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Je supplie Votre Majesté d'agréer les humbles assurances du très-profond respect avec lequel je suis, Sire, de Votre Majesté le très -humble, très -soumis et trèsobéissant serviteur et sujet
M. de Saxe.
Vers cette époque, la mort rompit le dernier lien qui attachait le dauphin au souvenir de sa première femme: la petite Madame , grêle et faible enfant, expira subitement, le 27 avril 1748. Cette mort parait avoir rapproché les jeunes époux. Maurice les vit, trois mois après, au mois de juillet, à Compiègne où il était allé passer quelques jours. Revenu à Bruxelles, il rendit compte de ses impressions à son frère, en ces termes:
A Bruxelles, le premier août 1748.
J'ai été, ces jours passés, à Compicgne où j'ai parlé à M. de Puysieux de l'affaire d'Erfurt'). Il m'a dit, que Votre Majesté ne devait pas douter que le roi très-chrétien ne s'employât avec plaisir pour tout ce que Votre Majesté pouvait désirer et qui pût tourner à son avantage; premièrement, par l'amitié et l'inclination que le roi, son maître, portait à Votre Majesté, et, en second lieu, par l'envie qu'ils ont ici de nuire à l'électeur deMayence; que, si cette affaire ne pouvait pas être portée au congrès, il donnerait des ordres au ministre de France, qui est à la diète de l'empire, de la favoriser de tout son pouvoir, et que, pareillement, dans toutes les occasions où il pour-
x) La Saxo avait, sur la ville d'Krfurt, d'anciennes prétentions; BruLl espérait pouvoir les faire valoir au congrès d'Aix-la-Chupellc.
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rait rendre des services agréables à Votre Majesté, il le ferait.
J'ai vu M. le comte de Loss à Compicgne, à qui il (Puysieux) a dit les mêmes choses, et il (Loss) doit en avoir rendu compte à Votre Majesté.
J'ai trouvé le roi et ses ministres fort contents de la paix; puisqu'ils le sont, je le suis aussi, carme voilà dehors d'une grande tribulation et je ne crois pas ju'on m'embarque (de nouveau) dans un pareil labyrinthe; je ne désire qu'à vivre pour moi, et pour faire ma cour à Votre Majesté.
Madame la dauphine engraisse et est fort bien. M. le dauphin l'aime beaucoup; mais c'est encore un enfant; il lui rend quelquefois la vie un peu dure. Mais avec la raison cela viendra ; elle a de l'esprit et s'en démêlera bien. Le roi lui parle avec amitié, et l'on voit qu'il l'aime autant, et plus peut-être, que ses propres enfants ; du moins lui parle -t-il plus souvent et lui fait-il toujours la bonne mine.
Nous sommes ici dans l'incertitude de l'arrivée des Russes; s'ils restent en Bohême, notre évacuation pourrait bien se faire à la fin de l'été; s'ils viennent dans l'empire, nous hivernerons ici.
L'on n'est occupé que de réformes à la cour, et à chasser. Je fais de même ; j'ai fait venir mes chiens et je me suis établi à Ter-Vuren, qui est à deux lieues d'ici, où je chasse le sanglier dans un parc qui est assez bon. C'est un ancien château que Saint Hubert a habité et où il est mort; on l'a exhumé d'ici et porté à Saint Hubert, abbaye qui est dans les Ardennes. Ce lieu me fait ressouvenir sans cesse do Hubertsburg où je désire bientôt faire
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ma cour à Votre Majesté et lui présenter mes hommages
et le très-profond respect avec lequel je serai toute ma
vie, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très-soumis
et très-obéissant serviteur et sujet *
M. de Saxe.
En somme, Maurice avait bien résumé la situation en disant: „ Madame la dauphine est fort bien, et M. le dauphin l'aime beaucoup." Ce ne fut pas seulement à Aix-la-Chapelle qu'on signa la paix, en 1748; on peut dater de cette année-là la paix qui régna désormais dans le jeune ménage, la lune de miel qui dura, sans interruption, jusqu'à la mort du dauphin.
En 1749, au moment où Maurice quitta Chambord pour faire ses dernières visites à Dresde et à Berlin, la faculté envoya la dauphine à Forges, et son retour à Versailles coïncida avec celui de Maurice. Le maréchal fut enchanté de revoir Marie- Josèphe et la joie de la retrouver changée à son avantage, éclate dans la lettre suivante:
A Versailles, le 26 août 1749.
Sihe,
Je suis arrivé ici le 15 de ce mois, ainsi que je l'avais promis à Sa Majesté très -chrétienne; mais je n'ai pas écrit plus tôt à Votre Majesté parce que ce n'est que depuis hier que j'ai pu entretenir Madame la dauphine; ayant été, depuis le lendemain de mon arrivée, avec le roi trèschrétien à la Meutte et à Choisy.
Cette princesse est revenue de Forges extrêmement changée à son avantage, tant à l'égard du corps qu'à
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l'égard de l'esprit. Elle s'est fait adorer de tout ce qui l'a accompagnée dans ce voyage, et on l'a trouvée changée ici du noir au blanc, si l'on ose se servir de ce terme vulgaire. Ce changement singulier s'attribue à ce qu'elle n'a point fréquenté Mesdames. Elle caresse le roi et en est caressée à son tour, ce qui ne laisse pas de causer de la jalousie. Le roi a coutume de descendre chez Madame la comtesse de Toulouse lorsqu'il soupe à son grand couvert, et Mesdames s'y rendent. Il est là, à son aise, avec ses enfants. Madame la dauphine l'a engagé, depuis quelques jours, à passer ses après-soupers chez elle; cela cause de la jalousie peut-être à la reine, à Mesdames et à Madame de Toulouse. J'attribue ce changement de conduite de Madame la dauphine, aux sages conseils de Mademoiselle Sylvestre qui a la confiance de Madame la dauphine. Enfin elle est charmante, et tout le monde la trouve telle. Elle n'a pas encore habité avec M. le dauphin depuis son retour de Forges; la faculté et les matrones l'ont trouvé prudent ainsi. Cela se passera à Choisy où nous allons aujourd'hui ; c'est-à-dire M. et Madame la dauphine y iront et y coucheront ensemble. L'on ne doute point qu'elle ne devienne incessamment enceinte. Je ne sais trop quelle raison ils ont pour le croire, mais apparemment ils ont (fait) des observations sur les effets de ces eaux.
Je me suis acquitté des autres commissions dont Votre Majesté m'a chargé, et le roi très - chrétien a été fort sensible aux assurances que je lui ai données des dispositions dans lesquelles Votre Majesté se trouvait à son égard.
Nous allons, le 10 du mois prochain, à Crécy, terre* qui appartient à M0 de Pompadour où le roi restera jus-
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qu'au 20. H partira le 2 octobre pour Fontainebleau, où je n'aurai pas l'honneur de le suivre. Je partirai quelques jours auparavant pour Chambord d'où je ne reviendrai qu'après la Saint -Martin, à moins qu'il n'y ait quelque chose au service de Votre Majesté où je puisse lui être utile, ne désirant rien au monde tant que les occasions qui peuvent me rendre digne des bontés de Votre Majesté et la convaincre de l'attachement et du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Sire, de Votre Majesté le plus humble, le plus fidèle et le plus soumis serviteur et sujet
M. de Saxe.
Pour ce qui est des eaux de Forges, Maurice avait deviné juste; l'effet ne se fit pas attendre; un an après, le 26 août 1750, la dauphine accoucha de sa première fille. Ce fut alors que Maurice, trois mois avant sa mort, vit sa nièce pour la dernière fois et put lui rendre un dernier service.
Ecoutons le lui-même:
gIRE^ A Versailles, le 5 septembre 1750 »).
N'ayant pu avoir l'avantage d'écrire à Votre Majesté par le premier courrier de M. le comte de Loss, j'ai attendu le neuvième jour des couches de Madame la dauphine, terme après lequel il n'y a plus rien à craindre pour sa personne. Elle a été en danger le quatrième, mais, grâce à Dieu, tout s'est rétabli le lendemain et elle
>) M. de Weber: Moritz, Graf von Sachsen, p. 263, a donné cette 'lettre in extenso; c'est probablement la dernière que Maurice écrivit k «ou frère: le maréchal mourut à Chambord, le 30 novembre 1750.