‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 27 sur 103 · L'ÉNOBMB PAQUET DE MAURICE · texte numérisé non relu

L'ÉNOBMB PAQUET DE MAURICE

trice Marie -Thérèse fut battu à plate couture, avant d'avoir pu brûler une amorcç; car, la clef de la position, . le village de Raucoux, que les Anglais avaient vaillamment défendu, ayant été enlevé dans une charge avec la bayonette au bout du fusil, une inspiration de Maurice, la déroute du centre et de l'aile gauche entraîna les Autrichiens qui se* retirèrent en bon ordre et presque sans coup férir. La poursuite, commencée avec vigueur et dirigée par le maréchal en personne, ne fut arrêtée que par la nuit tombante. On connait la lettre que, le lendemain de la bataille de Raucoux, le vainqueur adressa au comte de Bruhl ; cette lettre est la seule de 1746 qui se trouve dans l'ouvrage de M. de Weber 1). Nous sommes obligé de reproduire ce fragment détaché de la correspondance que nous publions ; c est non seulement le meilleur commentaire que nous puissions donner de la lettre inédite que Maurice envoya le môme jour au roi, son frère, mais aussi l'explication d'une affaire de famille dont il sera question dans les lettres suivantes.

Sur le champ de bataille, sou» Liège, le 12 octobre 1740. Monsieur,

J'ai battu hier M. le prince Charles à plate couture, et si j'avais eu deux heures de plus de jour, il ne se serait rien sauve, parce que je le tenais dans l'encoignure entre

') Voyez l'on Wiher: Moritz, Graf v. Suclituti, p. et lu préface.

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le Jaar et la Meuse. Mais») Dieu ne l'a pas voulu. La nuit nous a surpris au bout do deux lieues de poursuite. L'attaque de Loewcndal, que j'avais détaché à ma droite et que j'attendais depuis dix heures du mutin (car j'étais en présence*) dès cette heure là), n'a commencé qu'à trois heures après midi. Ainsi l'on ne peut compter le commencement de la bataille que de trois heures après midi ; à cinq, tout était en déroute, et à six, il a fallu s'arrêter a). Heldreich*) que j'envoie au roi, pourra rendre un compte plus détaillé à Votre Excellence.

Mais tout cela n'est pas le sujet de cette lettre. Quoique je ne compte guère sur l'amitié de Votre Excellence, je prends cependant la liberté de Vous demander un serv ice. J'ai permis Tan passé à la princesse de Holstein de venir me voir, parce que je comptais ne pas vivre longtemps et que la pitié m'avait pris pour son fils auquel je voulais faire tomber un de mes régiments. J'avais cependant mis dans le marché qu'elle s'en retournerait à Venise en printemps et elle me l'avait promis. J'ai fait avoir à son fils le régiment de Royal Allemand et j'ai proposé à Madame sa mère de retourner à Venise, ce qu'elle m'a refusé à plat; et lorsque je l'en ai pressée, elle m'a

') M. de Weber imprime Mon, le manuscrit dit Mes, ce qui dans l'orthographe de Maurice vent dire Mais. M. Snint-Kéné Taillandier (p. 310) supprime la phrase Mais Dieu ne l'a pas voulu. Nous préférons la placer la où, dans la pensée du maréchal, elle aurait dû être placée, après le mot Meuse et non après le mot poursuite.

*) c. k d. en présence de l'ennemi.

•) c. à d. dans la poursuite.

*) le major de Heldreich, officier .Saxon qui assista, comme volontaire, a la bataille de Raucoux.

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montre les dents. Jamais avalé la sottise que j'ai faite, sans dire mot; mais nous sommes dans des circonstances où il serait à propos qu'elle fût à Venise et non à Paris, car elle ne saurait y vivre d'une manière convenable. D'ailleurs je crains qu'elle ne tombe dans le cas de donner à jouer, ce qui entraîne à des affronts et ne ferait pas bien. Il n'y a que des femmes perdues qui tombent dans ce cas

Vous me direz que Vous n'y savez que faire; mais voici ce que Vous pouvez faire si Vous voulez me rendre un service essentiel : la princesse de Holstein était à Venise du consentement du roi; Vous pouvez lui ordonner d'y retourner. Je Vous envoie un modèle de lettre que' Vous pouvez lui écrire et lui faire remettre par M. de Loss avec ordre de lui parler de la part du roi

Nous ajoutons ce modèle de lettre, cette minute autographe de Maurice :

Madame,

Le Roi m'a ordonné de Vous écrire qu'il avait appris avec surprise que Vous aviez quitté Venise, où il Vous avait permis de Vous retirer, et que Vous songez à fixer Votre séjour en France. Sa Majesté a des raisons pour ne point approuver cette conduite .... Elle désire que Vous retourniez à Venise au plus tôt. Je suis fâché, Madame, d'être obligé de Vous faire savoir la volonté du Roi, mon maître, sur une chose qui Vous n'est peut-être pas agréable, mais mon attachement doit Vous répondre de mon regret et m'engage à Vous conjurer de ne point différer Votre départ ; il serait désagréable pour Sa Majesté de demander au Roi très-chrétien des ordres là dessus....

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Le maréchal met en marge :

Votre Excellence peut ajouter, dans le courant de la lettre, de Y Altesse où elle le jugera à propos.

La princesse de Holstein dont il s'agit, était Anne- Catherine comtesse Orzelska, fille naturelle du roi Auguste II et de Madame Drian, la danseuse. Née le 23 novembre 1707, Anne fut légitimée le 19 septembre 1724. Voici le portrait qu'en trace, à cette époque, le ministre de cabinet, comte de Manteuffel :

Dresde le 15 juin 1725.

Un troisième rejeton de la même tige dont vous

dites ignorer le nom est apparemment la comtesse Orzelska. Elle est légitimée comme les autres (le comte Maurice de Saxe, le comte Rutowski et sa soeur), et sa mère, que vous pouvez avoir connue sous le nom de Madame Drian ou sous celui de la Franzos, est morte. Cette comtesse est encore fille et n'a pas encore envie, dit- on, de cesser de l'être. C'est une brune d'une taille très-fine et au-dessus du médiocre; elle a le teint beaucoup plus clair et plus uni que les brunes ne l'ont ordinairement ; les yeux noirs, beaux et parlants, la chevelure riche et d'un très -beau châtain, les bras beaux et arrondis, bon air, etc. ; en un mot, ce sera ce qu'on appelle un morceau de roi, lorsqu'on aura achevé à corriger l'éducation que Franzos lui a donnée ....

On la maria, en 1730, à l'âge de vingt-trois ans, au prince Charles -Louis de Holstein -Beck, général au service de Saxe. En 1733, après la mort d'Auguste II, le

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mariage fut rompu et la princesse se retira à Venise, où elle vivait d'une pension que lui faisait Auguste III, son frère, lorsque Maurice, son autre frère, l'invita, en 1745, à s'installer aux Pipes, petite terre qu'il possédait dans les environs de Paris. Dans les circonstances où Ion était, c'est-à-dire au moment de conclure le mariage du dauphin avec Marie-Josèphe, Maurice ne se souciait pas de mettre en contact avec la dauphine une tante qui pouvait avoir la fantaisie d'ouvrir à Paris une maison de jeu. Bruhl le comprit, et obtempéra au désir du maréchal, tout en modifiant son modèle de lettre; ce qui était nécessaire, parce qu'à l'insu de Maurice, la cour de Dresde avait autorisé l'établissement de la princesse en France. Disons, pour ne plus y revenir, qu'elle refusa de retourner à Venise, mais que, du consentement d'Auguste III et de Maurice, elle alla s'établir à Avignon 1).

Le jour même où il demanda ce service essentiel à Bruhl, Maurice, qui attendait encore la réponse à son expédition du 10 septembre, informa le roi, son frère, „qu'il ne tenait presque qu'à lui, de conclure un assez bon mariage pour la princesse Josèphe" Le vainqueur de Raucoux, avant la bataille déjà, avait reçu de Louis XV et de Me de Porapadour, des lettres fort encourageantes

») La princesse est morte à Grenoble, en 1769. Voyes les Lettres de Maurice rie Saxe à la princesse de Holstein, sa soeur, déposées h la bibliothèque de Strasbourg, imprimées pour la société des bibliophiles français (Finniu Didot 1831).

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pour le projet de mariage; le lendemain de la victoire, il sentait bien qu'on n'aurait rien à refuser à celui qui venait de délivrer la France du danger d'une invasion étrangère.

Avant de donner la parole au maréchal , nous rappelerons que le prince Charles de Lorraine, grâce au rôle qu'il avait joué dans la bataille de Raucoux, encourut les reproches qu'on ne ménage pas, en pareil cas, avec les généraux battus; on l'accusa d'avoir sauvé l'armée autrichienne, aux dépens de ses alliés. Malheureusement pour lui, le même reproche lui avait été fait, avec plus de raison, l'année précédente, à Kesselsdorf, où les Prussiens avaient écrasé l'armée saxonne, grâce à l'inconcevable irrésolution des Autrichiens.

C'est à cette même bataille de Kesselsdorf que Maurice fait allusion dans la lettre suivante, quand il parle de „la conduite sans exemple qu'a tenue, auprès de Dresde, M. le prince Charles, il y a environ un an":

Sur le champ de bataille, aoua Lieqe, le 12 octobre 1746. Sire,

La date de cette lettre m'oblige de dire à Votre Majesté, que j'ai vengé hier V. M. de la conduite sana exemple, qu'a tenue, auprès de Dresde, M. le Prince Charles, il y a environ un an. Soit dit en passant.

J'envoie à Votre Majesté, par Heldreich, cette lettre qui en contient deux, qui ne sont pas indifférentes. Voua verrez, Sire, qu'il ne tient presque qu'à V. M. de conclure un assez bon mariage pour la Princesse Josèphe.

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Je ne vois pas ce que l'on peut exiger de ce côté -ci de V. M. qu'Elle ne puisse promettre. Toutes les promesses ont toujours des explications, mais le mariage est un lien indissoluble et reste toujours, même à la postérité. La couronne de Pologne en sera vraisemblablement une suite dans la maison; du moins serez vous certain, Sire, que vous avez tous les voeux de cette cour; et cette alliance vous fait un bouclier contre le voisin, qui») ne peut donner aucun ombrage à vos alliés. Ce même voisin n'en sera peut-être pas fâché, à cause de la Russie qu'il craint; quant à ce pays - ci, je crois que le même objet est ce qui les intéresse le plus. Quoique je ne sache pas encore positivement, ce que le Roi de France désire, je me doute que c'est cela; il compte par votre moyen, Sire, gagner la cour de Russie. Je ne vois pas ce qu'il pourrait exiger de V. M. contre la Reine, de Hongrie. En tout cas les choses peuvent se promettre d'une manière à interprétation, et, comme rien n'est stable dans ce bas monde, les circonstances fournissent toujours matière à changement; mais les liaisons que l'on prend par des mariages jettent des racines si profondes, qu'il en repousse sans cesse des rejetons. ' .

Je prends la liberté d'adresser une lettre à V. M. pour

M. le Comte de Hruhl. Comme il n'a rien de caché, à ce que je crois, pour V. M., je pense qu'il vous en fera part, Sire; c'est un petit service que je lui demande, et j'espère qu'il en obtiendra la permission de V. M.

L'on ne saurait rien ajouter au profond respect avec lequel je serai toute ma vie, Sire, de Votre Majesté le plus

») <Jui se rapporte à bouclier et non pas à voisin (le Roi de Pruwe).

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humble, le plus sommis et le plus obéissant serviteur et àujet

M. de Saxe.

Nous n'avons retrouvé qu'une seule des deux lettres que le maréchal joignit a la sienne: c'est encore un autographe, non signé cette fois- ci, de Me de Pompadour, un billet qui indique clairement que Maurice avait employé la belle marquise à décider Louis XV en faveur de Marie-Josèphe. Or ces paroles: „ J'espère que ce que vous désirez, réussira", se réfèrent évidemment au mariage, et la lettre qui nous manque était, sans doute, cette lettre du roi de France, cette réponse que Me de Pompadour dit avoir attendue, avant de répondre elle-même à Maurice. En habile tacticienne, les femmes le sont toujours en pareil cas, la marquise commence par mettre son cher maréchal de bonne humeur, afin de lui dorer la pilule du brevet qu'elle n'a pu refuser au prince de Conti. Ses excuses sont d'une habileté consommée. Dire: „La princesse de Conti m'ayant présenté à la cour, le moyen de refuser ce brevet à son fils?" eût été la vérité qu'elle ne se soucie guère d'avouer ; elle aime mieux faire sa paix avec Maurice, aux dépens de celui qui vient d'être favorisé: „On lui a donné sa patente à ce pauvre Conti ; il y tenait tant ; c'est une patente pour rire ; vous n'y perdrez rien ; au contraire, vous ne rencontrerez plus sur votre chemin, devant l'ennemi, ce généralissime de fantaisie; soyez -en bien

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