‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 44 sur 103 · PUIS LA. LUNE DR MTRL · texte numérisé non relu

PUIS LA. LUNE DR MTRL

se porte à souhait Sa douceur, sa constance et le courage qu'elle a fait paraître pendant un travail assez pénible, lui ont attiré la tendresse du roi et de toute la cour. Le roi lui a constamment tenu la main pendant le travail et l'on peut dire qu'elle est accouchée entre ses bras, aussi en suait -il à grosses gouttes. Il faisait fort chaud ce jour-là et la quantité de monde qu'il y avait dans son appartement faisait que l'on y fondait. J'ai obtenu du roi et de la reine qu'il plût à Sa Majesté de lever toutes les entrées pendant neuf jours; ce qui a été du grand soulagement à Madame la dauphine, mais a fait crier tout le monde parce que cela est contre l'étiquette et n'a jamais été pratiqué. Ma principale raison a été le danger qu'il y a d'approcher une femme en couches avec des odeurs, et tout le monde en a ici peu ou beaucoup. Les habits en sont imprégnés, et les sentent toujours quoiqu'ils disent qu'ils n'en mettent point Enfin, Dieu merci, la voilà bien portante, et en train de donner une postérité nombreuse à la France

Le duc de Luynes, en parlant de ces premières couches de Marie-Josèphe, trace du dauphin un nouveau portrait dans lequel on a de la peine à reconnaître l'enfant gâté et ennuyé de 1747:

„ La santé de Madame la dauphine va aussi bien qu'on peut le désirer ; elle commença hier à avoir un peu d'émotion et elle eut de l'étouffement Ce sont des accidents ordinaires, mais M. le dauphin en était alarmé. On ne peut assez parler des marques d'attention et d'intérêt qu'il donne à Madame la dauphine ; il passe la journée auprès

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d'elle et est occupé de tout ce qui peut l'amuser ; on peut dire, sans flatterie, qu'il a le coeur bon, l'humeur gaie, l'esprit vif et orné, la repartie prompte, beaucoup d'imagination, les manières agréables, un désir de plaire, naturel et simple, et beaucoup de piété •).

En se pliant entièrement à l'humeur du dauphin 2), en se glissant insensiblement dans ce coeur blasé avant l'âge, en combattant de son angélique douceur, Tégoïsme qui allait engourdir son époux, Marie -Josèphe l'avait transformé; elle en avait fait un homme; et ce prince aurait dignement porté la couronne de Saint Louis, si la Providence avait voulu le soumettre à cette épreuve.

L'union des deux époux ne put que croître et se raffermir par l'événement qui, le 13 septembre 1751', combla les voeux de la nation française. Voici en quels termes le chargé d'affaires de France, annonça la naissance du duc de Bourgogne à la cour de Dresde:

Madame la dauphine, en comblant les voeux du roi, mon maître, assure la gloire, le repos et le bonheur de la France. Cette princesse qui se porte parfaitement bien, est accouchée le plus heureusement du monde le 13 d. c, à une heure et demie du matin. Kilo avait pris médecine le dimanche matin ; elle se coucha à son ordinaire sans se plaindre. A une heure elle sent quelques légères dou-

») Mémoire» du duc de Luynea, T. X, p. 323, du samedi 29 (septembre 1750).

') D'Argenson (mémoires T. III, p. 149) dit, en parlant de Marie -Josèphe: „ElIc ne le gouverne pas comme l'autre (Marie-Thérèse d'Espagne), mais elle s'est pliée entièrement a son humeur."

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leurs, et, sans dire gare, elle nous donne un prince. Le roi, la reine, Mesdames ne vinrent qu'au moment que Madame la dauphine était délivrée ; tellement que M. le dauphin prit doux porteurs de chaises qui étaient à l'antichambre, pour être témoins »).

Une grande douleur vint frapper la dauphine peu de mois après la naissance de son fils: Madame Henriette mourut en février 1752. Le chagrin que Marie- Josèphe éprouva de la perte de sa meilleure amie lui lit oublier la réserve qui depuis son arrivée en France avait bridé sa plume. Sûre qu'elle est maintenant de l'affection de son époux, elle peut tout dire à sa mère. Ecoutons ces confidences qui révèlent des années de luttes et de déceptions:

f Ce 19 février 1752.

Je suis bien fâchée, ma chère maman, de n'avoir pas pu vous écrire samedi dernier ; mais la cruelle situation où j'étais ne me l'a pas permis. Outre la douleur où j'étais plongée par la perte de Madame, j'étais encore obligée d'en cacher la moitié pour ne pas augmenter celle du roi et de M. le dauphin. Non, ma chère maman, rien n'est comparable à l'état où je me suis trouvée dans ce moment. J'aimais tendrement ma sœur. Je m'étais liée avec elle d'une amitié très- étroite, pour ainsi dire, dès le premier instant De plus, je lui dois le bonheur de ma vie; car, l'amitié que M. le dauphin a pour moi, je ne la dois qu'à ses soins, car je ne puis vous cacher que quand

') Extrait do la lettre de M. Boyer, chargé d'affaires de France, à M. le comte do Wackerbarth, datée de Weissenfdls, le 18 septembre 1751.

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je suis arrivée ici, il m'av.ait dans la plus grande aversion. Ou l'avait prévenu contre moi. D'ailleurs il était trèsfâché de me voir occuper la place d'une femme qu'il avait tendrement aimée; il ne me regardait que comme un enfant; tout cela l'éloignait de moi et me causait un chagrin mortel. Je tâchais, par une obéissance aveugle aux moindres de ses volontés, de lui prouver le désir que j'avais de lui plaire. Mais je n'avais pas beaucoup d'instants dans la journée, où j'aie pu le lui prouver, puisqu'il ne restait pas un moment seul avec moi; il faisait venir Mesdames, prenait Adélaïde avec lui et me laissait avec Madame. Elle voyait la douleur que me causait cette conduite. Elle ne m'en marquait rien, mais elle me conseillait sur ce que j'avais à faire, et puis, quand je n'y étais pas, elle parlait à M. le dauphin, lui peignait ma douleur et mon désespoir de ne pouvoir lui plaire; enfin elle fit tant qu'il prit pitié de moi et me traitait un peu mieux. Quand ollo eut gagné ce point, elle continua ses tendres soins et fit tant qu'à la fin M. le dauphin prit de l'amitié pour moi, et jusqu'à la tin do sa vie elle l'a toujours cultivée et augmentée. Voyez, ma chère maman, ce que sa perte doit m'avoir coûté, et cependant je n'ai pas osé me livrer à ma douleur, et il ne m'était permis que de penser à celle du roi, ne lui permettant pas de donner aucun ordre. C'est moi, malheureuse, qu'il a chargée de tout; si bien que j'ai été obligée d'ordonner tout pour le transport de son corps, pour le deuil et pour toutes ces tristes cérémonies. Vous connaissez la tendresse et la sensibilité de mon cœur. Vous pouvez juger en quel état il est réduit On a jugé à propos de me faire une petite saignée, parce que, depuis la mort de ma sceur,

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j'ai eu des rages de tête affreuses et, depuis mercredi qu'on m'a saignée, elles sont passées. Je vous renouvelle la prière que je vous ai faite, de vouloir bien prier et faire prier le bon Dieu pour le repos de son âme, quoique j'espère qu'elle n'en aura pas grand besoin, la manière dont elle est morte étant très-consolante

Cette lettre, si touchante dans sa simplicité, prouve combien on avait eu tort de blâmer l'intimité de ces deux jeunes princesses ; l'instinct avait mieux guidé Marie-Josèphe que tous les conseils. Louis XV luimême éprouva le besoin de lui faire une réparation. Du moins ne trouvons-nous d'autre explication au passage relatif à la dauphine, dans la lettre suivante que le roi de France adressa à la reine de Pologne, pour lui faire part de la mort de Madame Henriette :

Madame ha soeur,

L'aecablement dans lequel m'a jeté la perte que je viens de faire de Madame ma Fille et dont je vous fais part, assuré de celle que vous y prendrez, n'a point empêché mon coeur, inaccessible à tout autre sentiment que celui de la douleur, de rendre à la conduite de la dauphine, ma Fille, en cette occasion, toute la justice due aux motifs qui en ont rte le principe; ils seront celui de la tendresse que je conserverai pour elle et dans laquelle vous trouverez toujours le sûr garant de mon amitié pour vous. Je suis, Madame ma soeur, de Votre Majesté

A Versailles, le 23 février 1752. bon frère

Louis.

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Sans vouloir amoindrir le beau rôle que Madame Henriette joua dans le jeune ménage, il est permis de se demander si Marie- Josèphe, comme elle en était persuadée, devait en effet le bonheur de sa vie à une autre? Madame Henriette eût-elle réussi, si Marie- Josèphe ne l'eût pas si bien secondée ?

Peu de mois après la mort de sa soeur, au mois d'août 1752, le dauphin fut pris de la petite vérole. Les médecins le saignèrent et le ressaignèrent selon l'habitude du siècle. Ce fut à sa femme qu'il dut la vie ; elle le soigna comme une soeur de charité et étonna tout le monde par son courage et son dévouement.

A cette époque, le 7 août 1752, la duchesse de Brancas fit à la reine de Pologne, le portrait suivant de Marie- Josèphe:

Son visage est long, et ne contient que des yeux. Dieu qui nous rend un prince dont la perte eût été inexprimable, nous conservera de même une princesse, objet de l'adoration de la France. Outre les médecins de la cour, on a fait venir quatre des plus renommés de Paris, dont plusieurs ne connaissaient pas Me la dauphine *). Us en sont dans un enchantement inexprimable et disent : il n'y a pas de femme qui lui soit semblable. Je réponds, sans vouloir rien démentir des vertus et des

') „M. Sénac, voyant que la petite vérole n'était plnB dootense, jugea à propos de demander au roi que l'on fît venir de Paris les deux médecins qui sont le plus dans l'usage de voir des petites véroles, Ponce et Vemage, et ils furent mandés sur le champ." — Mémoires du duc de LtiyncH, du vendredi 4 (août 1752), T. XII, p. 83.

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charmes de ma maîtresse : „C'est que vous ne connaissez pas les Allemandes et son auguste mère." Depuis cela, ils croient que la Saxe fera très-sagement de bien garder ses filles. Il pourrait fort bien arriver qu'une troupe de Français de toute espèce, allât dans vos États enlever deux ou trois mille Saxonnes, comme les Romains firent des Sabines. Votre Majesté jugera du style de cette lettre combien nos âmes sont tranquilles >).

„Eau bénite de cour;" dira-t-on, „flatteries vaines et trompeuses! Qu'avait- elle fait, cette princesse pour mériter les éloges des médecins de Paris?"

Loss nous le dira:

.... Madame la daupbine continue à donner des marques d'une âme supérieure. Sa fermeté et la sagesse de sa conduite n'ont pas peu contribué à soutenir M. le dauphin dans son état dangereux. Tout ce que je pourrais en dire n'exprimerait que faiblement la gloire qu'elle s'est acquise et l'admiration qu'elle s'attire de toute la nation.

Hier, lorsque nous avons fait notre cour au roi trèschrétien, à son lever, Sa Majesté s'est étendue en éloges

') Le 8 août 1752, la daaphine ajout* à la lettre de M« de Brancaa, les paroles que voici :

,,Je ne mets qu'un mot dans cette lettre, Ma (maman) chère, pour Vous confirmer le bon état de M. le Dauphin, Je ne suis pas aussi rassurée sur l'avenir que M* de S. , mais j'espère en Dieu. Tl nous a fait tant de grâces jusqu'à présent, que j'espère qu'il les comblera en nous donnant bientôt une parfaite guérison. Ma confiance est en la miséricorde infinie de. Dieu, l'intercession de la Sf* Vierge, de S* Josèphe, de. S' Xavier, de S" Anne, de S' Louis et de tous mes S'* patrons."

La LUJtB BOUSBE,

sur la conduite de cette princesse, et nous a confirmé lui-même tout ce que j'ai eu l'honneur d'en mander dans mes précédents^

Dans les moments les plus désespérés, elle n'a rien perdu de sa présence d'esprit. Quand elle pouvait se dérober un moment de l'appartement de son auguste époux, elle se retirait dans un coin, fondant en larmes sur la perte dont elle était menacée et qu'elle sentait dans toute son étendue. Mais, dès qu'elle reparaissait auprès de M. le dauphin, à l'instant elle changeait de visage pour ne pas effrayer son époux par les marques de sa tristesse.

On avait voulu cacher à ce prince le genre de sa maladie, mais il ne laisse pas de s'en douter. Pour découvrir la vérité, il a souvent appelé la dauphine pour l'embrasser, et cette princesse, sans s'épouvanter, se prête avec plaisir à ses caresses , quoique son visage soit tout rempli de boutons et défiguré par la suppuration. Il s'est encore servi de plusieurs autres stratagèmes. Un jour il demanda la gazette de Paris. Comme dans cette feuille sa maladie était énoncée pour être la petite vérole, on en réimprima vite une autre dans laquelle on la fit passer pour une érésypèle boutonnée. Une autre fois, il se fit apporter une assiette d'argent avec une serviette ; lorsqu'on la lui eut présentée, il l'essuya bien de la serviette, dans l'intention de s'y mirer, mais comme les rideaux de son appartement sont tirés, il n'a rien pu voir qui aurait pu l'éclaircir sur son état On assure qu'il ignore encore actuellement, mais il me paraît plus vraisemblable qu'il dissimule ce qu'il en pense.

Je ne dois pas oublier une petite particularité que le roi très-chrétien m'a fait l'honneur de me raconter et

n.US LA LUKK DK MIEL.

qui l'avait beaucoup diverti lorsqu'on la lui a rapportée. M. le dauphin est accoutumé d'appeler Madame la dauphine par le nom de Pepa. Les médecins, ayant fort souvent entendu prononcer ce mot, se sont d'abord imaginé qu'un terme aussi inusité ne saurait partir que d'une cervelle troublée par la fièvre, ce qui leur a causé beaucoup d'alarmes, jusqu'à ce qu'on leur en eût expliqué la signification. Leur méprise a fait beaucoup rire le dauphin et la dauphine.

On a défendu les grandes entrées, parce qu'on veut absolument que M. le dauphin reste tranquille. On peut encore juger de la gaîté du malade par la réponse qu'il a faite aux médecins, lesquels lui ayant défendu de parler, il leur répliqua que du moins ils lui donneraient la permission de chanter.

Quant à Madame la dauphine, tous ceux qui la voient m'assurent, à la vérité, qu'elle se porte bien, mais que ses inquiétudes, ses veilles et le peu de nourriture qu'elle prend, n'ont pas laissé de la faire un peu maigrir. Cependant elle a dormi la nuit passée dans son lit, et le roi très-chrétien, aussi bien que la reine, font tout leur possible pour l'engager à prendre un peu plus de soin de sa santé, pour ne pas être accablée entièrement»)

Telle que nous venons de l'entrevoir au chevet du malade, telle elle fut toute sa vie. Dévouée jusqu'à l'abnégation à son mari; très-vive et très-douce à la fois; oublieuse d'elle-même; d'un caractère heureux et d'un naturel parfait; foncièrement bonne et vraie; pure sans

■) Extrait de la dépêche du comte de Los» au comte de Bruhl, en date de Pari», le 9 août 1752.

La m'nk rourrr,

pruderie et pieuse sans ostentation; avec cela, attrayante et sympathique dans l'intimité, cette princesse n'avait^elle pas tout pour plaire et pour faire oublier à son époux, en les oubliant elle-même, les larmes qui avaient cimenté leur union?

Comment eût- il fait pour résister à ce que Maurice appelait la philosophie, à la sainte coquetterie de cette femme gracieuse qui passait pour si habilel Elle eut, en effet, l'habileté de le -rendre heureux en dépit de lui- . môme. La glace une fois rompue, il se laissa aimer et il aima, tant que le lui permettait'l'indolence de son caractère, cette sainte paresse, dont l'impétueuse dauphine sourit parfois dans ses lettres.

Appuyés l'un sur l'autre et tendrement unis dans la foi et l'amour, ces époux modèles traversèrent sans tache les saturnales du règne de Louis XV, donnant en vain l'exemple de leurs vertus à une noblesse qui avait pris pour règle de conduite le trop fameux cynisme de Me de Pompadour. Le déluge que la favorite avait annoncé en riant, vint en effet; le trône fut englouti dans ce terrible débordement de haines et de crimes, et les fils de Marie-Josèphe payèrent de leurs larmes et de leur sang les fautes de leurs ancêtres; mais il leur restait un héritage précieux que les révolutions ne pouvaient leur ravir: l'exemple de leur père et le gracieux souvenir i de leur mère. Cet exemple et ce souvenir soutinrent Louis XVI jusque sur l'échafaud.

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Qui eût prédit, en 1754, la tragédie de 1793? L'allégresse qui salua le roi martyr, lorsqu'il vint au monde, fut générale et d'autant plus vive que la santé du duc de Bourgogne donnait des inquiétudes et que la dauphine venait de perdre son deuxième fils 1). Le comte deBellegarde2), alors ministre de Saxe, écrivit au comte de Bruhl, deux jours après la naissance de Louis XVI:

Versailles, le 25 août 1754.

Monseigneur,

Suivant les ordres que m'avait donnés Votre Excellence, j'ai eu l'honneur de faire part avant- hier, par le courrier qu'on a envoyé à M. le comte de Broglie 3), de la naissance de Monseigneur le duc de Berry et de l'heureuse délivrance de Madame la dauphine. Je n'eus que le temps d'écrire deux mots, mais aujourd'hui, Mouseigneur, j'aurai l'honneur d'apprendre à Votre Excellence que cette auguste princesse se porte, grâce à Dieu, aussi bien qu'on puisse le désirer. Suivant le calcul qu'on avait fait, on ne comptait pas qu'elle accouchât avant le 1er septembre, et Je roi très - chrétien avait arrangé ses voyages de façon à venir fixer son séjour à Versailles, le 28 août; ainsi il n'est arrivé ici que deux heures et un

•) Xavier, duc d'Aquitaine, né le 3 septembre 1753, mourut le 22 janvier 1754.

*) Claude - Marie, comte de Bellegarde, accrédité en qualité d'envoyé extraordinaire a Versailles (avril 1754), mourut à Paris peu de mois après son arrivée. Il avait épousé la soeur favorite du maréchal de Saxe, la comtesse Rutowska; allianoe à laquelle il dut l'honneur d'être nommé légataire universel dans le testament de Maurice.

•) Alors ambassadeur de Fronce à Dresde.

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quart après les couches, ayant fallu tout ce temps- là pour lui faire savoir la nouvelle à Choisy, où il était. Le chan cellier, le garde des Sceaux, le contrôleur général et M. de Puysieux sont les seuls ministres qui se sont trouves présents à la naissance du prince. Ce fut à quatre heures du matin, la nuit du 22 au 23, que M0 la dauphine, sentant quelques petites tranchées, se leva doucement, toute seule, sans réveiller M. le dauphin et sans appeler

personne, après quoi, voulant se recoucher sans

faire du bruit, M. le dauphin se réveilla; il appela du monde et, comme les douleurs augmentaient, on fit chercher l'accoucheur et, à six heures et trois quarts, elle mit au jour Monseigneur le duc de Berry. Ce prince parait fort et robuste ; on prétend qu'il est venu au monde plus gros et plus grand qu'aucun des enfants de M0 la dauphine.

Il n'y a sorte de choses gracieuses et obligeantes que L. L. M. M. très-chrétiennes ne m'aient dites sur le compte de cette adorable princesse, et leur joie paraît bien complète, en ajoutant que notre maître leur a fait présent d'un trésor et d'un ange (ce sont leurs expressions). Outre les démonstrations de joie qui se sont faites à la cour, où on chanta le Te Deum au bruit du canon et des fanfares, (il y eut le soir, un feu d'artifice dans la cour de Versailles), le peuple et la ville de Paris firent le même soir des illuminations sans en avoir reçu l'ordre, et on y prépare un très-beâu feu d'artifice qui sera tiré incessamment. Enfin, Monseigneur, je ne saurais assez exprimer à Votre Excellence combien Madame la dauphine est aimée. On rappelle, à cette circonstance, tout ce qu'elle a fait depuis qu'elle est en France ; on attribue toutes

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se8 vertus à la bonne éducation qu'elle a eue ; on se souvient de sa belle conduite à la mort de feu Madame de tout ce quelle a fait à la maladie de M. le dauphin ; on ne cesse point de la louer et de l'admirer, et on peut dire qu'elle a gagné les coeurs de toute cette nation dans tous les états. Je ne puis m'empêcher de dire un bon mot

de M. le marquis de 2) parlant au roi: „On ne

doit, dit -il, plus prendre de femmes qu'en Saxe et quand il n'y en aura plus, je les y ferai plutôt faire en porcelaine, pour en avoir une de ce pays-là, que d'en prendre ailleurs ; les Saxonnes doivent servir d'exemple à toutes

les femmes de l'univers."

Le comte de Bellegarde.

La guerre de sept ans, qui ébranla l'Europe, en 1756, éprouva la dauphine dans ce qu'elle avait de plus cher, après son époux et ses enfants. La Saxe fut envahie et le roi Auguste obligé de se réfugier à Varsovie, laissant la reine quasi prisonnière à Dresde. Ces nouvelles causèrent à Marie-Josèphe de cruelles émotions qui tuèrent l'enfant qu'elle portait dans son sein. Ce fut à cette époque que, pour la première fois, elle se mêla de politique et qu'elle vérifia, jusqu'à un certain point, la prophétie de Maurice, qui avait prédit qu'il ne tiendrait qu'à elle de jouer un rôle à la cour de France. Les dépêches des ministres de Saxe à Paris, celles du comte Vitzthum, qui succéda au comte Bellegarde, comme

') Madame Henriette.

') Nom illisible.

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celles du général de Fontenay, accrédité en 1757, sont remplies d'éloges de l'infatigable énergie que la dauphine déploya alors pour assister sa famille et pour sauver le pays qui lui avait donné le jour. Frédéric II lui-même attribua, on le sait, aux larmes de la dauphine, l'intervention imprévue de la France.

Ce serait un tort, cependant, de vouloir imputer à Marie- Jt^sèphe les fautes commises par Louis XV, à cette époque si peu glorieuse pour ses armes. Maurice etLoewendal étaient morts; le maréchal d'Estrées, l'élève de Maurice qui promettait de devenir son émule, dédaignait de faire sa cour à Me de Pompadour, et l'armée fut sacrifiée aux intrigues de la cour et à l'incapacité des généraux. Ce que la dauphine put faire, elle le fit bien. C'est elle qui inspira l'idée de réunir, après la malheureuse capitulation de Pirna, les débris de l'armée saxonne et d'en former un corps auxiliaire 1).

Ni les afflictions de famille, cependant, ni les émotions politiques n'empêchèrent la dauphine de justifier les espérances de ceux qui avait compté sur la fécondité de sa race. Elle donna à la France douze enfants, dont cinq lui survécurent; trois fils: Louis XVI, Louis XVIII et Charles X; et deux filles: la reine de Sardaigne

') On sait que ce corps, commandé par le prince Xavier, se distingua pendant la guerre de sept ans. „Les débris de leur malheureux camp de Pirna," dit le prince de Ligne, en parlant des Saxons (Mélanges militaires etc. T. X, p. 95), „ s'étaient partagés entre les Français et nous (les Autrichiens); et donnèrent aux deux armées des exemples de valeur "

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et Madame Elisabeth, dont l'angélique sourire nous apparaît éclairant, à travers des larmes de sang, la sombre prison du Temple.

Le vide se fit prompteinent autour de Marie-Josèphe: elle perdit, en 1757, sa mère adorée; en 1761, sa soeur, la reine d'Espagne; en 1764, son père et son frère aîné. Le coup le plus terrible la frappa le 20 décembre 1765, jour où le dauphin lui fut enlevé. Veuve, àtrentequatre ans, Marie-Josèphe n'eut pas à attendre longtemps la fin de son „ pèlerinage;" elle mourut, quinze mois après son époux, le 12 mars 1767.

Neuf jours après la mort du dauphin, elle avait adressé à son frère Xavier les lignes suivantes :

f Ce 29 décembre 1765.

Le bon Dieu a voulu que je survive à celui pour lequel j'aurais douné mille vies ; j'espère qu'il me fera la grâce d'employer le reste de mon pèlerinage à me préparer, par une sincère pénitence, à rejoindre son âme dans le ciel, où je ne doute pas qu'il demande la même grâce pour moi.

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