‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 67 sur 103 · MAI'BICK PBÎTfT PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

MAI'BICK PBÎTfT PAR LUI-MÊME

cellence me parle avec tant de bonté de l'affaire de Courlande, et me donne de si bonnes raisons, que je ne puis qu'y acquiescer. Je m'étais déjà dit une partie des mêmes choses, et je suppb"e Votre Excellence d'être persuadée que je n'ai point de fantaisie là- dessus. Si pourtant vous pouviez faire traîner l'affaire en longueur, peut-être que la fortune et le brouillamini général pourraient me favoriser en quelque chose. Je n'ai plus rien à espérer du côté des Russes, et, par conséquent, rien à ménager. Votre Excellence trouvera bien quelque occasion, avec le temps, d'adoucir ma peine, si tout manque. Je-La prie, en attendant, de se ressouvenir qu'Elle me promit, il y a deux ans, quand le Roi me donna la dernière augmentation de pension de trois mille écus, que, dans peu, Elle me ferait donner les trois mille autres, pour faire les six mille que j'avais sollicités. Elle l'a peut -être oublié. Je La supplie de s'en ressouvenir; j'en ai besoin. Mes frères sont des paniers percés, comme moi, mais ils sont de beaucoup plus riches et ont reçu plus de bienfaits de la bourse du Roi que moi, qui ne lui suis, assurément, pas moins attaché, et lui serai peut-être plus utile. Je La supplie de se faire montrer la lettre que j'écris au Roi. Elle verra l'orage qui se forme, et je, ne l'en entretiens pas par paresse et pour ne point tomber dans des répétitions.

J'ai vu hier M. le maréchal de Belleisle, qui se loue extrêmement de la façon dont il a été reçu en Saxe. Il m'a paru attaché d'inclination au Jloi et à sa cour. C'est un ami bon à avoir dans les circonstances présentes, où, selon toutes les apparences, tout ira au diable. Que Votre Excellence ne se fie pas aux belles paroles des

Lettres inédites. (1741.) 381

Anglais; ce n'est que du vent dans la circonstance présente, et elle verra que leur roi n'osera pas branler; la partie est trop forte. Votre Excellence se souviendra de ce que j'ai eu l'honneur de Lui écrire peu de temps • après la mort de l'empereur 1). Il ne faut plus songer aux anciens systèmes de l'Europe. Tout l'équilibre est renversé; il se formera de nouveaux systèmes et de nouvelles balances avec le temps. Ceux qui seront les plus habiles en profiteront. Mais Elle peut regarder l'Europe comme bouleversée dès à présent, et il ne se passera pas deux mois qu'Elle en verra l'effet.

Je La prie d'être persuadée du sincère attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur

Maurice de Saxe.

P.- S. Je rouvre ma lettre pour dire à Votre Excellence que M. le maréchal de Belleisle m'a fait dire, par une personne de confiance, de lui venir parler lundi à Versailles, ne pouvant pas se rendre à Paris; qu'il avait quelque chose d'important à me dire. Cette personne, que j'ai sondée, parce que je sais qu'elle est dans le secret, m'a dit que cela regardait le Roi; que l'on ne désirait aucune démarche de lui, qu'il n'ait vu auparavant les effets des avantages considérables que l'on se propose de lui faire trouver, pourvu qu'il ne se mit pas hors de portée lui-même d'en profiter par des démarches contraires; et que je pouvais, préliminairement, écrire cela et le faire parvenir au Roi. Lundi j'en saurai davantage, et je l'écrirai avec la poste de vendredi.

») Lettre X. du 12 novembre 1740.

MAtmnK PRÎlfT PAK MTI-irfcMK.

Pour l'amour de Dieu, ne précipitez rien, si voua ne l'avez déjà fait. Votre lettre est sans date, et vous m'y dites que, quoique vos mains ne soient pas encore liées, vous êtes cependant en pourparlers. Je tremble que les Anglais ne vous aient enrôlé, et ce serait au grand * préjudice du Roi; car vous pouvez compter que tout va culbuter, et que vous verrez une armée française cet hiver en Bohème et une autre à Hannovre. Si le roi d'Angleterre branle, ces deux corps partiront à la fin du mois prochain." Comptez que cela est certain. L'intention est de faire un grand effort tout d'un coup, pour que ce ne soit pas une guerre de longueur, et, certainement, l'on y fera un grand avantage au Roi, sans exiger rien de lui, car l'on ne donnera pas tout à l'électeur de Bavière; et il y a assez à prendre pour que tout le monde puisse être content. S'ils gardent à Vienne l'Autriche et la Hongrie, ils seront bien heureux. Je voudrais que cette lettre pût vous être portée par un oiseau.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Confirmation des nouvelles données dans la précédente. — Conversation avec Dcllcisle. — Le démembrement de l'Autriche résolu. — Raisons qui décident Maurice h servir en Allemagne plutôt qu'en Italie.

MoNS,E,:n, à Paris, le 22 de juillet 1741.

Je réitère dans celle-ci tout ce que j'ai eu l'honneur de mander à Votre Excellence le 12 de ce mois. Je vis avant-hier M. le maréchal deBelleisle, qui me dit de me tenir prêt pour l'armée qui, à ce que l'on croit, va

Lsttrrs rotonna. (1741.) 383

en Bohème. Le bruit court à la cour qu'elle commencera à passer le Rhin le 17 du mois prochain, et ce bruit parait être changé.

J'ai eu avec M. le maréchal de Belleisle une conversation fort détaillée que je ne puis rendre à Votre Excellence, parce que je n'ai point de chiffre et qu'il ne me convient pas d'en avoir un. On n'exige aucune démarche du Roi; on ne lui demande que de ne point prendre d'engagements, jusqu'à ce que l'on soit à portée de s'entendre. J'ai répondu à cela: quel serait enfin l'avantage que le Roi en retirerait? et il m'a dit: „Si nous le rendons encore une fois plus puissant et plus riche qu'il n'est, ne sera-t-il pas content?"

Votre Excellence doit savoir ce qu'il Lui a proposé à Dresde ou à Hubertsburg, et je pense que c'est le royaume de Bohème que l'on destine au Roi comme étant ce qu'il y a de plus à sa convenance. L'électeur de Bavière aura le Tirol, le roi de Prusse gardera la Silésie, et l'on fera le roi de Sardaigne roi de Lombardie, en lui donnant tout le Milanais; le grand-duc gardera la Toscane, et la reine d'Espagne aura Parme et Plaisance comme son patrimoine. Voilà ce qui se dit; mais, ce que je vois très-sensiblement, est que le partage de la maison d'Autriche se fera.

Dans ces circonstances, que Votre Excellence doit regarder comme très -prochaines, je crois qu'il est de l'intérêt du Roi de ne prendre aucun engagement qui lui lie les mains et qui le commette dans les querelles d'autrui.

L'on prétend que M. le maréchal Maillebois commandera l'armée qui partira de la Moselle, peu de jours

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après celle du Rhin; c'est un homme d'expédition prompte, et qui pourrait bien être aussi vite dans le pays de Hannovre que nous en Bohème. Son armée sera de quarante mille hommes, ainsi que la nôtre.

Ce n'est que dans la vue d'être utile au Roi que j'ai accepté cette corvée, car j'aurais trouvé de plus grands avantages à aller en Italie. M. le maréchal de Noailles m'avait demandé, et, comme il m'aime, il n'avait demandé que de mes cadets pour me faire échoir insensiblement le commandement de l'armée d'Italie, parce que le fort de son occupation sera la négociation dans ces quartierslà; au lieu que j'ai trois lieutenants -généraux qui sont devant moi *) à l'armée d'Allemagne. Mais, n'importe, il faut savoir se sacrifier, quand il s'agit d'un sî grand intérêt pour le Roi; trop heureux si je puis lui être utile. J'ai, toutefois, fait mes conditions, et j'ai dit que j'espérais qu'on voudrait bien m'échanger pour l'Italie, s'il arrivait que le Roi de Pologne prit des engagements contre la France; qu'il ne serait ni décent, ni honnête que je servisse en Allemagne dans ce cas-là; et que, mon inclination n'y étant pas, ce serait me faire une trop grande violence. L'on a approuvé ma façon de penser et l'on m'a promis que, le cas échéant, l'on m'enverrait d'Allemagne en Italie ....*.....

Votre Excellence me fera un sensible plaisir de m'epvoyer un courrier, soit ici, soit lorsque nous serons en Allemagne, pour me faire savoir si le Roi a pris des engagements opposés à ceux de la France; parce que, sur-le-champ, je demanderai mon rappel. C'est une grâce que je lui demande, et, si Elle veut faire dire

•) Qui sont plus anciens que moi. . s ' , I' »|

Lbttrkb re édites. (1741.)

quelque chose à M. le maréchal de Belleisle quand il nous aura joints, je me charge d'exécuter les commissions qu'Elle voudra bien me donner. Je La supplie aussi de lire mon vilain griffonnage au Roi, pour qu'il soit convaincu de mon respect et de mon attachement pour lui ; j'espère qu'Elle me rend la justice d'être persuadée de celui avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur Màubice de Saxe.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Départ do maréchal de Belleisle. — Maurice reçoit l'ordre de passer le Rhin.

Monsieur, à Par», le 28 de juillet 1 741.

Je réitère à Votre Excellence tout ce que j'ai eu l'honneur de lui dire dans mes précédentes. Nos troupes commenceront à passer le Rhin le 15 d'août prochain, et, quoique je n'aie pas encore reçu mon ordre, je sais que je passerai avec une partie de ces troupes, le 19 ;# ce qui fait que je ne sais pas encore quelle colonne je mènerai. Je vis M. le maréchal de Belleisle le 24, qui partit le même jour. Il me dit qu'il enverrait de Francfort un courrier à Dresde ; ainsi Votre Excellence l'aura reçu avant cette lettre, et Elle sera plus amplement instruite des démarches de cette cour.

M. le maréchal de Belleisle m'a donné commission de lui faire venir deux chevaux polonais qui aillent un peu plus que le pas. J'ai chargé le chevalier de Saxe

Ma BRICK PRIHT PAR LUT - uf'MT..

de les acheter. Comme Votre Excellence est bon connaisseur, je la prie de l'aider de son conseil.

L'armée qui s'assemble à *) , sous les ordres

du maréchal de Maillebois, passera par le pays de Liège; elle se mettra en mouvement dans le même temps que la nôtre, et sera de quarante-cinq mille hommes, à quoi se joindront dix mille hommes des troupes de Munster et quatre mille Palatins; et, selon les arrangements que je vois que Ton prend , je soupçonne qu'il y en aura une, en Flandre , de plus de cent mille hommes , en cas que les Hollandais se déclarent.

J'ai vu avec chagrin, dans les nouvelles publiques, que le Roi donne huit mille hommes au roi d'Angleterre, et le gazetier de Leyden a fort bien détaillé le nom de tous les régiments. J'en serais fâché; car, dans le moment présent, plus le Roi aura de troupes ensemble, et plus ses avantages seront grands. Je voudrais que nous eussions cinquante mille hommes sous les armes. J'espère toutefois que, si ces troupes n'avaient pas encore marché lorsque Votre Excellence a reçu la lettre que j'ai eu l'honneur de lui écrire le 12 de ce mois, qu'Elle %les aura retenues; la chose est de trop grande conséquence.

Je la supplie de lire cette lettre au Roi, et de lui baiser la main pour moi. Si Votre Excellence a quelque chose à me faire savoir, je serai vers la fin du mois prochain dans les environs d'Augsbourg. Notre armée est extrêmement bien composée en troupes; ce sont tous les meilleurs régiments; elle consiste en quarante-deux mille hommes.

') Illisible.

Lettres ixéditeb. (1741.)

Je finirai cette lettre en la priant d'agréer les assurances de mon attachement, et d'être persuadée que l'on ne saurait être plus parfaitement, Monsieur, de Votre Excellence le très-humble et très- obéissant serviteur

Maurice de Saxe.

Dans le moment, je viens de recevoir mon ordre; j'en envoie la copie à Votre Excellence. Le bruit court ici que l'électeur de Bavière doit s,e rendre en personne à Francfort dans le commencement du mois prochain, c'est-à-dire dans quelques jours d'ici.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Mémo sujet.

Mons.eu*, à Pari8> le c d'""<» »«•

Je n'ai rien de nouveau à écrire à Votre Excellence, si ce n'est que je pars après-demain pour passer le Rhin, le 19 de ce mois. Je serai, avec les trente escadrons . que je conduis, le 5 du mois prochain à Donairwerth. Les autres divisions de Tannée s'y rendront vers le même temps par différents chemins, pour la commodité des vivres et des fourrages.

Je meurs d'impatience de recevoir quelque lettre de Votre Excellence, pour savoir si ma présence dans l'armée de Bavière est agréable au Roi. Je compte sur l'amitié de Votre Excellence dans cette occasion comme dans toutes les autres, et la prie d'être persuadée de

mon attachement. Je la prie aussi de me mettre aux

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pieds du Roi, et de lui baiser la main pour moi. Je voudrais avoir bientôt ce bonheur-là moi-même. J'ai l'honneur d'être, etc.

Maurice de Saxe.

MAURICE AU COMTE DE BRUIIL

La lettre que Saul lui a apportée rend Maurice plus heureux que si on lui avait donne un million.

à Paris, le 9 d'août 1741.

Monsieur,

L'on m'aurait donné un million que je n'aurais pas été plus aise que je le suis et que je l'ai été à la réception de la lettre de Votre Excellence. Je m'étais fourré mille chimères dans la téte qui me tourmentaient. Me voilà guéri. Je ne lui dirai rien de plus que ce qu'elle verra dans la lettre que j'écris au Roi. M. Saul part dans ce moment et me presse de finir; je n'ai que le temps de l'assurer de l'attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc. Maurice de Saxe.

La lettre qui avait causé tant de joie à Maurice était conçue en ces termes :

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