‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 37 sur 103 · PUIS LA LUNE DK MIKI · texte numérisé non relu

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poussée enfin par son mari, est-il surprenant que Marie- Josèphe se soit réfugiée dans les bras de la seule personne de son rang, qui lui témoignât de la sympathie? Ce fut Madame Henriette qui, avec une sollicitude toute maternelle, prit la jeune étrangère sous sa protection; la dauphine elle-même nous dira, en son temps, ce que cette belle-soeur fut pour elle. Loss ne le devina pas; il se méfiait de Madame Henriette, et l'amitié qui unissait les deux jeunes princesses lui paraisait pleine de dangers pour la dauphine.

Voici comment il envisageait la situation de Marie- Josèphe, un mois après son arrivée en France :

Cette aimable princesse se fait adorer dans ce paysci Mais malgré la pénétration dont elle est

douée elle se trouve dans une position bien délicate, dont les personnes bien au-dessus de son âge auraient de la peine à se tirer, sans heurter les uns ou les autres. Il s'agit d'une part, de suivre les inclinations de son époux, et de se conformer, autant qu'il est possible, aux sentiments de M. le dauphin, qui est dominé par la reine; et de l'autre part, de complaire au roi très-chrétien et de ménager la maîtresse; choses qui sont très -difficiles à concilier, les inclinations du premier ne s'accordant pas tou jours avec celles de son fils, et la dernière étant détestée de la reine, quelque belle mine qu'elle soit obligée

de lui faire extérieurement Je laisse à juger à

Votre Excellence de l'effet que doit produire ce contraste sur l'esprit de cette jeune princesse, et, si l'embarras où elle se trouve ne doit pas la rendre timide, réservée et

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incertaine dans ses démarches Malgré tout cela

elle se conduit comme un ange en tout ceci." ')

„Nous appréhendons la jalousie de la reine

et son mauvais caractère, ainsi que les artifices de sa chère favorite, Madame Henriette, qui est une caillette; nous craignons que* Madame la dauphine ne se laisse emporter par ces caresses déguisées, que ces deux rivales emploient pour s'emparer de son esprit et la faire donner dans le panneau."*)

Ces extraits expliqueront les lettres dans lesquelles le maréchal de Saxe rendit compte, à son tour, de ces tracasseries, de ces petits chiffonnages , comme il les appelle.

Maurice écrivit au roi, son frère :

gjRB A Paris, le 6 mars 1747.

. J'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait la grâce de m écrire le 21 février; et c'est avec une satisfaction, que je ne saurais exprimer, que j'y vois les marques du contentement que Votre Majesté veut bien me faire paraître sur la façon brillante dont Madame la dauphine a débuté dans cette cour, on peut môme dire dans toute la France, car il n'y a province, ni ville si reculée dans ce royaume, où la satisfaction n'ait éclaté et je n'ai rien vu de si universellement approuvé.

Nous avons un petit peu de chifibnnage de cour, où chacun cherche à s'emparer de Madame la dauphine, et l'amour de ce peuple-là n'éclate que par des traits de ja-

>) Dépêche du comte Lo»s, du 2 mnr» 1747. «) Dépêche du 5 mai* 1747.

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lousie les uns contre les autres; comme l'objet est le désir de plaire à cette princesse, elle*) n'est pas bien dangereuse. Cependant il y a des personnages desquels il faut que notre princesse se gare, et qui ont intérêt à ce qu'elle n'ait pas le crédit que je prévois qu'elle aura. Pour une part, c'est la reine, qui voit de jour en jour diminuer sa cour (il faut y comprendre toutes les personnes qui l'environnent) ; pour l'autre, c'est Madame Henriette, à qui Madame la dauphine fait tort par son rang, par le brillant de sa cour, et, sur toutes choses, par l'affection du roi. Cette princesse est autant haïe dans cette cour, que Madame la dauphine y est adorée. Elle a le caractère do la reine, sa mère, rempli de petites finesses et cherchant toujours à tracasser; elle s'est alléchée auprès de Madame la dauphine et lui a déjà fait faire quelques petites démarches, dont elle ne s'est pas défiée ; cela a été au point que le roi à lavé la tète à Madame Henriette, et lui a dit, qu'il la priait de ne point donner des impressions fausses à Madame la dauphine, de l'aimer et de la respecter, mais de ne point s'aventurer à lui donner des avis et à la conseiller ; que son discernement la conduisait très -bien, et que les femmes, qu'il avait placées auprès d'elle, étaient faites pour cela. Il a fait dire en même temps à Madame la dauphine par Madame dePompadour, qu'il la faisait prier de s'adresser directement à lui, lorsqu'elle désirait quelque chose, et surtout de n'y jamais employer Madame Henriette qui ne cherchait qu'à se faire valoir auprès d'elle et peut-être à la gouverner; ce qu'il verrait avec peine, pareequ'il avait beaucoup

») C. k d.: U jalousie.

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meilleure opinion de son discernement que de celui de Madame Henriette; et qu'il la faisait prier aussi de prendre confiance en lui. Madame Henriette a pleuré deux jours de cette aventure, et la cour de la reine en a été en déroute.

Madame la dauphine est au mieux avec le roi, et comme les reproches qu'à essuyés Madame Henriette ne viennent point Tl'ellei), elle n'y a rien perdu du côté de la reine, au contraire, elle y a gagné un peu plus de considération. Je suis toujours émerveillé de la manière prudente et adroite avec laquelle Madame la dauphine se tire d'affaire dans tout cela. Elle fut, il y a deux jours, longtemps dans le cabinet du roi, Mesdames y étaient, et j'y étais aussi. Le roi ne cessa presque de lui parler; il ne dit rien à Madame Henriette , pour la mortifier, je pense; et notre princesse se conduisit avec tant de douceur, d'agrément et d'affection pour le roi, que j'en fus attendri. Je peux bien prédire à Votre Majesté, sans être devin, que Madame la dauphine jouera le rôle, que Madame la dauphine défunte, mère du roi, jouait du temps de Louis XIV. Cette princesse gouvernait toute la cour par son esprit et par l'affection que Louis XIV lui portait.

Voilà, Sire, une partie des choses qui se passent à la cour de France. Mon départ pour les Pays-Bas m'empêchera de voir les choses d'aussi près et d'en rendre compte à Votre Majesté avec la même exactitude ; je serai cependant informé, de temps à autre, par M« de Pompadour, avec qui je suis en commerce de lettres.

•) Maurice veut dire, que la dauphine n 'avait pas provoqué les reproches que le roi fit à Madame Henriette.

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Madame la dauphine voudrait bien que le prince Xavier !) fit la campagne prochaine avec nous ; et je crois qu'il le désire aussi. Le roi de France partira vers la mi -mai, pour venir dans les Pays-Bas ; et ses équipages doivent y être arrivés, le premier de mai.

D y a des soupçons assez forts pour croire que Madame la dauphine est enceinte, et le roi s'en flatte; cependant 11 n'y a encore rien de certain, et l'on se le dit seulement à l'oreille. Quelques peu de jours augmenteront ces soupçons. Il y a un temps critique qui est passé, et nous crachons assez; les maux de coeur augmentent même, et deviennent plus fréquents; ainsi nous pourrions bien avoir un duc de Bourgogne dans le mois d'octobre ; c'est le voeu le plus ardent que fait toute la France; s'il a lieu, la considération que l'on a déjà pour , Madame la dauphine, en sera fort augmentée. Je serais très -flatté, si mes relations pouvaient amuser pendant quelques moments Votre Majesté et La persuader de mon sincère attachement avec lequel je ne cesse d'être, Sire, de Votre Majesté le très -humble et très - obéissant et trèssoumis serviteur et sujet

M. de Saxe.

M. de Huescar a reçu ses pouvoirs d'Espagne pour traiter de la paix avec le comte de Loss*).

Le lendemain Maurice ajouta, dans la lettre suivante qu'il adressa à Bruhl, quelques détails sur la négociation

') Le prince Xavier de Saxe, Becond fils d'Auguste III, entra en effet, mais en 1756 seulement, dans l'armée française.

*) Ce post-scriptum se réfère à la négociation secrète, à laquelle l'ambassadeur d'Espagne à Paria avait été initié.

LA LUHR ROIT88R.

secrète. On y retrouve le grand Maurice aux prises avec le petit Bruhl :

Monsieur, a Paris, le 7 de Mars 1747.

J'ai reçu les deux lettres dont Votre Excellence m'a honoré, dont la dernière était du 21 du passé.

J'ai tardé à Lui répondre pour profiter du départ de M. Le Fort, qui retourne en Saxe, et qui me fait espérer qu'il reviendra faire la campagne avec moi. C'est un honnête garçon, qui est fort aimé ici. Si Votre Excellence veut bien le charger de me faire passer les six officiers tartares, je lui ai donné toutes les indications nécessaires pour leur faciliter le voyage.

Je crois que notre dauphine est grosse, et le roi en est à la joie de son coeur, ainsi que tout le royaume. Cela n'est cependant pas encore déclaré ; l'on n'en sera certain que dans quelques jours d'ici.

M.Puysieux reparaîtra à la cour dans quelques jours; il est bien intentionné et s'est mon ami intime. M. de Richelieu est bien intentionné aussi, et Votre Excellence aura pu le voir par la dépêche à laquelle nous attendons réponse. J'aurais communiqué la lettre que Votre Excellence m'a écrite, à M. de Puysicux (et qui l'aurait flatté extrêmement), si une fausse honte ne m'en avait empêché ; et il faut que je la confie à Votre Excellence. Le titre à1 Excellence e6t une sorte de plaisanterie en France ; et lorsque le roi veut tourner en ridicule M. de Richelieu, il lui donne de l'Excellence. Exceptés les princes du sang, tout le monde me donne du Monseigneur, en France, sans Excellence. D'ailleurs on est accoutumé dans ce pays, ainsi que dans plusieurs autres, à regarder les en-

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