MELODIE AUTOMNALE
Dont il berce nos rêves En comptant sur ses grèves Ses poissons, ses oiseaux.
Et ses vaisseaux.
Du jour voici la chute Au sommet de la butte Qui domine si bien Tout le lointain ;
Allons de compagnie En une rêverie Balancer nos esprits.
Tous trois épris
Des vastes étendues Que le soir a rendues Vagues connue le ciel A l'œil mortel.
Les rêves sans nombre Qui le soir dans l'ombre Descendent des cieux Silencieux,
Et comme les pousse Leur fortune douce.
S'en vont dans les bois Chercher des toits
Sous la feuille grise.
Ou bien sur la brise S'en vont voltiger Et vovagcr ;
a88 MAURICE DE GUERIN
Ou le long des ondes Sur les grèves blondes Foulent le salin Du sable fin ;
Prêtant leurs oreilles Aux grandes merveilles Que l'océan dit
Durant la nuit;
Nous voyant trois âmes ' Ecoutant les lames Sur le tertre noir Le long du soir ;
Trois âmes songeuses, Trois âmes quêteuses De rêves errants
Parmi les champs ;
Et les feuilles grises, Et l'aile des brises, Et les sables doux
A levirs pieds mous,
Et le flot qui roule, Quitteront en foule 2, Pour faire ce soir Leur reposoir
Dans nos âmes pleines De douces haleines.
Où leurs ailes d'or Pourront encor,
1. Sans doute, Lui, llippolyle La Morvonnais et François du Breil de Marzan {Note du Manuscrit).