‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 98 sur 103 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

MAURICE A AUGUSTE III

Reprise de la négociation secràte avec l'Autriche. — Regret de Maurice de n'avoir pu traiter avec Ratthyany. — Siège de Rerg-op-Zootn.

g Au camp de Tonqres, le 14 août 1747.

Rien n'aurait manqué à ma satisfaction si j'avais pu acheminer le grand ouvrage de la paix aussi vite que Votre Majesté m'en a fourni l'occasion, par la manière dont la cour de Vienne -a paru se prêter à cette négociation. L'on attend ici une réponse de l'Angleterre, pour entrer en pourparlers avec M. le comte de Batthyany , parce que Ton ne doute pas que les cours de Vienne et de Londres ne se communiquent leurs vues réciproquement. Je ne suis pas absolument convaincu de ce point, mais je suis obligé de déférer à des avis que je respecte. Votre Majesté et la cour de Vienne m'honorent d'une confiance dont je ne me rendrai jamais indigne, et Elle peut être assurée, que je ne me prêterai jamais à une démarche qui n'ait la sincérité pour base. Mon plus grand désir est, Sire, de vous plaire, et de mériter vos bontés. Je ne puis prétendre à ce bonheur que par une conduite exempte de soupçon; ainsi Votre Majesté peut être certaine que, tant que je me prêterai à porter quelques paroles, elles seront fondées sur la vérité.

Je suis avec la soumission la plus profonde, Sire, de Votre Majesté le plus humble et le plus soumis serviteur et sujet M. de Saxe.

Post-scriptum »).

Lœwendal est chargé d'une terrible commission.

») M. de Weber (p. 241) a publié un extrait do ce pœt-acriptuin sans donner la lettre.

506 MAtrRirR PBIKT TAU Lin-MÊMR.

Berg-op-Zoora est une très-bonne place, soutenue par une armée, et elle se défend avec une opiniâtreté sans égale. Il en viendra cependant à bout, je l'espère. D a battu le général Schwarzenberg, qui Ta attaqué pour lui faire lever le siège. Nous sommes maîtres des chemins couverts, et on va procéder à faire les brèches. M. de Oronstrœm emploie tout ce que l'on peut faire imaginer. Il nous en coûte des hommes; mais ils ont beau faire, ils viendront avec nous, comme disent les grivois. Il n'y a plus une maison sur pied dans la ville; nous et les assiégés avons fait sauter tant de mines, que l'on ne connaît plus où était le chemin couvert. Le fils d'Erdmannsdorf a eu un coup de fusil à travers le visage; il est dans mon régiment d'infanterie. J'y ai perdu quelques Saxons, qui sont là à une rude école. Les ennemis consomment par jour trente mille (?) de poudre. Lœwendal m'écrit qu'ils lui jettent tant de choses au visage, qu'il croit qu'à la fin ils lui gâteront toute la ville.

Il (Lœwendal) est ferme comme un roc; je crois cependant que la téte lui tourne quelquefois, car on lui rase à coups de canon pendant le jour toute sa tranchée. Il la rétablit la nuit, et c'est toujours à recommencer. Je joins ici un plan de l'attaque, par lequel Votre Majesté verra que nous avançons tous les jours un peu

Il a fallu s'emparer de tout le dessous du chemin couvert pour pouvoir y établir nos batteries à battre en brèche (ce qui est fait à présent). On va procéder à établir ces batteries; le reste ne sera pas si long, et j'espère que la fin du mois verra tomber cette place *).

■) Berg-op-Zoom ne capitula que le 16 septembre 1747.

Lbttbks nr*Drr«». (1747.) 507

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Même sujet. — Mémoire du cabinet de Vienne. Monsieur ^u camP ^e Tongre8, le 14 août 1747.

J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le ... l) du mois passé. M. de Losb m'a fait voir le mémoire de la cour de Vienne, qui, selon moi, ne laisse rien à désirer; et j'aurais été charmé de m'aboucher avec Son Excellence M. le comte de Batthyany, mais le roi très -chrétien a cru devoir attendre encore quelques jours pour recevoir d'Angleterre la réponse à un mémoire que j'ai envoyé à M. de Ligonier2). Si j'avais été le maître de diriger cette négociation selon mes lumières, ou plutôt selon mon inclination, j'aurais préféré traiter avec Son Excellence M. le comte de Batthyany. J'espère cependant que cette commission n'est que différée. Quoique je sois chargé d'assez d'occupations, celle-ci me sera infiniment précieuse, parce qu'elle intéresse le Roi et Votre Excellence. L'on ne saurait être avec un attachement plus sincère etc.

M. de Saxe.

') Cette date manque dans l'original.

*) Voyez: la lettre du maréchal et le mémoire envoyé le 3 août au général anglais Ligonier, qui avait été fait prisonnier à Lawfeld : Die Geheimnisse des Sâchsischen Cabinets, T. I., p. 232.

508 Maurice

MAURICE A AUGUSTE III

Arrivée du coin te de Flemming, ministre do Saxe à Londres. — Considérations sur la paix à faire. — Batthyany sans pouvoir». — La bonne volonté de Maurice devenue inutile.

Smu à Toxokeb, le 16 septembre 1747.

M. le comte de Flemming J) est arrivé avant-hier ici, et repart aujourd'hui pour aller faire sa cour à Votre Majesté. J'envie son bonheur. Je lai présenté hier au Roi très-chrétien, et je l'ai mis aux prises, l'après-dinée, avec M. de Puysieux. Je l'ai mis au fait de notre façon de penser ici, pour qu'il puisse en rendre compte à Votre Majesté. La paix me parait prendre une tournure qui ne présage pas une conclusion bien prochaine. Les Anglais ne la veulent pas bien fort, et ne sont pas encore assez las de la guerre. Ils amusent tous leurs alliés, je pense, de vaines espérances. Comme ils retirent des avantages par la guerre , sur mer, et qu'ils en espèrent de plus grand», ils ne sont pas pressés de faire la paix, d'autant plus qu'ils ne mettent pas la nappe, comme on dit, et que nous ne saurions aller dans leur île. Je crois que, si la reine de Hongrie se décidait bien positivement à faire sa paix particulière avec la France, elle en retirerait plus d'avantages que si elle s'en rapporte aux Anglais. M. de Batthyany n'a rien fait parvenir à M. de Loss qui ressemblât aux pouvoirs que la reine de Hongrie lui avait donnés de traiter et de s'aboucher avec moi. Il a même répondu à M. de Loss, qui lui a fait

') CharleB-George-Frédéric comte de Flemming (né le 2Î) novembre 1706, mort, mimstre-Keerétaire d'Etat pour le» affaires étrangères, général d'infantorio etc., le 19 août 1765), h, cette époque, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de .Saxe à Loudre»; le même qui duraut la guerro de sept ans représenta la Saxe à Vienne.

Lkttkks ix*i»itiw. (1747.) 509

une espèce d'invitation à ce sujet, qu'il attendait des ordres de sa cour à cet effet. Ainsi ma bonne volonté s'est trouvée inutile, à mon grand regret; car je ne désire rien plus ardemment que des occasions de donner à Votre Majesté des preuves de mon zèle, de mon respect et de la soumission avec laquelle je serai toute ma vie, Sire, de Votre Majesté le plus humble, le plus obéissant et le plus soumis serviteur et sujet

M. de Saxe.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Reraercîmeuts pour l'envoi des officier» tarares. — Bnbac le premier lieutenant-colonel musulman au Bervico de France. — Maurice prédit le congre», et ne désire que le repoa.

Monsieur Au camP ^e l,ONORE8> Ie 16 septembre 1747.

Je profite du départ de M. le comte de Flemming pour taire mes remerciments à Votre Excellence des officiers hulans, qu'elle a bien voulu favoriser de sa protection pour qu'ils aient pu me parvenir J). J'en suis extrêmement content, et le capitaine Babac a été fait lieutenant-colonel à son arrivée ; je crois que ce sera le premier lieutenant-colonel mahométan qui aura été au service de Sa Majesté très- chrétienne. Cela fait bien voir que ce dont on nous accuse n'est pas tout-à-fait injuste, qui est d'être un peu turc.

M. le comte de Flemming pourra rendre compte d'une conversation que je lui ai procurée avec M. de Puysieux. Notre affaire tourne à un congrès qui nous mènera probablement bien loin. Je suis toujours dans l'opinion que

•) Le» six ïartare», voyez la lettre LXXXII, p. 171.

510 Maducr peint pas LUI - M fins.

celui qui fera la paix le premier y gagnera le plus. Les Anglais ne cherchent qu'à prolonger la guerre, et ont raison. Si la reine de Hongrie prenait bien décidément son parti, elle gagnerait plus à faire la paix que si elle la laisse faire aux Anglais. Les Hollandais souffriront le plus de la continuation de la guerre. Mais Dieu fera tout pour le mieux. Je ne désire que le repos, et d'avoir bientôt l'honneur d'assurer Votre Excellence de l'attachement etc. m. de Saxe.

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