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paix, ni la France, ni l'Europe ne purent le distraire de cette sollicitude paternelle. On le comprend; la figure gracieuse et sympathique de Marie - Josèphe exerce aujourd'hui encore, cent ans après sa mort, un charme irrésistible sur ceux même qui ne la connaissent que par ses lettres et par les pastels de La Tour. Sans vouloir raconter l'histoire de sa vie, nous n'avons pu nous refuser de glaner quelque' peu dans nos dossiers, dans l'espoir d'y recueillir quelques traits oubliés de ce qu'elle appelait son pèlerinage ici - bas.
Louis XV et le dauphin s'acquittèrent le jour môme et le lendemain de la noce du devoir d'annoncer le mariage au roi et à la reine de Pologne.
Le roi de France écrivit à Auguste III :
Monsieur mon frère, La satisfaction avec laquelle je m'occupe depuis longtemps du mariage de mon fils le Dauphin, avec la Princesse, fille de Votre Majesté, ne pouvait être augmentée, que par le plaisir que j'ai do le voir accompli. Il a été célébré aujourd'hui : je suis assuré que cette nouvelle causera autant de joie à Votre Majesté, que j'en ai a lui en faire part. Les qualités que j'ai déjà eu occasion de reconnaître dans la Dauphine, ma fille, étant très -capables de fortifier l'amitié qu'elle m'a inspirée, Votre Majesté doit être persuadée du désir que j'aurai toujours de contribuer au bonheur de cette Princesse; je souhaite que Votre Majesté le soit également du plaisir avec lequel je profite de cette occasion, pour lui donner une nouvelle assurance de l'amitié que
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j'ai pour elle. Je suis, Monsieur mon frère, de Votre Majesté bon frère
A Versailles, le 9 février 1747. Louis..
Le dauphin envoya à son beau -père le billet olographe que voici :
Monsieur,
Je ne puis trop souhaiter que Votre Majesté soit parfaitement convaincue de mes sentiments pour elle. Ainsi ma satisfaction dans mon mariage avec la Princesse, tille de Votre Majesté, s'augmente infiniment par la considération que dorénavant j'aurai fréquemment lieu de vous en renouveler les témoignages. Votre Majesté y verra toujours l'attachement le plus sincère accompagné d'une tendre reconnaissance du titre, si cher pour moi, que par mon mariage j'acquiers auprès d'elle. Je suis, Monsieur, Votre très- affectionné frère et beau -fils A Versailles, le 10 février 1747. Louis.
Ces lignes nous ont glacé, avouons le, tout en piquant notre curiosité. Ont-ils été heureux, nous sommes nous demandé, ces deux enfants qu'on avait mariés sans leur donner le temps de se connaître? — Que sait- on de la vie intime des parents de Louis XVI? La pourpre et l'hermine ont- ils suffi à les garantir des misères de l'humanité? ou bien ces enfants de rois ont-ils été soumis, eux aussi, à la loi commune qui condamne l'homme à souffrir et à lutter ici - bas ?
Maurice avait dit vrai : ce fut un sacrifice, un double
sacrifice, qui fut consommé dans cette chambre nuptiale,
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remplie de femmes et de prêtres ; et cette cérémonie de la mise au lit, fat de fait encore plus terrible qu'en apparence. On avait tellement précipité le mariage que les peintres et les tapissiers n'avaient pu achever l'appartement que le roi destinait aux jeunes mariés. Le dauphin fut obligé de passer sa seconde nuit de noces dans la chambre qu'il avait partagée avec la première dauphine. 11 n'y avait que quelques mois que la petite Madame avait vu le jour dans cette chambre; il n'y avait que quelques mois aussi que , dans ce même lit, Marie -Thérèse avait rendu le dernier soupir. Qu'on se réprésente la cruelle position du jeune prince, se retrouvant en ces lieux, sanctifiés pour lui par des souvenirs si lugubres et si récents à la fois, avec une étrangère qu'on l'avait forcé d'épouser, sans lui donner le temps de sécher ses larmes.
„Rien ne ipe fera oublier Marie -Thérèse," avait-il écrit à Madame de Brancas. Il ignorait qu'une déplorable imprudence avait livré le secret de son coeur à la jeune femme, qui, dans toute la majesté de son innocence, se trouvait, seule pour la première fois, avec celui qu'elle avait juré d'aimer toute sa vie. Victimes tous deux d'une implacable raison d'Etat, la nuit de leurs noces, ils durent marier leurs larmes! Le dauphin, dès qu'il se vit débarrassé de cette foule qui avait envahi le sanctuaire conjugal, ne put se maîtriser; il pleura, et la dauphine, ne sachant comment le con-