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J'ai tardé à répondre à la lettre que Votre Majesté m'a fait la grâce de m'écrire à la fin du mois passé, (et que j'ai reçue pondant le séjour que j'ai fait à Bruxelles) pour être en état de vous rendre compte, Sire, de la santé de Madame la dauphine et de l'augmentation de ses charmes. Cette princesse a grandi et embelli et est plus formée de tout point. Elle continue de plaire do plus en plus ; M. le dauphin l'aime un peu trop ; il y a des bouderies et des colères même dont eHe sait très -bien profiter; et elle passe pour une personne habile, parmi les femmes ; ce qui est un cours de philosophie qui leur est particulier et dont nous ne faisons que nous douter. Madame de Brancas l'aime à la folie. La reine m'a dit hier que plus elle la connaissait, et plus elle lui devenait chère et plus elle l'aimait; et réellement elle est charmante.
M. le duc de Gèvres m'a montré une belle boîte où est le portrait de Votre Majesté qui est très -bien; il m'a dit qu'il était de Mademoiselle Sylvestre; mais je n'en crois rien ; il m'a paru trop bien peint. M. et Madame la dauphine m'ont montré les porcelaines que Votre Majesté leur a envoyées, dont ils font grand cas et qui sont belles. Je n'avais pas encore vu des peintures en camaïeu vert. Au reste l'on est plus fou de la porcelaine de Saxe dans ce pays-ci qu'on ne l'a jamais été, et j'en vois partout; l'on ne fait plus de cas de celle des Indes.
Je compte faire un tour à Chambord pendant le voyage de Marly; après quoi je ne tarderai pas à retourner dans mon commandement des pays-Bas que l'on prétend m'arranger à ma satisfaction. Il y avait eu quel-
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Marie- Jon'-phc avîjit beau „ grandir et embellir.** la lune romae, le* „ bouderie* et les colères," duraient toujours et. h» petites jalousies de cour continuaient à assombrir son existence. Ce fut, sans doute, dans un de ' • h mom< uts de spleen que Maurice revit la dauphine, au moi» Me février 1718. Le maréchal ne parait pas avoir été trop bien reçu, cette fois-ci; il trouva sa nièce „uu peu boutonnée avec lui" et il s'en plaignit, avec sa bonhomie habituelle, dans la lettre suivante, curieuse hou» plusieurs rapports:
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„ A Versailles, le 10 de février 1748.
oere,
J'ai reçu, il y a quelques jours, la lettre que Votre Majesté m'a fait la grâce de m'écrire au commencement de cette année. J'ai été faire un tour à Chambord, ce qui a fait que je ne l'ai pas reçue plus tôt; j'ai fait router») ce pays -là comme Hubertsbourg, mais en petites routes et en plus grande quantité; il n'y a que deux cent pas d'un carrefour à l'autre, ce qui fera qu'on sera plus près des chiens. Cela n'a pas fait grand dommage au bois, car il n'y en a pas en grande quantité ; ce sont tout des bruyères et des genêts si prodigieusement hauts que l'on n'y voit pas un homme à cheval. Cela plie partout sous la botte et l'on pourrait y courrir en bas de soie, comme l'on dit, si n'étaient les trouâ de lapins et les boutis de sangliers. Les perdrix y tiennent comme au mois d'août ailleurs, et j'en ai tué quelques-unes, devant le chien couchant, qu'il fallait faire piller pour les faire partir; mais ce sont des rouges, car les grises ne tiennent pas.
Je vois, par la liste que Votre Majesté m'a envoyée, que les routes n'ont pas chassé de la forêt les fauves et les sangliers, ainsi que le prétendaient les apôtres de la vénerie allemande qui n'aiment pas la Franzôsische Manier'*) ; je suis enchanté que les routes aient réussi et que Votre Majesté jouisse de l'agrément qu'elles donnent. Quand pourrai - je avoir le bonheur de faire ma cour à Votre Majesté à Hubertsbourg? J'espère que cette campagne sera la dernière, si elle nous est heureuse, car enfin
') Maurice, employant ce verbe h »n guise, veut dire qu'il a fuit percer la forêt de Chambord d'avenues pour la chasae a courre. 2) La manière franyniso.
202 La lcmc bocmk,
il faudra bien que la raison prenne le dessus. Je suppose que nous voulons tout rendre, comme nous le disons, et jusqu'à présent j'assurerais bien que cela est sincère ; mais, en mangeant, l'appétit vient, comme l'on dit, et si enfin notre position est telle qu'on ne peut rien nous reprendre, je no répondrais pas que, pour s'indemniser des frais de la guerre, l'on ne voulût rien rendre, ce qui serait assez raisonnable. Mais Dieu veuille m'en préserver, car je ne prévois point* alors la fin de la guerre et j'en suis sait, comme l'on dit chez nous, uls tvenn ich es mit Loffeln gefressen hutte1).
Madame la dauphine se porto l'on ne peut pas mieux. Elle a grandi et engraissé ; elle est un peu boutonnée avec moi et ses politesses sont froides. Cela passera, et je ne lui en suis pas moins attaché.
Elle est obsédée par des gens qui n'aiment pas le roi ; elle est obligée de suivre le maintien de ce qui l'environne. C'est la faute du roi; il ne faut pas se conduire, dans sa famille, avec la délicatesse qu'on ji avec sa maîtresse; il faut vouloir et ordonner; avec sa maîtresse on ne fait que souhaiter. Et si le roi était de cette jeune cour deux personnes, que je sais bien et que tout le monde connaît, l'accord serait parfait et la tendresse réciproque.
Madame Adélaïde a la petite vérole ; elle s'est déclarée hier; on la dit de la bonne espèce et cette princesse jouit de la santé la plus brillante, ainsi il faut espérer que cela ne sera rien. Je tremble cependant pour M. le dauphin ; nous n'avons point de prince et ce serait un furieux malheur si vous venions à le perdre. Je crois que le roi
') Je suis nui*H»ié de lu guerre comme si j'en avais maugo h petite» cuillerée». (Proverbe allemand.)