LE GÉNÉRAL DE EOCHOW AU COMTE DE BRUHL
Monseigneur, à B™xelles, le 5 mai 1747.
Après être arrivé ici le 4, j'ai rendu la lettre de Sa Majesté, avec le souvenir de Votre Excellence, au comte de Saxe, qui m'a reçu on ne peut pas mieux. Dès que j'ai touché les frontières françaises, j'ai trouvé mon quartier marqué et toutes sortes d'attentions. M. le comte de Saxe a jugé à propos de se rendre maître de toutes les places en deçà d'Anvers, pour ne pas être obligé de partager son armée. Il est au centre avec cent mille hommes; le comte Clermont, prince, avec vingt mille hommes à Namur; Lœwendal et Oontades avec autant à Philippine et Hulst. Le roi de France veut venir à l'armée: ses équipages arrivaient déjà; mais le comte de Saxe les a arrêtés à Alost, ayant représenté au roi qu'il ne convenait point qu'il fût à la tète de son armée à voir faire peut-être le siège d'Anvers. Toutes les troupes cantonnent, excepté celles qui opèrent du côté de Hulst
Lettres inédites. (1747.)
La position de l'armée d'ici est admirable et sûre ; c'est ce qui fait qu'on croit plutôt être à la cour qu'à l'armée ; l'on ne voit que fûtes et comédies. Mais je puis assurer Votre Excellence que les projets sont formés d'une manière qu'on verra de grands coups.
J'ai trouvé le comte de Saxe en très - bon état. Dans ce moment le maréchal reçoit une lettre de la main du roi, datée d'avant-hier; il lui marque qu'il partira de Versailles le 8 ou le 10. J'ai lu cette lettre écrite de la main propre du roi; il lui marque l'empressement qu'il a de le trouver. On ne peut pas écrire avec plus de tendresse à une maîtresse. Votre Excellence excusera si ma lettre est si mal rangée ; je suis fort fatigué, et, pour ne pas vous mettre dans mon état, je tinis avec tout le respect possible, étant, Monseigneur, votre très -obéissant et très -attaché serviteur
Rocuow.
Entretien avec M. de Puysieux. — Bonnes dispositions pour In Saxe. — Invitation de se rendre à l'armée. — Aventure du diable à Dresde.
à Bruxelles, le 17 juin 1747.
Monsieur,
J'ai enfin parlé a M. le marquis de Puysieux. Le renouvellement du traité de subsides, et l'accession au traité de Vienne et de Pétersbourg sont les deux points de la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire. Sur le premier point M. de Puysieux m'a parlé de manière à ne laisser rien à désirer que la conclusion de ce renouvellement. Quant au second, il m'a dit que nous devions poser pour base, que l'intention du Roi était de ne jamais rien exiger de nous qui pût nous
MaUBIGR PKINT PA.B LOI - M KM K.
brouiller avec personne; qu'il était de nos amis, et ne voulait point nous commettre; et cela est vrai, ou je ne m'y connais pas. Le Roi aime Madame la dauphine et le Roi, votre maître et le mien. Je m'en suis aperçu à l'onction et à l'amitié avec laquelle il en parle. D'ailleurs, la manière honnête dont nous l'avons quitté dans la guerre de Bohème lui est restée dans le cœur, et il se souvient de celle dont s'est servi le roi de Prusse. Voilà comment une bonne action porte toujours son mérite avec elle. Quant à votre voyage, vous ferez bien de venir au plus tôt. M. de Puysieux me l'a dit, et que je devais vous l'écrire comme de moi-même. L'on vous regarde ici comme un ambassadeur de famille qui n'est point un étranger. Il y a eu une aventure du diable à Dresde le 6 de ce mois. M. le comte Esterhazy a pris caractère d'ambassadeur de l'Empereur; des Issarts a déclaré qu'il ne lui céderait pas le pas ; ce qui a fort embarrassé notre cour, comme vous le jugez bien. Je ne sais quelle suite aura eu cette affaire. Le Roi (Auguste III), pour éviter tout scandale, a envoyé un courrier à la cour de Vienne pour différer. Sa Majesté très-chrétienne m'a conté cette aventure à mon arrivée de Malines ici, et m'a paru l'on ne peut pas plus satisfait de la conduite de la cour de Saxe. Il m'en a parlé avec amitié et bonté, et entrant dans la peine que cela aura fait au Roi. C'est la pomme de discorde que la cour de Vienne a jetée là dans notre festin nuptial.
Je ne sais combien (de temps) nous resterons dans ces environs; mais lorsque vous viendrez ici, mettez pied à terre chez moi. Si le Roi est encore à portée de Bruxelles, vous y trouverez un appartement, quand
Lkttw» urftniTBfl. (1747.)
même j'y serai . Adieu, mon cher comte, vous connaissez mon attachement tendre pour vous.
M. de Saxe.
Mille respects à Me la comtesse de Loss. Pardon si la feuille est déchirée. J'ai écrit cette lettre sur le papier d'une autre. Cela vous fera juger de mon étourderie, mais je suis si pressé, étant obligé de retourner à mon quartier général qui est à Malines.
La Russie et l'Autriche pressaient en ce moment la Saxe d'adhérer au traité de Saint-Pétersbourg; la Saxe s'y refusait, et n'y adhéra pas, en définitive; mais elle ne put s'empêcher d'entrer en négociation avec ces deux puissances, ses alliées, dont l'une était en guerre, l'autre, brouillée avec la France. Le renouvellement du traité de subsides que la Saxe avait signé avec la France, en 1746, éprouva par conséquent quelques difficultés, que le maréchal de Saxe sut vaincre.
Le comte Esterhazy, ministre d'Autriche, la veille du double mariage qu'on célébrait à Dresde au mois de juin 1747, prit le caractère d'ambassadeur de l'Empereur, réclamant le pas sur les ambassadeurs de France et de Bavière et sur le nonce. On éluda la difficulté en priant la cour de Vienne de remettre l'audience du comte jusqu'après le mariage, ce qui occasionna une courte interruption des rapports diplomatiques entre la Saxe et l'Autriche.
MAURICE A AUGUSTE ni.
Victoire de Lawfeld. — Renouvellement du traité de subsides. — L'avenir de la Pologne. — Siège de Borg-op-Zoom. — Mort du chevalier de Belleisle.
Sire ^u camP ^e ^a Commànderib, le 28 juillet 1747.
J'ai reçu la lettre pleine de bonté qu'il a plu à Votre Majesté de m'écrire le 13 de ce mois, et que m'a remise
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hier M. de Sandelhielm. Je n'ai osé prendre la liberté d'écrire à Votre Majesté et d'interrompre Ses occupations par le récit d'un avantage auquel j'ai eu quelque part1). Le courrier que dépêche M. le comte de Loss apporte a M. le comte de Bruhl le renouvellement du traité de subsides. Votre Majesté peut être assurée que la cour de France se trouve dans les dispositions les plus avantageuses pour concourir aux avantages de Sa maison, et je m'en suis entretenu hier avec M. de Puysieux fort au long. Je crois qu'il ne tiendra qu'à Votre Majesté de prendre des mesures avec cette cour pour établir un plan sur l'avenir en Pologne. Elle la trouvera disposée à favoriser toutes les vues qu'Elle pourrait avoir. Nous nous tenons tranquilles ici. Lœwendal fait le siège de Berg-op-Zoom. C'est une grande entreprise; j'espère cependant que nous en viendrons à bout. Vous serez informé, Sire, à la réception de cette lettre, de ce qui s'est passé dans les Alpes, et que M. le chevalier du Belleisle y a été tué. L'ambition a toujours été la cause de la ruine des affaires que Messieurs de Belleisle ont eues à conduire. L'on ne se change guère; mais il est surprenant que la cour de France retombe toujours dans le même cas avec les mêmes personnages.
J'ai l'honneur d'être avec la soumission la plus profonde, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très-soumis et très-obéissant serviteur et sujet
>) Allusion modesto à la victoire de Lawfeld (2 juillet 1747).
LbTTRM* tKIDlTllS. (1747.)