‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 29 sur 103 · LE COURRIER DES MODES ET LE PÉTARD DE MAURICE · texte numérisé non relu

LE COURRIER DES MODES ET LE PÉTARD DE MAURICE

Novembre et Décembre.

Dès que la décision du mariage fut prise, on en pressa, autant que possible, la conclusion. Le courrier expédié, le 24 octobre, au marquis des Issarts, n'avait pas eu le temps d'arriver à Varsovie, que Loss fut déjà invité à hâter le départ de la princesse. H manda, le 31, au comte de Bruhl, que le roi de France „ souhaitait avec beaucoup d'empressement que le mariage se fit au plus tôt et avant le commencement de carême." On dressa un projet de contrat, et d'Argenson et Richelieu harcelèrent le ministre de Saxe de questions relatives à l'étiquette: elle jouait un si grand rôle du temps de nos grand'mères. Le comte de Loss ayant répondu, de son mieux, jugea à propos, le 9 novembre, de rejoindre la cour à Fontainebleau. Il voulait être à portée et suppléer a l'absence prolongée du maréchal de Saxe, retenu à Bruxelles par „les mouvements des Autrichiens."

Le maréchal arriva enfin, le 14, et Loss nous dira comment le vainqueur de Raucoux fut reçu à Fontainebleau !) :

l) Dépêche du comte Loss au comte de Bruhl, en date do Fontainebleau, le 19 novembre 1746.

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Le maréchal de Saxe arriva ici le 14 au soir, après que le roi très - chrétien s'était déjà retiré. Mais Sa Majesté ayant été informée de l'arrivée de ce seigneur, irapatiente de le voir, le tit appeler sur le champ dans ses petits appartenons et le retint à souper, en lui faisant tout l'accueil qu'il pouvait espérer. Depuis ce temps, il a vu souvent Sa Majesté en particulier, et il est admis à tous les petits soupers du roi très -chrétien chez M" de Pompadour, qui lui témoigne pareillement toute l'amitié et toute la confiance qu'il peut désirer. Quoi qu'il en soit, le brevet accordé au prince do Conti faisant murmurer le maréchal avec une sorte de justice, on cherche des tempéraments pour adoucir cette amertume, d'une façon, néanmoins, qu'il ne semble pas qu'il y ait de la contradiction dans les décisions de Sa Majesté. Cependant on . voudrait trouver un expédient pour combiner cette démarche avec l'autorité que l'on veut conserver au maréchal, afin de ne pas le réduire a la nécessité de demander à se démettre de son commandement eu Flandre. Outre les grands services qu'il a rendus à l'Etat, son habileté et le besoin que l'on a de lui, sont des motifs assez forts, pour obliger le ministre de la guerre à se précautionner contre les reproches, que toute la nation lui ferait, d'avoir saerifié l'intérêt de l'Etat à son envie de plaire au prince de Conti, si le maréchal se cabrait et prenait le parti de se retirer à Chambord ; comme il a menacé de le faire, en cas qu'on n'eût pas égard à ses justes plaintes. Le maréchal aura pleine et entière satisfaction, quant au nombre de troupes qu'il a demandé pour la campagne prochaine; on lui laissera 150 bataillons et 260 escadrons, non compris les milices dont il a besoin dans les places

ET Ut PKTA1U) I>K MaURJCK. 79

fortes, et son aimée ne souffrira aucune diminution par celle que l'on forme au maréchal de Belleisle. Le maréchal de Saxe m'a mis au fait de tout ce qui lui a passé par les mains, concernant l'auguste mariage qui est sur le tapis, m'ayant montré, en original, la lettre que le roi, notre maître, lui à écrite de sa propre main à ce sujet '), et dont le maréchal a fait usage pour déterminer le roi très-chrétien à se décider, sans plus de délai, pour S. A. R. la princesse Josèphe. Il m'a pareillement fait voir celle que le roi très- chrétien lui a écrite, aussi de sa propre main, pour lui donner part de cette résolution; je crois superflu d'en rapporter le contenu à Votre Excellence, parce que le maréchal m'a dit qu'il en avait envoyé un extrait au roi, par le courrier qu'il a dépêché, le 27 du mois passé, h Varsovie.

On attend avec la plus grande impatience le retour de celui que l'on a envoyé d'ici le 24 d. p. et, dans la ferme persuasion où l'on est qu'il apportera une réponse favorable de Sa Majesté, le ministère de France ne se cache plus sur les intentions du roi très- chrétien et sur les démarches que le marquis des Issarts est chargé de faire, en conséquence, à notre cour.

Les préparatifs que le duc de Richelieu fait pour son ambassade, ne servent pas moins à ouvrir les yeux au public sur sa commission, et la joie est universelle, à la eour et dans tout le royaume, de la détermination que le roi très-chrétien a prise de faire demander en mariage, pour le dauphin, notre princesse royale, puisqu'on est persuadé qu elle fera les délices de la Fi ance. Le duc

80 L* COITRIURR DR* MODES

susmentionné, voulant paraître avec un certain éclat à Dresde, amène avec lui une suite de près de quatre-vingt personnes avec autant de chevaux

Le courrier attendu arriva Je 20, le lendemain du jour où Loss avait expédié la dépêche qu'on vient de lire.

On sut alors que l'ambassadeur de France avait, le 6 novembre, remis au roi de Pologne, à Varsovie, la lettre que voici:

A Fontainebleau, le 24 octobre 1746.

Monsieur mon frère. Tout ce qui m'est revenu des bonnes qualités, des vertus et de la noblesse du caractère de la princesse Marie -Josèphe, Votre fille/ m'engage à ne pas différer de Vous marquer le désir que j'ai de l'obtenir pour épouse du dauphin. Je serai charmg que cette alliance entre nos familles rende indissoluble et perpétue l'union et la confiance mutuelle que je suis dans la résolution d'entretenir avec Votre Majesté; Elle doit être persuadée que ce sera un nouveau motif pour m'engager à regarder les intérêts de Sa maison, comme les niicns propres, et à donner, en toutes occasions, à Votre Majesté les témoignages les plus distingués do mon amitié. Je suis, Monsieur mon frère, de Votre Majesté, bon frère Louis.

Au Roi de Pologne, Electeur de Saxe.

La réponse ne s'était pas fait attendre. Le lendemain

de la proposition, le 7, Auguste III avait écrit la lettre

suivante à Louis XV:

Monsieur mon frère. Le marquis des Issarts, ambassadeur de Votre Majesté, de la conduite duquel je

»T LK PÉTARD DB MaURIC K. 81

ne saurais assez me louer, m'a remis la lettre qu'Elle m'a écrite le 24 d'octobre, et par laquelle Votre Majesté me témoigne le désir qu'Elle a d'obtenir la princesse Josèphe, ma fille, pour épouse du Dauphin. Plus je sens le prix et l'avantage d'une telle alliance, plus la résolution prise de Votre Majesté me fait-elle de plaisir. J'y consens volontiers, et souhaite, comme Elle, que ce lien de nos familles rende indissoluble et perpétue l'union et la confiance mutuelle que je désire entretenir constamment avec Elle. L'assurance que Votre Majesté veut bien me donner d'avance, qu'Elle regardera dorénavant les intérêts de ma maison, comme les siens propres, me fait espérer toutes sortes d'avantages dans la suite. Je chercherai, à mon tour, à les rendre communs et à aller au-devant des désirs de Votre Majesté, persuadé que je suis qu'Elle n'exigéra rien de moi que ma situation et la nature de mes intérêts ne me permettent de faire. Je tâcherai surtout, indépendamment de la neutralité à laquelle je me suis engagé par le dernier traité de subsides, de détourner que l'Empire ne déclare la guerre, et je travaillerai, au contraire, avec empressement au rétablissement de la paix générale. Il ne dépendra que de Votre Majesté de me mettre en état de m'y employer d'autant plus efficacement, en me mettant confidemment au fait de ses derniers sentimens.

Je suis avec une considération et amitié très -sincères, etc., etc.

Varsovie, le 7 novembre 1746. Auguste Roi.

Auguste, le même jour, adressa une lettre de remer-

cîments au marquis d'Argenson, et le comte de Bruhl

L> COCHHIKB DBS MODES

ne manqua pas d'en faire autant, pour le féliciter „de l'heureuse terminaison de ce salutaire ouvrage." Loss ne fut pas oublié ; le roi de Pologne l'honora d'une lettre des plus gracieuses; Bruhl le combla d'éloges, l'avertit en même temps du prochain départ de la cour pour Dresde, et lui donna les instructions suivantes *) :

Le roi verrait volontiers que Votre Excellence pût détourner, de bonne manière, l'envoi de Monseigneur le duc de Richelieu en qualité d'ambassadeur extraordinaire Outre le ménage (c. à d. l'économie) que

nous y trouverions, cela nous épargnera aussi quantité d'embarras, et M. le marquis des Issarts, dont nous sommes très -contents, serait plus flatté en restant seul chargé de cette commission. Toutefois vaudrait- il mieux, dans le cas qu'on voulût envoyer quelqu'un exprès pour cette commission, que ce fût le comte de Saxe qu'aucun autre.

On fera d'ailleurs fort bien de ne point mêler, comme vous le dites, de la politique dans le contrat de mariage. Le roi fera, sans cela, d'inclination, et par tendresse pour la dauphinc, sa fille, tout ce qu'il pourra pour complaire au roi de France. Tout irait bien, si l'on voulait laisser le roi de Prusse hors de jeu, et user à notre égard de la confiance et déférence qu'on a eues jusqu'ici pour lui, et dont on a déjà deux fois été la dupe. L'empressement que le roi de Prusse a marqué pour faire réussir ce mariage, après que son premier dessein eut échoué, est de la plus fine politique, mais le roi de France ne devrait pas s'y méprendre. En attendant, nous ne manquerons

•) Dépêche du comte Bruhl, Varsovie , te 7 novembre 1746.

rr IM PETARD os Mauricb. 83

pas de témoigner notre reconnaissance an roi* de Prusse et de cultiver son amitié."

Loss s'empressa d'accuser réception de cette dépêche, en ces termes l) :

„J'ai été dans une joie inconcevable à la réception de la lettre de Votre Excellence, du 7 du courant, que le courrier m'a apportée, et qui arriva cet après-midi à 3 heures. Comme il ne me reste que peu de temps avant le départ de cet ordinaire, je ne puis que répondre en peu de mots aux articles principaux contenus dans sa dernière lettre:

1°. On est entièrement content de la façon dont le roi s'est expliqué dans sa réponse2) au roi très - chrétien, relativement à ce que j'ai eu l'honneur d'insinuer à ce sujet dans ma dépêche du 24 d. p. a).

2°. Le mariage ne sera déclaré qu'après le service qu'on doit faire, à Notre Daine à Paria, pour feu Md la dauphine, le 24 de ce mois.

3°. Il ne panât pas possible de détourner l'envoi du duc de Richelieu. Sa nomination a fait trop d'éclat, et,

tous les arrangements à cet égard étant déjà pris ,

sa mission ne saurait faire aucun tort au marquis des Issarts, puisque leur plein pouvoir sera commun, à l'un comme à l'autre, et que leur commission s'étend à tous les deux. Outre qu'on croit qu'il est de la dignité du roi très-chrétien et que c'est marquer plus de considération

•) Dépêche du comte Lois, Fontainebleau, '20 novembre 1746. a) Voye* page 80.

J) Voyez page f)9.

84 Le courrtbr dm modks

pour le roi, notre maître, de joindre à M. le marquis des Issarts un Seigneur titré, pour cet acte solennel, on m'a dit qu'on ne pouvait pas se passer du maréchal de Saxe, qui retournerait bientôt en Flandre où. le roi avait besoin de ses services, même pendant l'hiver.

4°. Quant au cérémonial, on est content qu'on se modèle, dans ce cas, sur celui qui s'est observé à l'occasion • du mariage de la reine des Deux Siciles »)

5°. On voudrait toujours que Me la dauphine pût arriver ici avant le 15 février. Mais je ne vois, à la vérité, point comment cela sera possible, puisquo le roi, notre maître, ne peut être de retour à Dresde qu'au commencement de janvier."

Le bruit que le second mariage du dauphin était arrête, se répandit à Fontainebleau, le jour même de l'arrivée du courrier de Varsovie. Ce fut ce jour là que Louis XV, à son grand couvert, fit appeler le ministre de Saxe et l'honora d'une conversation, dont le duc de Luynes parle dans ses mémoires2). Les courtisans saisirent quelques paroles qui confirmaient leurs suppositions. Le roi cependant quitta Fontainebleau, et ce ne fut que deux jours après le service funèbre pour la défunte dauphine que le mariage fut déclaré, à Versailles, le 26 novembre.

Le 25, le roi envoya à Marie- Josèphe le portrait du dauphin et quelques ouvrages historiques qu'elle

>) Marie -Amélie de Saxe, soeur aîuée de la dauphine. «) Mémoire» du duc de Luynes, T. VIII, p. 18.

KT I.R PÉTAI»! DK M.UIMCK.

avait demandés pour s'instruire dans l'histoire de France.

Loss profita de l'occasion pour écrire à Bruhl. L'extrait suivant de sa longue dépêche, nous suffira1):

„Le comte de Saxe aurait été très -flatté de cette commission, sans les obstacles mentionnés dans ma pré- • cédente2), outre qu'il est à considérer qu'il n'y aurait aucune sûreté pour lui dans un pareil voyage, qui pourrait faire naître î envie aux Autrichiens de le faire enlever . . . Votre Excellence peut être persuadée qu'on n'exigera rien du roi qui puisse être contraire à ses intérêts. Le duc de Richelieu sera peut-être chargé de faire quelque démarche tendant à moyenner une meilleure intelligence entre notre cour et celle de Berlin ; mais je crois qu'il se contentera que nous sauvions les apparences et que nous fassions des politesses au roi de Prusse, en faisant sentir à ce prince qu'il en est redevable aux bons offices de la France "

Nous avons tout lieu de croire que ce fut ce môme courrier qui porta à Auguste III une lettre que nous n'hésitons pas à insérer ici ; car, bien que Maurice ait oublié de la dater, son contenu se rapporte évidemment à cette phase de la négociation.

Sire,

Je profite du départ du courrier pour présenter mes respects à Votre Majesté. Je suis au comble de la satis-

') Dépêche du comte de Loua, du 25 novembre 1746. ») Voye* page 83.

Lk courhieb des modes

faction de voir terminer cette grande affaire au contentement de Votre Majesté.

Le roi très - chrétien s'est borné à ne pas pousser les demandes à un point qui vous aurait embarassé, Sire, et Votre Majesté, de son côté, a fait avec grâce tout ce que l'on a témoigné désirer de ce côté-ci. Il ne reste plus qu'à satisfaire le roi très-chrétien sur le désir extrême qu'il a de voir terminer (cette affaire?) et arriver bientôt ici-Madame la dauphine; il désire fort que ce pût être avant la fin du carnaval, et Votre Majesté lui fera un sensible plaisir si Elle hâte le départ de la princesse. La dépense, à la vérité, ne saurait répondre à votre magnificence, Sire, dans un si court espace de temps; mais la satisfaction sera plus grande ici. J'ai été hier à Choisy >) où l'on m'a entretenu à plusieurs reprises sur ce chapitre. Je suis bien fâché de ne pouvoir aller moi-même en Saxe, pour offrir mes très-humbles respects à Votre Majesté, mais l'on croit dans ce pays-ci que Ton ne saurait se passer de moi. M. de Lobs aurait eu le cordon bleu s'il avait été compatible avec la religion qu'il professe. Votre Majesté ne daignerat-Elle pas le décorer? Il L'a servie avec zèle et intelligence, et je puis dire qu'il fait honneur ici et y est très- • bien regardé.

Enfin c'est une très-grande affaire qui s'est terminée ici, et ce n'a pas été sans y trouver des obstacles.

«) On lit dans les Mémoires du Duc de Luynes T. VIII, p. 17. ,J)u jeudi 24" (Novembre 1746): „le Roi partit Mer de Fontainebleau à dix heures et arriva a deux heures à Choisy." La lottre du maréchal de Saxe doit, par conséquent, avoir été écrite le 24; elle aura été expédiée, le lendemain, par le courrier porteur du portrait du dauphin.

«T LE PÉTARD DE \UriUCI.

Le parti espagnol celui de Sardaigne, ceux qui désirent la paix et qui espéraient l'obtenir au prix d'un ♦ mariage avec la maison de Savoie, se sont tous réunis; mais le roi a tenu ferme, et nos amis nous ont bien servis. Il faut compter parmi eux M® de Pompadour et les Paris, avec qui je suis lié intimement, et qui sont des puissants personnages ici. Ce qu'il y a de plaisant, c'est que l'on veut me mettre en ligne de compte ce mariage, pour les récompenses que mes services peuvent me faire mériter. Je n'ai pu m'empôcher d'en rire et d'en être cependant bien aise. Cette affaire aura des suites avantageuses, à ce que j'espère, et, quoique je n'en serai peut-être pas le témoin, l'idée m'en flatte extrêmement. Recevez avec bonté, Sire, les assurances de la soumission et du profond respect avec lequel je ne cesserai d'être, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très-obéissant et très-soumis serviteur et sujet M D£ gAXB

A peine cette lettre était-elle partie, que Maurice reçut, le 27 novembre, à Versailles, les réponses aux trois courriers qu'il avait expédiés à Varsovie, le 12, le 19 et le 27 octobre. Il reçut, entre autres de Bruhl, plusieurs dépêches que nous sommes obligé de reproduire, pour l'intelligence de ce qui va suivre. Les voici :

Monseigneur, A Varsovie, le 8 novembre 1746.

Dans le temps que j'étais occupé, avant-hier matin, à écrire, pour vous renvoyer, Monseigneur, M. le major

•) „ L'Espagne est piquëe, et le duc de Huoscar n'en fait pas le fin" dit Loss dans sa dépêche dn 25 novembre.

88 I'K OOITHUtKR »!•:« MODKfl •

de Heldreich, qui a été nommé à cette occasion lieutenant colonel '), l'ambassadeur de France, se fit annoncer chez moi pour me faire part des ordres qu'un courrier venait de lui apporter, avec commission de demander notre princesse Josèphe pour épouse du Dauphin. Il fut d'abord s'acquitter de cette agréable commission, tant auprès de L. L. M. M. qu'auprès de la princesse même, et il fut reçu, comme Votre Excellence juge bien, avec plaisir, et la proposition acceptée. Cette bonne nouvelle se communiquant bientôt, on vit paraître une joie générale sur tous les visages des personnes de la cour, des deux nations. Il n'y eut que quelques ministres étrangers qui n'y prirent pas la mémo part.

Nous savons, Monseigneur, tout ce que nous vous devons pour l'heureuse réussite de cette grande affaire. Elle nous est d'autant plus agréable, qu'on a fait la chose généreusement, et sans y attacher de conditions relatives à la politique. L'on n'y perdra rien, vu que tout ce que le Roi pourra faire pour complaire aux désirs de S. M. très -chrétienne, il le fera, sans cela, par amitié pour ce monarque, et par tendresse pour la princesse, future Dauphine. ( Vtiurne je .sais que cette lettre trouvera Votre Excellence de retour à Paris, Elle pourra s'y faire montrer, par M. le comte de Loss, celle que le roi de France a écrite au Roi, notre maître, et la réponse qui y a été faite. Le même ministre du Roi pourra aussi instruire plus particulièrement Votre Excellence, quels seraient nos sentiments, tant par rapport à ce qui regarde la demande solennelle qui doit encore suivre, que par rapport aux

') Le major Hcldreieh avait été expédié du champ do bataille de Raucoux, le 12 octobre. Voyea page 50.

BT LK PfeTABD DK MAt'RICK. - 89

affaires générales du temps. Depuis ma lettre d'avanthier, au comte de Loss expédiée, il est venu au Roi l'idée qu'on pourrait charger notre prince royal, de la procuration d'épouser M* sa soeur, pour le Dauphin. Si d'ailleurs, par la quantité des différents intérêts, les conférences de Breda ne veulent point avancer, qu'on nous dise le dernier mot, et qu'on nous laisse le soin de ménager la négociation à la cour de Henné. Ces deux cours une fois d'accord, le reste s'ensuivrait infailliblement. Nous nous y prendrions avec tant de précautions , qu'en tout cas que, contre meilleure attente, nous ne puissions pas réussir à souhait, nous ne commettrions du moins la France en rien. Il est d'autant plus à souhaiter qu'on en vienne bientôt à des explications, qu'il y a, sans cela, si l'affaire traîne, à craindre que l'Angleterre, redoublant d'efforts auprès de la Russie, ne trouve moyen d'émouvoir cette grande machine; ce que nous ne serions pas en état d'empêcher, quelque volonté que nous en eussions; et nos représentations feraient d'autant moins d'impression que nous sommes, sans cela, déjà devenus suspects à cette cour, depuis la déclaration que M. D'Aillon doit y avoir faite, que nous étions eu liaison avec la cour de France; nonobstant qu'on avait, comme Votre Excellence sait, stipulé qu'on se garderait un secret inviolable là-dessus»).

Quant au roi de Prusse, il n'aura guère à craindre, tant qu'il restera tranquille; mais la France devrait une

') Cette déclaration du chargé d'affaires de Frnm e, à S« Pétersbourg, n'était qu'une indiscrétion. D'Aillon n'avait pas fait mystère du traité de subsides que la France avait signé avec la Saxe (21 avril 1746) et la Russie, mal informée, eu avait pris ombrage. Bruhl finit par communiquer ce traité anodin à cette puissance, et calma ces méfiances.

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bonne fois ouvrir les yeux sur ce qui regarde ce prince. Rusé, comme il est, il flatte de nouveau de toute façon la France, mais l'exemple du passé, où il a deux fois fait sa paix particulière sous les auspices de l'Angleterre, sans se soucier des intérêts de cette couronne, cela ne devrait- il pas, dis-je, lui faire craindre que le roi de Prusse pourrait fort bien, après que la France se serait de plus en plus épuisée, lui jouer un nouveau tour, plus sanglant encore que les précédents? en se tournant tout-à-fait du côté des puissances maritimes et de leurs alliés; par où la France se trouverait fort embarrassée de sa situation, pendant que le roi de Prusse obtiendrait par là, la plus forte garantie pour la Silésie, et peut-être encore dautres nouveaux avantages »). Or, si ce cas est possible, comme il l'est, pourquoi ne pas le prévenir, quand on le peut Je remets ces faibles réflexions au jugement plus éclairé de Votre Excellence, y ajoutant seulement que, quant à nous, nous avons une fois trop chèrement payé l'alliance prussienne*), pour y retourner une seconde fois; en attendant nous n'irons pas contre ce prince non plus, mais nous nous en tiendrons à une exacte neutralité, et à la bonne harmonie, rétablie entre les deux cours, par le dernier traité de Dresde. Si vous voulez bien, Monseigneur, faire quelque usage de ces réflexions, je Le supplie que ce soit avec beaucoup de ménagement, et comme par manière de raisonnement de sa part, afin de ne nous point commettre.

') Prédiction qui s'est accomplie, on le sait, par le traité de Westminster que la Prusse signa avec l'Angleterre, le 16 janvier 1756.

*) Lors de la première guerre de Silésie.

■T Lit PSTARD DB MAURICE. VI

Selon ce que vous avez souhaité, Monseigneur, j'ai écrit à la princesse de Holstein, dans les termes de la copie ci -jointe. Je n'ai pu suivre tout -à- fait le projet que Votre Excellence m'avait envoyé à cet effet, puisqu'à sa réquisition, et, dans la supposition que Votre Excellence le désirait ainsi, elle avait obtenu la permission du Roi de passer de Venise à Paris »).

Je finis par où j'aurais dû commencer, c'est-à-dire, par vous féliciter, Monseigneur, des glorieux exploits que vous avez faits dans la dernière campagne, laquelle,

après tant de places prises, vous avez encore terminée par une sanglante bataille et une victoire complète. Vous avez travaillé l'été à la guerre de la bonne façon. Tâchez donc d'en faire autant, pendant ïhiver, pour la paix, et vous mettrez le comble à votre gloire immortelle. J'y prendrai assurément tourte la part imaginable, comme je fais de tout ce qui vous regarde, Monseigneur, étant avec un profond respect et un attachement le plus inviolables, etc. Bruhl.

Postscriptum.

Comme l'usage porte, que la dauphine ne garde pas une seule personne de celles qui l'accompagnent, je dois m'informer, s'il ne serait pas possible d'obtenir une exception à cette règle, et de faire en sorte que notre princesse pût seulement garder une seule femme de chambre, ou bien un Père- confesseur allemand.

Apostille.

A Varsovie, ce 9 Novembre 1746.

Après avoir déjà expédié et signé ma lettre à Votre Excellence, Son courrier arrive et m'apporte celle dont ») Voye* la lettre de Maurice, du 12 octobre page 47.

92 Lk courrier dks modkh

Elle m'a honoré, en date du 27 d. p. Vos souhaits, Monseigneur, sont accomplis en tout, et les miens aussi, par l'heureuse réussite d'une si bonne et grande affaire, et en ce que j'ose me flatter d'être rentré dans vos bonnes grâces, Monseigneur. Si jamais vous avez eu tort en quelque chose, c'est bien lorsque vous avez mis mon amitié ou, pour mieux dire, ma vénération et mon attachement, en doute. Devant aller chez le Roi, pour lui apporter votre lettre, je finis et suis ut in littt-ris.

. La dernière lettre, enfin, que Maurice reçut de Bruhl, le 27 novembre, était d'une date assez fraîche, et renfermait un avis confidentiel qui la rendait fort intéressante. Cet avis confidentiel influa très-sensiblement sur la conduite du maréchal, et précipita la crise ministérielle que nous verrons bientôt éclater à Versailles. Bruhl, dont le style ne brille pas toujours par la clarté, voulait dire: „Si vous adoptez notre manière de voir; si vous croyez, avec nous, qu'il soit temps de faire la paix, le moyen le plus sûr d'y arriver serait un arrangement confidentiel et préalable entre la France et l'Autriche. La Saxe serait trop heureuse de vous offrir ses bons offices, à ce! effet ; mais il serait urgent, avant tout, de vous débarrasser des frères Argenson, du moins de l'ainé, du ministre des affaires étrangères; car les sympathies trop prononcées que cet homme d'Etat affiche pour la Prusse, ne sont guère goûtées à Vienne, et on accuse son faux système d'empêcher tout accommodement." Tel est le fin mot de la lettre suivante:

KT LB PÉTARD D8 MAirRICK. 93

A Varsovie, le 16 Novembre 1746.

Monseigneur,

Pour ne pas trop retarder le courrier de Votre Excellence qui m'a apporté Sa lettre du 27 d. p., laquelle j'ai eu l'honneur d'accuser par l'apostille à la mienne, du 9, je le renvoie aujourd'hui, et le charge, outre des cijointes du Roi et de la Princesse, future Dauphine, pour Votre Excellence, d'un autre paquet pour M. le comte de Loss, concernant quelques notions préliminaires touchant le mariagè.

Comme le dit ministre du Roi a ordre de vous communiquer, Monseigneur, tout, et que vous serez convaincu par là de l'empressement que nous apportons à la prompte conclusion de ce mariage, j'espère aussi que Votre Excellence me fera en particulier une réparation entière sur ma façon de penser.

L'ambassadeur extraordinaire qu'on veut nous envoyer, nous embarrasse un peu; mais nous tâcherons de l'accommoder, le mieux que nous pourrons, si l'affaire n'est pas à changer. Ayant au reste, dans ma dernière, déjà tout dit ce qu'il y a à dire sur les affaires du temps, je ne puis que m'y rapporter, ajoutant seulement que, . selon des notions toutes fraîches encore -de la cour de Vienne, nos espérances augmentent de pouvoir acheminer les choses à un accommodement, si la France veut bien nous déposer ses sentiments relativement à une paix.

Je dois dire en secret à Votre Excellence que la cour de Vienne accuse Messieurs d 'Argenson, et un faux système qu'ils auraient adopté, dètre cause qu'on n'en pouvait venir

à un accommodement.

94 L> COCBBIBB DBS M0DX8

Je suis, avec l'attachement le plus respectueux et le plus sincère, etc. Bruhl

La minute de la lettre du roi, dont parle Bruhl, ne s'est pas retrouvée, mais le contenu se devine par le billet que la future dauphine adressa, le même jour, à Maurice; elle lui devait, disait- elle, l'obligation de son bonheur:

Monsieur le Maréchal, Comte de Saxe. Sachant l'obligation que je vous dois du bonheur qui m'arrive, par mon mariage avec le Dauphin, je ne veux pas différer jusqu'au temps que j'aurai le plaisir de vous voir moi-même en France, à vous en marquer ma reconnaissance. Elle est proportionnée au service que vous m'avez rendu. Je ne l'oublierai jamais, et suis, avec une considération et estime des plus parfaites, Monsieur le Maréchal Comte de Saxe,

Votre très-affectionnée A Varsovie, ce 16 Novembre 1746. Marie- Josèphe.

On hâta les préparatifs du mariage autant que possible. L'impatience qui régnait à Versailles, à cette époque, se trahit dans ce billet du marquis d'Argenson au comte Loss:

Le courrier que je dépèche à Dresde, Monsieur, part ce soir et va prendre vos ordres. Tâchons d'avancer le bonheur de M. le dauphin, et que la bénédiction soit avant le carême ; le roi l'a fort a coeur. La maison de ... et les principaux officiers de M8 la dauphine ont déjà ordre de partir le 2 janvier. Vous savez, Monsieur,

«T LR PÉTARD DR MaBBICB. 95

combien j'ai l'honneur d'être entièrement et parfaitement tout à vous

A Versailles, 2 décembre 1746. D'Aroenson.

Nous nous dispensons d'insérer les dépêches officielles ; leur contenu se devine par les lettres beaucoup plus intéressantes que le maréchal de Saxe expédia, par le même courrier, au roi , à la reine de Pologne et au comte de Bruhl.

Maurice répond d'abord au roi, son frère, avec toute la franche bonhomie de son caractère :

g1RE A Versailles, le premier de décembre 1746.

J'ai reçu les deux lettres que Votre Majesté m'a fait la grâce de m écrire, le 7, et le 15 du mois passé »).

Rien n'égalerait ma satisfaction, si j'avais pu profiter de cette occasion pour baiser la main à Votre Majesté; mais l'on a cru ici que l'on avait besoin de moi pour préparer nos opérations de la campagne prochaine, et pour calmer les inquiétudes que l'on a sur nos quartiers en Flandre, peut-être, pour opérer quelque chose avant le temps ordinaire.

J'ai été repoussé à la barricade, comme l'on dit, sur le chapitre du confesseur que Votre Majesté m'a recommandé; mais je ne me tiens point pour battu, et je reviendrai si souvent à la charge, que je l'emporterai. On m'a d'abord allégué l'Espagne, à qui l'on a refusé la même chose, et M. d'Argenson (qui n'est pas du tout aisé à gouverner) m'a dit que cela les brouillerait avec cette cour qui

>) Les minâtes de ces lettres ne se sont pas retrouvées. On en devine le contenu par les lettres du comte de Bruhl p. 87 et 93.

96 Le courrier des modes

est extrêmement pointilleuse, et qui/ d'ailleurs, n'a pas encore digéré la préférence que nous avons eue. Le roi désirerait extrêmement que Madame la dauplyne pût arriver vers le dix du mois de février, à cause de la fin du carnaval, et parce que l'on ne peut faire aucune fête dans le carême. Il voudrait répondre à la joie que Paris et la cour marquent de ce mariage, qui est généralement approuvé du public, et personne ne se cache là-dessus. Vos vertus, Sire, y sont connues et l'on envisage avec satisfaction que souverains de la France en hériteront. C'est d'une partie de vous-même que ces peuples attendent leur bonheur, et je puis assurer à Votre Majesté que ce que j'ai l'honneur de lui en diro, n'est pas un compliment fade, mais une vérité constante. Enfin l'on ne parle, ici et à Paris, que de cette alliance, et les questions ne finissent pas là- dessus.

J'ai marqué quelque crainte à Votre Majesté sur les obstacles qui pourraient se former de notre part. Je prenais les mêmes précautions du côté de la cour de France, afin que les prétentions que des personnes mal intentionnées pourraient former, ne retardassent pas la conclusion d'une si grande et si bonne affaire. Enfin tout est terminé à souhait, grâce à Dieu. Il ne nous reste plus que l'article du confesseur à achever, et dont, j'espère, je viendrai à bout. Je dois la justice à M. le comte de Loss, de dire qu'il s'est conduit avec tout le zèle et l'intelligence possible ; il est cajolé à la cour, et on le traite déjà comme les ambassadeurs. Le cordon que Votre Majesté lui a accordé si gracieusement, le décorera bien; il serait bon de le lui envoyer par le premier courrier.

Ma satisfaction est inexprimable de ce que Votre

■T LB FÏTAKD DE ALtURICB. 97

Majesté veut bien me laisser croire qu'Elle regarde avec bonté ce que j'ai pu faire pour son service. L'idée que je m'étais formée d'avoir une maîtresse dans ce pays -ci, à laquelle je conserverais mes services, m'était déjà assez flatteuse, Votre Majesté y met le comble. Je ne puis que Vous prier, Sire, d'être persuadé que mon attachement égalent toujours le respect profond avec lequel je ne cesserai d'être, Sire, de Votre Majesté le très- humble, trèsobéissant et très-souinis serviteur et sujet

M. de Saxe.

La longue missive que Maurice envoya, le même jour, à la reine, renferme des détails curieux sur les us et abus de l'ancienne cour de France, et amusera nos lectrices — si ce livre en trouve — par les connaissances profondes que le héros de Fontenoy y montre des secrets de la toilette féminine. On sait que le maréchal adorait le beau sexe; mais on aurait de la peine à croire que le „ courrier des modes" qu'on va lire vint de lui, si le style, que nous respectons, et l'orthographe, que nous rectifions, ne prouvaient l'authenticité de ce curieux autographe.

Madame, ^ Versailles, le premier Décembre 1746.

J'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait la grâce de m'écrire. Les marques de bonté dont Elle me comble, me pénètrent de respect et de reconnaissance. J'ai trouvé ici la cour au comble de la satisfaction de la conclusion de cette grande affaire ; le roi et la famille royale ne se lassent pas de me questionner. D a fallu que je fasse

Lb COCRRIKR DBfl MODKS

venir le comte de Friesen *) et Saint Cernin»), pour satisfaire à l'empressement du roi, jusqu'à mon courrier, qui a été questionne pour savoir si un portrait de la princesse, qui est ici, lui ressemble, et ce portrait n'est . pas à son avantage; de quoi je suis bien aise. J'ai passé hier la journée à choisir les présents avec le roi qui s'en fait une occupation tout- à- fait intéressante. M. le dauphin m'a priH en particulier et m'a fort réjoui par rembarras intéressant avec lequel il ma parlé, n'osant trop faire paraître à quel point il désire l'arrivée de M° la dauphine future. Le roi a calculé le temps de sou arrivée (que je prends la liberté de joindre à cette lettre), et désirerait que Me la dauphine pût arriver vers lo 10 de février, le tout, autant que cela pouvait se faire sans l'incommoder, car l'on craint ici qu'un si long voyage n'altère sa santé. La raison pourquoi le roi voudrait que M° la dauphine pût arriver vers le 10 de février est la fin du carnaval, parce qu'en carême il ne peut y avoir ni fête, ni bal; ces réjouissances dureront trois ou quatre jours f et si l'on n'accompagnait ce mariage de quelque démonstration de joie publique, cela paraîtrait triste à un peuple qui ne respire que la joie.

Je me suis informé du trousseau et de l'usage accoutumé en pareil cas. Voici ce que l'on m'en a dit, et sur quoi Votre Majesté peut compter.

Madame la dauphine défunte a apporté une toilette,

l) Auguste - Henri Comte de Friesen. Voyez l'Appendice.

*) M. de S' Cernin, officier saxon, avait fait la campagne, comme volontaire; Maurice écrit: Scinsernein; voyez, danB notre recueil, la' lettre que Maurice adressa à liruhl, le 5 décembre 1746.

Di

. BT Ut PÉTARD DK MauRICC. 99

deux ou trois robes brodées et quelques pièces d'étoffe ; mais ses robes étaient trop lourdes. Elle en a mis une, et ensuite elle l'a quittée. Il en a été de même de sa toilette. Cependant elle aurait été la maîtresse de garder le tout autant qu'elle aurait voulu. En général, tout ce qui est garde-robe, appartient à la dame d'atours, qui est Madame la duchesse de Lauraguais; elle fournit toutes les parures, linge, dentelles, etc., et reprend ce qui ne sert plus; elle donne son compte, qui est arrêté et payé au trésor royal. C'est le plûs grand bénéfice de sa charge. C'est elle aussi qui nomme et place toutes les femmes de chambre et autres domestiques, laquais de Me la dauphine; ordonne les équipages, carosses, chevaux, et donne pareillement son compte. U en est de même des autres charges; et cela est presque totalement à la disposition de ceux qui possèdent les premières charges. Quant aux bijoux, diamants et pierreries, il y en a une quantité considérable pour le service de Madame la dauphine, mais dont elle ne peut pas disposer, qui sont pierreries de la couronne ; quant à celles qu'elle apporte ou acquiert, elle en peut disposer comme bon lui semble, et cet article ne va pas à la dame d'atours.

Comme le temps presse, il est impossible que Votre Majesté compose le trousseau de Madame la dauphine, aussi magnifiquement qu'Elle le voudrait. Cependant Votre Majesté fera bien de donner à la princesse quelques pièces d'étoffe de Hollande, s'il y en a de belles, fond satin ou or, dans le goût des étoffes des Indes et de Perse, parce qu'ici l'on n'en a pas, et que l'entrée de ces étoffes est défendue; s'il s'en trouvait de belles chez les Arméniens à Varsovie, il serait bon d'en faire acheter.

100 L> COURRIER DBS MODES

J'écris à Debrosse à la Haye, pour qu'il envoie à Dresde tout ce qu'il pourra trouver de plus riche et de plus beau dans ce goût- là, et de l'envoyer par la poste à Dresde, afin qu'à l'arrivée de Votre Majesté, Elle le trouve, pour en choisir.

Comme l'on ne trouve point de belles fourrures ici *), il sera à propos aussi de douner à la princesse une belle palatine double de martre zibeline, comme l'on les porte en Russie, qui sont larges et chaudes, et font un bel ornement, avec le manchon assortissant. L'on ne fait nulle part les tours de robe, et surtout les corsets baleine, aussi bien qu'à Dresde; il faudra en donner quelques-uns qui pourront servir de modèle par la suite ; il faut seulement observer une chose, qui est que le tailleur ne fasse pas la taille trop longuè. C'est un défaut dans lequel nos tailleurs tombent, ce qui donne un air gêné et rend les jupes trop courtes, ce qui n'est pas dans le goût du maître de ce pays- ci. Je ne sais si je me fais trop entendre en parlant ajustement, et ma façon de s'exprimer paraîtra peut-être ridicule à Votre Majesté, mais je la supplie de m'exeuser, en faveur de ma bonne volonté.

J'en reviens à l'article des pierreries. M* la dauphine, de la maison de Bavière, avait apporté des pierreries qui furent énoncées dans le contrat de mariage; mais alors elles ne sont plus à la disposition de la princesse. Cela se réglera comme Votre Majesté le jugera à propos, avec le marquis des Issarts qui sera chargé de faire le

•) Los» écrit par le môme courrier (dépêche du 30 novembre): „Me la duchesse de Braucas m'a insinué que S. A. R. M« la Dauphine ferait sa cour au roi très - chrétien si elle lui apportait une belle fourrure de renard noir ou de martre aibeline,"

BT IM PÉTARD DE MaI'RICK. 101

contrat de mariage. Quant aux habits et trousseaux, cela a été réglé diversement: au mariage de M* la dauphine de Bavière, elle en fit présent aux femmes qu'elle avait amenées de Bavière, sur la frontière ; la dernière Infante l'a apporté avec elle, et ce trousseau est tombé entre les mains de la dame d'atours, à mesure que M° la dauphine défunte s'ennuyait de l'une ou l'autre de ses pièces. Ce qu'il y a de certain est que l'on envoie de tout au devant d'elle, et qu'elle a le choix de ses ajustements, sans s'en eiubarasKer davantage; c'est à la dame d'atours à s'en faire paver.

Mais ce n'est le point intéressant de la lettre de Votre Majesté. J'ai commencé à parler du confesseur et de la femme de chambre; j'ai trouvé des obstacles sur l'un et sur l'autre, principalement sur la femme de chambre; mais je ne me tiens pas encore battu. M. d'Argenson, qui est une espèce d'ours, m'a dit que l'Espagne était pointilleuse là- dessus, et que ce serait une nouvelle matière a plainte, si l'on nous accordait ce que l'on avait refusé constamment à la reine d'Espagne; et qu'il n'y avait point d'exemple de cela; que c'était un principe du gouvernement; qu'il n'était pas en son pouvoir d'y consentir; qu'au contraire le devoir de sa charge était de s'y opposer constamment. Je compte cependant l'emporter sur l'article du confesseur, et je me fourrerai derrière le père Pérusseau, confesseur du roi, qui est un homme aimable, et qui me cajole beaucoup. Quant à la femme de chambre, ce ne peut être que par intrigue auprès do la dame d'honneur et de la dame d'atours ; en faisant résigner la charge d'une de ses femmes de chambre, pour de l'argent ou quelque autre grâce, à celle que Votre Majesté

102 L> courhieb des modes

voudra placer auprès de la princesse. Mais ce ne pourra être que la petite Sylvestre •) , parce que c'est une Française, et encore ce sera par miracle si j'en viens à bout Par la suite, la princesse sera à peu près à même de faire tout ce qu'elle désirera là-dessus, parce que personne n'osera s'opposer à sa volonté. Ce n'est que pour •le début que cela est difficile. J'ai vu un vieux domestique que la reine d'à présent avait amené, et qui l'avait suivie par affection, être renvoyé; ce qui lui parut fort dur; à présent elle a et confesseur, et autres domestiques polonais et fait à peu près ce qu'elle veut, en pareil cas. Toutes ces charges s'achètent à la cour, la finance en revient à la dame d'honneur et à la dame d'atours, celles des valets de pied, des cochers, etc., etc., reviennent au premier écuyer; celles de la cuisine et de l'office, au premier maître d'hôtel; et cela fait partie de leurs droits. H en est de même chez le roi et M. le dauphin. C'est ce qui fait que ces grandes charges sont si chères et si lucratives. Il me semble que celle du grand écuyer, qui est M. le prince Charles de la maison de Lorraine, coûte deux millions de livres; et c'est le roi qui reçoit cette finance. Lorsque ceux qui sont pourvus de ces charges meurent, ceux qui leur succèdent paient une pareille finance. Cela paraîtra extraordinaire à Votre Majesté, mais c'est presque de même de toutes les charges en France, tant civiles que militaires; et cela est fort bien

*) La fille du fameux peintre, alors & Dresde; Loss en parle aussi dans sa dépêche du 25 novembre: „M. le maréchal de Saxe", dit-il, „a touché* un mot à M* de Pompadour au sujet de M"* de Sylvestre, mais on n'a pas trouvé la chose praticable 14 Mademoiselle de Sylvestre obtint cependant la place de première femme de chambre de la dauphine.

HT LK PÉTABD DR MaITHICE. 103

imaginé; il n'est question que de trouver des gens aussi

ambitieux et aussi riches pour faire.de ces choses-là; et, ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'il s'en trouve toujours mille pour une place, quelque chère qu'elle soit. Mai s c'est entretenir trop longtemps Votre Majesté de ces choses ; et je m'aperçois que j'abuse des Ses bontés. J'aurais bien désiré que cette occasion m'eût procuré celle de baiser la main à Votre Majesté; mais l'on n'a pas voulu me le permettre ici, et l'on s'est figuré que j'étais nécessaire, pour me porter en Flandre au moment qu'il serait nécessaire; car l'on a quelque soupçon que les alliés voudraient nous rendre ce que nous leur avons fait l'année passée, à quoi je ne vois cependant aucune apparence. J'ose prendre la liberté d'assurer Votre Majesté de ma fidélité à ma prochaine maîtresse, que je servirai avec le zèle que j'ai voué, pour toute ma vi©> à Votre Majesté et à tout ce qui lui appartient. C'est avec ces sentiments, ainsi que ceux de mon très-profond respect, que je ne cesserai d'être, Madame, de Votre Majesté le trèshumble, très-soumis et très-obéissant serviteur et sujet

•M. de Saxe.

Selon son habitude, Maurice confia ces lettres à Bruhl; il n'eut que le temps d'accuser réception des missives du 8 *) et du 16 novembre2) qu'il avait reçues trois jours auparavant. Cependant le contenu qui demande un détail réfléchi, le préoccupe déjà sérieusement, on le voit, et il n'est pas éloigné d'admettre

») Voyez page b7.

■) Voyez page i)3.

Le couriukr des modes

que la cour de Vienne pourrait bien ne pas se tromper tout- à -fait, en accusant, comme Bruhl l'avait écrit en secret, Messieurs d'Argenson et un faux système qu'ils auraient adopté, d'être cause qu'on n'en pouvait venir à un accommodement.

A Versailles, le premier décembre (1746.)

Monsieur ,

Je ne ferai qu'accuser aujourd'hui à Votre Excellence la réception des lettres dont Elle m'a honoré, du 8, et du 16 du mois passé, que mon courrier m'a remises.

Le départ de celui que la cour de France envoie à . M. le marquis des Issarts est si précipité, que je n'ai pas le temps de répondre sur le contenu de ces deux* lettres, qui demandent un détail réfléchi. La cour de Vienne pourrait bien ne pas se tromper tout- à -fait. Basta. —

Je prie Votre Excellenco d'être persuadée que je suis avec Elle, comme on est avec une coquette aimable ; on se brouille avec elle souvent, mais l'on se raccommode, et on s'aime toujours.

Je la remercie de la lettre qu'Elle a bien voulu écrire à M0 la princesse de Holstein. Nous verrons ce qu'elle opérera. M. de Loss aura l'honneur de lui rendre compte, par ce courrier, que Sa Majesté très-chrétienne désirerait fort que M0 la dauphine pût arriver vers le 10 février. J'en entretiens la reine fort au long par l'incluse que je prie Votre Excellence de vouloir bien lui remettre, et qu'elle voudra bien vous communiquer; la brièveté du temps ne me permet pas d'en faire ici une répétition. J'aurai l'honneur d'écrire plus amplement à Votre Excellence, par le premier courrier que M. le comte de Loss

ET LE PETARD DE MaUHiCE.

lui dépêchera. Je prierai seulement dans celle-ci Votre Excellence d'être persuadée de mon sincère attachement. Je vous ai toujours aimé tendrement, et pourrais vous chanter cette chanson de feu M. le duc d'Orléans :

„ Reviens, Philis, en faveur de tes charmes, Je ferai grâce à ta légèreté."

M. de Saxe.

En attendant, les négociations avaient marché à Varsovie. On était tombé d'accord sur les points principaux du contrat de mariage et il ne restait qu'a s'entendre sur quelques questions secondaires. Bruhl adressa, à cet effet, le 26 novembre, une volumineuse expédition au comte de Loss et écrivit par le même courrier au maréchal de Saxe:

A Varsovie, ce 26 Novembre 1746.

Monseigneur,

Je profite du retour d'un courrier de France, qui est porteur d'amples dépêches à M. le comte de Loss, pour vous renouveler, Monseigneur, les assurances de mes respects, et pour vous adresser ci-jointe une lettre du roi. Votre Excellence voudra bien agréer d'ailleurs que je La renvoie encore aux informations que M. le comte de Loss Lui donnera d'après les dépêches qu'il reçoit, au moyen desquelles presque tout est déjà arrangé. Le reste pourra aisément l'être de même, avec votre protection, Monseigneur. Epargnez-nous entre autres, si cela se peut, l'embarras de la visite du duc de Richelieu avec son monde.

Lb courrier des modes

Le départ de Leurs Majestés étant fixé au 12 du mois prochain, et celui des princesses 4 ou 5 jours après, les suites de la cour et les. ministres étrangers commencent déjà à défiler, et nombre de seigneurs polonais nous suivront pour assister aux solennités des noces.

Rien ne nous serait plus agréable que d'y servir aussi Votre Excellence.

Je suis, avec le respect et l'attachement le plus parfait, etc.

BRuni»

Le maréchal de Saxe et le comte Loss firent tout ce qu'ils purent pour détourner l'ambassade extraordinaire du duc de Richelieu. Mais leurs représentations arrivèrent trop tard; ni le marquis d'Argenson, ni la marquise de Pompadour, n'osèrent en parler au roi de France qui „ avait pris son parti de cette mission" après avoir nommé son favori, le jour même où le courrier du marquis des Issarts avait apporté la réponse affirmative de Varsovie. Tout ce que l'on put faire, ce fut d'empêcher une visite que le duc avait pensé rendre préalablement à Berlin1); idée que lui avaient donnée M. de Voltaire et Me du Chàtelet.

Le duc de Richelieu partit de Paris le 9 décembre,

l) Bruhl s'en montra enchanté: „Votre Excellence — écrivij-il à Loss — a très -bien fait d'avoir dissuade M. le duc de Richelieu, du dessein que M. de Voltaire et M« du Chàtelet lui avaient suggéré, de rechercher une

commission, pour la cour de Berlin, relative à un entendement plus particulier avec nous."

BT LE PÉTAHD DE MaTTRIC*. 107

emmenant, entre autres avec lui, le comte de Paulmy, fils ainé du marquis d'Argenson.

Ce fut le lendemain du départ de Richelieu que Maurice prit la plume pour expliquer, dans une dépêche secrète qu'il adressa au comte de Bruni, la situation du gouvernement français et des affaires en général. Quoique cette pièce mémorable ait été publiée en extrait nous ne pouvons nous dispenser de la reproduire ici in extenso, en soulignant, pour tout commentaire, les passages qui nous ont paru les plus significatifs.

Paris, le 10 décembre 1746.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 26 du mois passé'2) et qui m'est venue par la voie du courrier de M. le marquis des Issarts.

Il nous a été impossible d'empêcher le départ de M. le duc de Richelieu. Le temps était trop court et M. le duc de Richelieu avait déjà pris congé de tout le monde. Les dépêches de ce courrier l'ont fort alarmé. Il m'est venu voir, avant- hier, et m'a conté ses peines. Il m'a dit qu'il s'était chargé de cette commission, dans l'espérance qu'elle serait agréable, et qu'il voudrait que les hussards le prissent en chemin pour qu'il n'arrivât pas chez nous. (Cela pourrait bien arriver, car l'on n'a

>) Voyez „Die Geheimnisse des uachsiachen Cabiuets." Stuttgart 1866, T. I, p. 132.

«) Voyez page 105.

108 Llî COtTRBIEB DES MODES

pas pris ici de précautions pour l'empêcher.) Ne pouvant pas parer à cet envoi, j'ai fait ce que j'ai pu pour le tranquilliser et pour vous mettre à l'aise. Je lui ai dit qu'il n'y avait rien contre lui personnellement; mais que comme c'était une ambassade solennelle, l'on craignait les prétentions de l'ambassadeur, et que M. de Monti nous avait si cruellement vexés que toute la cour en était encore farouche. „ Hélas, mon Dieu!" m'a-t-il répondu, „je ne prétends rien ; je me suis chargé d'une commission honorable et que j'ai crue agréable; je désire de plaire au roi, à M. le comte de Bruhl et à toute la cour; et voilà tout. Je ne suis chargé de rien de plus et je ne resterai que le temps qu'il faut pour amener cette princesse tant désirée, avec la dignité et les respects que je dois à Leurs Majestés et au roi, mon maître." Je lui ai dit à cela, pour me charger de l'inimitié qu'il pourrait concevoir contre des Issarts, que le roi, par bonté pour moi et par la crainte du cérémonial, avait désiré que je fusse chargé de cette commission. A quoi il m'a répondu: „Mais ce qui a donné l'exclusion à M. des Issarts, vous la donne aussi. Des Issarts n'est pas né Français; il est d'Avignon et sujet du Pape. D faut que ce soit un Français né sujet du roi/' On m'avait déjà donné cette raison avec

celle de mes occupations militaires, qui ne sont point des inventions ; car je vous assure, entre nous, que s'ils ne m'avaient pas, ils ne sauraient où donner de la tête. Hommes, argent, rien ne leur manque, abersiewissen es nicht einzurichten1/ Outre cela , les troupes et T Etat ont une confiance en moi, qui entretient tout dans

') Mais ils ne savent pas s'y preudre.

ET LX PÉTAHD DE MaCTUCE. 109

f espérance, et cela fait beaucoup pour le maintien intérieur de ÏEtat et la tranquillité de la monarchie. Vous voyez bien que je ne vous boude plus, puisque je vous parle comme cela.

Revenons à nos moutons. M. le duc de Richelieu part dans l'intention de plaire à la cour et de vous plaire en particulier. Il ne vous tourmentera pas sur le cérémonial. Le roi de Prusse avait désiré de le voir ; il n'a pas voulu y aller, pour ne pas sentir le Prussien, en vous arrivant. Il veut faire sa cour; rendre la commission honorable, et amener la princesse, voilà tout; et tout cela ne doit ni vous effaroucher, ni vous déplaire. Les dsirgenson branlent au manche, comme Ion dit. Celui des affaires étrangères est si bête que le roi en est honteux. Celui de la guerre veut faire le généralissime et n'y entend rien. Les tracasseries et les intrigues de cour l'appuient uniquement. Il va à la parade partout et ne fait pas sa besogne, qui est immense ; moyennant quoi, tout va au diable ; les affaires ne s'expédient pas ; il est noyé par les affaires et ne peut plus se mettre au courant; il est haï; ses bureaux ne le secondent pas; et il se noie dans ses crachats. Cela me fait rire quelquefois (hé bien, me direz -vous encore que je ne vous- aime pas?).

Le roi, qui est sage et qui a plus de judiciaire qu'eux tous, le voit, et ne sait quel parti prendre, car nous avons de la gloire. Pour moi, qui n'ai pour toute arme que le bouclier de la vérité, f on me craint, le roi m'aime, et le public espère en moi.

Voilà, mon cher comte, un tableau de ce pays -ci. Il est impossible que cela dure. Je ne veux point me fourrer dans la mêlée car mon poste est bon et honorable;

Le courrier oks modkk

je ne le quitterai pas. L'on commence à soupçonner ici Messieurs dArgenson de ne pas vouloir sincèrement la paix. Cesl un pétard. Si Ton y met le feu, ils sauteront : car tout le royaume la veut, le roi, la cour et le clergé. Tous sont persuadés que Je la désire; et cela est vrai. Mais f ai beau faire, si ces Messieurs font naître des incidents, je ne puis rien. J'ai tâté le marquis sur ce que vous m'avez écrit en dernier lieu i). Il est éloigné d'entendre*) à rien qui vient de la part de la cour de Vienne, et dit des choses là-dessus fort étranges. Les deux frères paraissent toujours être brouillés, mais l'on commence à croire qu'ils s'entendent Il faudra voir ce que tout ceci deviendra. Ce qu'il y a de certain est, que nous pouvons faire la guerre encore longtemps, et que les autres s'en lasseront plus tôt que nous; mais, en même temps, le roi et la France désirent la paix; le roi, parce qu'il ne songe pas à s'agrandir, et le royaume, pour être tranquille et jouir des délices de la vie.

Brûlez cette lettre, je vous en conjure, en présence du roi; je veux avoir un témoin comme lui. Vous voyez bien que mon attachement pour lui me fait sortir un peu des bornes de mon devoir 3).

Friesen plaît extrêmement ici ; je crois que l'on lui donnerait volontiers le grade de brigadier. J'ai répondu à cela qu'il avait un régiment en Saxe et qu'il ne quitterait pas le service.

i) Voyez la lettre de Bruhl, du 8 novembre, page 87.

») C. à d.: H fait la sourde oreille dès qu'on lui parle de Vienne.

») Non» reproduisons cette pièce d'après la copie authentique que Bruhl en avait gardée, après avoir brûlé la lettre autographe de Maurice.

KT LK PÉTA RI» DK MAURICE.

L'on m'a répondu, que cela n'était pas incompatible, que les Suédois servaient bien en France et en Suède en même temps, et que ce pouvait être la même chose pour la Saxe, tant que le roi de Pologne voudrait bien le permettre; sauf à le rappeler lorsqu'il le jugerait à propos. Réponse à cet article, je vous prie ! ») Adieu. Je finirai cette trop longue lettre sans cérémonie. J'espère qu'elle vous plaira, au moins autant qu'une où il y en aurait.

M. de Saxe.

La lettre que Maurice écrivit le même jour au roi de Pologne est inédite, et se réfère à celle qu'on vient de lire:

A Paris, le 10 de Décembre 1746.

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