‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 38 sur 103 · PUIS LA LITXB DE MIEL · texte numérisé non relu

PUIS LA LITXB DE MIEL

fante de roi légitimés, comme princes; voilà les raisons qui m'ont empêché de montrer la lettre que vous m'avez écrite. Je ne vous demande rien; votre amitié me suffit; mais lorsque vous voudrez que je ne montre pas vos lettres, vous n'avez qu'à m'y mettre de l'Excellence, et vous pourrez être certain d'un secrèt inviolable.

J'écris longuement au roi sur nos chiffonnages de cour; il vous montrera peut-être ma lettre; je suis trop paresseux pour vous répeter les mêmes choses. Il suffit, que tout va bien et que Madame la dauphine est adorée de M. le dauphin , du roi et de toute la France. Il y a un peu de jalousie dans la famille, mais, au fond, on la trouve très- aimable.

Le secret de notre négociation se maintient. Ni les minisires français, ni les étrangers n'en savent pas le mot, à Texceplion de M. de Puysieux et de Huescar. La négociation de Portugal ') n'est rien, et n'est point du tout avancée, ainsi que M. deLoss aura pu vous l'expliquer plus amplement. Je pars, dans peu de jours, pour les Pays-Bas; nous verrons si le Cumberland aura les dents plus longues, qu'il y a deux ans.

Recevez les assurances de ma tendre et sincère amitié

M. de Saxe.

Ces lettres de Maurice, représentaient, au naturel, selon Loss, „la situation où se trouvait Me la dauphine."

') La négociation (le Port hçgI était une négociation entamés entre l'Autriche et l'Espagne, Le cabinet de Lisbonne, après la mort de Philippe V d'Espagne, avait voulu jbuer le rôle de médiateur ; mais on s'en méfiait, en France, parce qu'on regardait le Portngal comme entièrement dépendant de l'Angleterre.

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Ni L088, ni Maurice ne se doutaient de toute la vérité; mais le peu qu'ils en savaient, suffirait pour expliquer la mélancolie dont à cette époque la correspondance de la dauphine est empreinte. Elle ne se plaignait pas ouvertement; mais, involontairement, en laissant courrir sa plume, il lui échappe des mots qui ne font que trop deviner la tristesse amère de son début. Le 15 avril, par exemple, peu de jours après une explication avec Me de Pompadour, elle écrit à son frère Xavier: „. . . que je te remercie de m'avoir prouvé, par ta bonne lettre, que tu n'as pas oublié entièrement la pauvre Pepa" l) . . . . . . „ A toi jusqu'à la tombe, où je serai bientôt," ditelle, en terminant. Une autre fois elle signe, en français, en toutes lettres: „ Marie -Josèphe, la triste.11

Avec cela elle était enceinte; on l'espérait du moins, et „la faculté et les matrones" la tourmentaient de prescriptions et de précautions; ces espérances se soutenaient encore, lorsque le maréchal de Saxe, le 27 mars, quitta la cour pour ouvrir, en Flandre, sa quatrième campagne.

Peu de semaines après, le 4 mai, Maurice, au milieu des fêtes et des comédies dont il régalait ses officiers à Bruxelles, manda gaiement à son frère : . . . „je tiens de nouveau le loup par les oreilles. Nous nous sommes amusés, en attendant l'ouverture de la. campagne, h prendre la Flandre hollandaise M. de Cumber-

») . . . „die arme Pepa."

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land est avec cent- vingt mille hommes dans les environs d'Anvers; il menace d'assiéger cette place. J'ai ordonné à Loewendal de s'y rendre, pour la défendre. Si le duc de Cumberland en entreprend le siège, il pourrait bien

se faire qu'il n'en revînt pas à son honneur; en

attendant je n'ai pas encore voulu assembler

l'armée; je le laisse faire" 1).

Lorsque Louis XV, le 1er juin, arriva à Bruxelles, les Anglais avaient abandonné le projet d'assiéger Anvers et les deux armées commencèrent les opérations qui aboutirent à la sanglante journée de Lawfeld. Le dauphin, dont Marie- Josèphe encourageait l'ardeur guerrière , aurait désiré accompagner le roi , mais les espérances dont nous avons parlé s'étant évanouies, on jugea trop précieux les jours du fils unique de Louis XV pour l'exposer une seconde fois aux hasards de la guerre, comme à Fontenoy.

Le jeûne couple resta donc à Versailles. „M. le dauphin, Madame la dauphine et Mesdames vivent

tous quatre dans l'union la plus grande," inscrit le duc de Luynes dans son petit journal2)-, „il y a jusqu'à présent beaucoup d'enfance dans cette société." De paisibles promenades à Meudon formaient les événemens de cette existence, dont la monotonie n'était interrompue que

') Voyez, dans notre recueil, la lettre de Bruxelles, en date du 4 mai 1747 (LXXXV).

») Mémoire» du duc de LuyneB, T. VIII, p. 366, 3 mai 1747.

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par les courriers de l'armée. Ces courriers arrivaient rarement sans une lettre de la main du roi pour Marie-Josèphe et, grâce à M° Dufour, première femme de chambre de la dauphine, nous possédons quelques fragments de cette correspondance. Le roi, dans le premier billet qu'il expédia de Bruxelles, le 5 juin, demanda à la dauphine la permission de l'appeler, comme le faisait le dauphin, du petit nom, diminutif de Josèphe, qu'elle avait porté à Dresde:

„ Je vous embrasse, chère Pepa, de tout mon coeur," écrivit Louis XV, „je crois que je puis aussi vous appeler comme cela."

Cette faveur lui fut accordée avec joie, comme le fait deviner le petit mot suivant, que le roi adressa, le 11 juin, à sa belle-fille:

yotre soeur1), chère fille, sera mariée quand vous recevrez cette lettre; ainsi je vous fais mon compliment de tout mon coeur. L'électeur sera bien heureux si elle vous ressemble. Je suis aussi aise que vous de vous appeler ma chère Pepa. Les bonnes nouvelles que vous me mandez de votre santé me font grand plaisir. Je ne serai pas fâché non plus de vous trouver, à mon retour, maigrie, surtout par en haut. L'on a bien fait de vous empêcher de suivre la procession. Adieu, ma très -chère Pepa, je vous embrasse de tout mon coeur et je vous prie de ne pas douter de ma tendresse extrême

>) Mfiric-Anno do Saxe, qni vennit d'épouser l'olecteur de Bavière.

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