces calculs peuvent être disputés; mais quand on diminuerait le nombre des alliés de la France de cent mille hommes, elle demeurerait toujours supérieure de deux cent mille hommes.

Quelque mouvement que les négociateurs du parti autrichien se donnent, ils trouveront difficilement les moyens de remplir ce vide pour donner une apparence d'égalité à leurs forces.

Mais je m'égare en vains propos. Votre Majesté est si éclairée sur toutes les circonstances de la position

^) Etat des forces de la France et de ses JUiés:

FrançaiB 322,000 hommes,

Etpagnok 80,000 „

SicilieDB 80,000

Prastieiui 160,000

BavaraU 80,000

PaUtinfl 9,000

HeMois 9,000 ,

680,000 hommet.

Etat des forces de V Autriche et de ses ARiés:

Aatriohieiui .... 190,000 hommef,

Snoas 40.000 „

HannoYxtens. . « « 80,000 «

Hollandais 80,000

Anglais 20.000

Piémontais 40,000 „

880,000 hommes.

LMPtt» mfonm. {VM^y f481

fp^NiMttte'delrBinrope^ que ce s^wtlsLbiisèp de Ses^ibonfàs de: L'en entreteoiir pltis longtemps. Mon bot n-â' ^iày en écrivant cette lettre, que de donner à Votre Majâsté Une preuve de mon attachement pour sa perscmne et du: trèd^profond respect avec lequel je suis, Sire, de Votre Majesté le plus humble, le plus fidèle et le plus soumis serviteur Maurice de Saxe.

Cette lettre i^t inspirée par le marquis d'Argenson, ministre

des affaires étrangères, qui, déjà le 27 janvier, jour où il reçut

la nouvelle* du décès de Charles VII, avait fait au comte Loss

des ouvertures semblables. Ces ouvertures avaient été déclinées:

„ le Roi, notre maître, avait répondu Rrulil, le 17 février, n'asi-

foitionne pas cette dignité suprême, accompagnée de tant de

peines et de dépenses; bien moins encore au prix de perpétuer la

guerre, ce qui arriverait si la France devait soutenir cette élection,

ainsi qiCelle s'y offre, par la force des armes.** ' * • ■

Auguste m écrivit dans le même sens à Maurice (26 mars),

et donna deux mois après sa voix à Fépoux de Marie -Thérèse,

élu iBmpenôHir le 18 septeinlire 1745:

Lvm.

' MAUfeICE AU COMTE DE BRUHL.

Même sujet — Explication sar la destination de l'armée du Bas-Rhin. — JjOpÎB ^y attendu «A Flandre» . . . - a

. .Wo?îswuB,. 'V à Ln.LE, le 11 avril 1745. ,

J'ai reçu la. lettre que Votre Excellence m -a' Mt

Thonnôur de m'écrire, datis laquelle était celle du Roi,

et le Mémoire raisonné sur les diffàrenta objete:auBt-

quels'la situation de Sa Majesté l'oblige d'avoir attëtitîoi.

,^en, u'fist mieux expliqué. Votre, B;s;.<5ellence aura pu

482 MaDSICB PBINT PÀB LUI-MÂICB.

Yoîr par le contenu de la mienne à Sa Majesté, en date du 4 de mars^ que j'avais pris d'avance les mêmes points de vue.

Quant à l'article du Mémoire où il est question dea raisons qui engagent Sa Majesté très-chrétienne à avoir une puissante armée sur le Bas-Rhin, je puis assurer Votre Excellence qu'elles n'ont pas pour objet de forcer l'élection d'un Empereur, mais d'empêcher qu'on ne la force, n y en a encore une autre, qui est militaire, qui persuadera Votre Excellence de la vérité de ce que j'ai l'honneur de lui avancer; elle part de la prudence que tous les souverains doivent avoir de leur propre conser^ vatîon et de celle de leurs alliés. Ceux de la reine de Hongrie se proposaient de détacher par la force le landgrave de Hesse, l'électeur Palatin, de faire déclarer les cercles contre la France (ce qui aurait entraîné la ruine de l'âecteur de Bavière) ; il a donc bien fallu faire cette démarche, d'autant plus qu'elle fait une puissante diversion en Flandre, et qu'elle assure notre communication avec la Bavière.

Nos opérations vont commencer incessamment; le Roi très-chrétien les honorera de sa présence, ce que j'aurais bien voulu éviter, mais cela n'a pas été dans mon pouvoir.

J'espère que nous verrons M. de Loss à la suite de Sa Majesté très- chrétienne; je ferai mon possible pour lui donner des marques de mon zèle et de mon attachement pour le service du Roi. etc.

M. DE Saxe.

LsTTRSfl nrÊDiTBS. (1745.) 483

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

(EXTRAIT

Mouvement qui amena la bataille de Fontenoj.

MoNMBUE Du. camp devant Toubnay, le 28 avril 1 745.

J'ai fait invertir hier Toumay, et j'arrive aujourd'hui avec le reste de Tarmée devant cette place, pour en faire le siège M. de Saxe.

Ce sont les seules lignes de la main de Maurice que possè* dent les archives de Dresde sur la campagne de 1745. Quinze jours après^ le 11 mai, le maréchal de Saxe, sans lever le siège de Toumay, battit les alliés à Fontenoy. Cette victoire, selon Voltaire, ^sauva la France^, et assura à Maurice, n'en déplaise à M. Carlyle, une gloire immortelle. Une publication toute récente *) prouve que l'armée française a ratifié le jugement de Frédéricll sur le héros de Fontenoy ^), et on ne lira peut-être pas sans intérêt, dans les dépêches inédites du ministre de Saxe, comte de Loss^), quelques détails nouveaux sur cette mémorable journée:

1) L'armée française en 1867, (Paris 1867.) p. 12.

*) . . . „0n agitait cette question rebattue, savoir laquelle des batailles gagnées faisait le plus d'honneur au général? . . . Pour moi, je fus d'avis que c'était la victoire qu'un général à l'agonie avait remportée sur les ennemis de la France.* Frédéric II à Maurice. Oeuvres de Frédérich Grand, T. XYn,^.S09.

*) Loss se trouvait à Sceaux, en visite ches Madame la duchesse du Maine, lorsque cette princesse reçut le lendemain de la bataille ce premier bulletin de victoire: ^ ^^ ^^ ^^^

9 Je me sers de l'occasion du courrier du Boi, qui écrit sur un tambour, pour mander à Votre Altesse Sérénissime le gain de la bataille à Anthoin, qui a été très-balancée, mais déterminée par la maison du Koi. J'écris à cheval pour ne pas manquer l'occasion. Monseigneur le comte d'Eu se porte à merveille.'* Loss, sans indiquer le correspondant de la duchesse, envoya, le 13, ce billet à Dresde, en j joignant les lettres que, du champ de bataille, Louis XV et le dauphin avaient écrites à la reine de Fraifce. Le diplomate saxon était bien renseigné.

484 Madbicii PRorr pab LUi-vâirB.

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