I. Presque tous les morceaux qui suivent sont inédits
LA MERE DES GUERIiV
Ces lieux retentissaient de ta gaîtt^ bruyante, Et les fruits du jardin, et la rose naissante Me disent : Que de fois palpitant de plaisir Pour son père ou ses sœurs sa main vint nous cueillir I Et maintenant, ô lieux remplis de charmes.
Il pleure à votre souvenir.
Toujours il faut payer le bonheur par des larmes. Ainsi qu'un beau navire aux Ilots abandonné,
Bientôt assailli par l'orage.
Jonche la mer des fleurs dont il fut couronné Et puis de ses débris vient afïligcr la plage : Tels, partis sur la foi d'un destin fortuné. Nous arrivons brisés au terme du voyage. Hélas ! que ne peut on du moins aux inêmcs jours Avec tout ce qu'on aime en achever le cours.
Ainsi qu'on voit au nid qui les rassemble Les couples de ramiers vivre et mourir ensemble ! Ah ! le vœu le plus cher est le moins entendu : Mon frci'e à ma tendresse un jour sera rendu.
Mais avec les baisers d'un père Il ne recevra pas les baisers de sa mère. 0 regrets, ô douleur qui me suivront toujours :
M ses vertus ni nos tendresses
^'ont pu sauver ses jours.
Devait-elle si peu jouir de nos caresses ?
Hélas, sur ses jeunes cnfans Elle n'avait pas vu passer quinze printemps. Toi surtout l'occupais à son heure dernière,
Et près de fermer la paupière.
Elle me dit : « A ton amour,
Ma fille, je confie un frère :
Dans les soins d'une sœur qu'il retrouve sa mère. »
Et je devins ta mère dès ce jour.
Oui, les doux soins d'élever ton enfance Furent les seuls plaisirs de mon adolescence. Aujourd'hui comme alors mon cœur chéri du tien
Ne désire que ta présence.
Oh! quand pourrai-je, ami, retrouver un tel bien ? Quand pourras-tu sorti de la prison des villes
292 MAURICE DE GLEIUN
Regagner pour toujoui's tes champêtres asiles» Où tu diras, rempli de souvenirs heureux : Ici mon jeune cœur n'a connu que les jeux. Ami, rien n'est changé dans ce riant domaine, La même vigne ombrage le coteau, Tu reverras le même oiseau Suspendre encore au même chêne Du fruit de ses amours le mobile berceau. Mais il ne verra plus que d'une main cruelle Tu lui viennes ravir ces doux fruits sous son aile. Ah ! tu sais trop combien éprouvant de rigueurs Dans la prison la plus belle Les captifs répandent de pleurs I