CHAPITRE VII
L'épanouissement.
Guérin à Paris. — Le tronc de lilas. — Il retrouve d'Aurevilly. — Correspondance inédite. — Collaboration aux revues. — Une grande épreuve. — Période féconde. — La conception et la composition du Centaure. — Le Louvre. — Un prototype probable.
— Le Centaure de Rabbe. — Texte de ce morceau. — Grandeur et supériorité de l'œuvre de Guérin. — Autre rapprochement : L'Adolescence de Rabbe et la Bacchante. — Bacchus dans l'Inde; l'Hermaphrodite. — Confidences émouvantes fournies par les lettres à d'Aurevilly. — Le dernier terme de son « naturisme ». — Vie extérieure de Guérin vers i836. — Témoignages nouveaux. — Son élégance retrouvée. — Cecilia Metella et Amaïdée. — L'âme de Somegod. — Vie sentimentale de Guérin. — La grande passion féminine de son existence. — Drame moral. — Conséquences lointaines. — Secret momentané. — Les lettres d'amour de Maurice.
— Barbey et Madame ***.
Cependant Maurice venait de rentrer à Paris, par la diligence de Saint-Malo et Caen. Alors commence la période vraiment décisive de son existence, celle qui a valu plus particulièrement à son nom la gloire posthume que nul indice ne lui permit de pressentir. Les premières sensations de la vie parisienne, après plus d'une année d'éloignement, lui parurent amères :
« Mon Dieu, écrit-il alors, mettez devant mes yeux une image, une vision des choses que j'aime, un champ, un vallon, une lande, le Cayla, le Val, quelque chose delà nature. Je marcherai le regard attaché sur ces douces formes, et je passerai sans ressentir aucun froissement. »
I2/i MAURICE DE GUERIN
Bien qu'il se crût frappé plus que jamais d'impuissance intellectuelle, il écrit intrépidement quantité d'articles qui sont reçus, il ne sait par quel miracle, dans un petit journal. Quoi qu'il en soit, son naturisme s'exaspère de tous les obstacles que dresse devant lui la grande ville, et les sentiments que nous avons essayé d'analyser précédemment acquièrent une puissance nouvelle, d'autant plus forte qu'ils se trouvent comme comprimés. Il compose alors cette page élonnante, oh sa tendresse physique à l'égard des arbres s'affirme avec une vivacité qu'il n'a peutêtre pas dépassée. ^
« Mainlenant mes enlretîens avec la nature, cette autre consolatrice des aflligcs, se passent dans un petit jardin de la rue d'Anjou-Saint-Honoré, tout proclie de la rue de la Pépinière 1. Avant-hier au soir, j'avais passé mon bras autour d'un tronc de lilas et je cliantais à demi-voix : Qne le jour me. dure, deJ.-J... La tige de lilas que j'étreignais s'agitait sous mon bras ; je croyais la sentir se remuer spontanément, et toutes ses feuilles, qui frissonnaient, rendaient un bruit doux qui me paraissait comme un langage, comme un murmuie de lèvres qui balbutient des mots de consolation. O mon lilas, je te pressais dans ce moment comme le seul être en ce monde contre qui je puisse appuyer ma chancelante nature, comme le seul capable de souffrir un embrassement de moi, et assez compatissant pour se faire le supjîortde ma misère I De quoi t'ai-je payé ? De quelques larmes qui sont tombées sur ta racine. »
Guérin est mûr pour concevoir le Centaure. C'est à ce moment qu'il retrouve son ancien camarade de Stanislas, le Normand Jules Barbey d'Aurevilly, et il se lie avec lui d'une amitié qui ne finira qu'avec