AMITIES ET VIE INTERIEURE
sa vie et qui va lui donner en.fîn, et pour plusieurs années, le compagnon de ses rêves '. Celui-ci lui fera connaître peu après son compatriote Trébutien , venu à Paris pour fonder et organiser, avec Edelestand du Méril, cousin de Barbey, la Revue critique de la philosophie, des sciences et de la littérature. Il ne semble pas que ces relations précieuses aient contribué à lui donner une confiance plus solide en son talent. Le Journal nous confesse que, lorsqu'il entame un sujet, son amour-propre s'imagine qu'il fait merveille, mais quand il a fini, il n'aperçoit qu'un mauvais pastiche composé avec des restes de couleur, raclés sur la palette des autres et grossièrement amalgamés sur la sienne. Cependant il lit une Hécuhe au comité de la Revue Européenne.
10 décembre i83i.
Sur sa vie intérieure.
... Je prête l'oreille en moi-même et je n'entends plus rien de ce qui me charmait. Bruissements subtils et mêlés, chœurs ondoyants de voix roulées, répercussion des chants intimes de
I. Rappelons l'émouvant témoignage rendu par Eugénie à Barbey d'Aurevilly : « La veille ou l'avant-veille de sa mort, n'en pouvant plus, il se prit à rire vivement à votre feuilleton si plaisamment spirituel : Il faut que jeunesse se passe, dont il fut charmé. 11 en voulut deux fois la lecture : Ecris cela à d'Aurevilly, me dit-il, et que depuis longtemps je n'avais ri comme je viens de le faire. » Hélas ! et il n'a plus ri ! Vous lui avez donné le dernier plaisir d'intelligence qu'il ait eu. Tout lui était jouissance de ce qui lui venait de vous. L'amitié a été le plus doux et le plus fort de ses sentiments, celui qu'il a senti le plus à fond, dont il aimait le plus à parler, et qu'il a pris, je puis dire, avec lui, dans la tombe. Oh ! oui, il vous a aimé jusqu'à la fln. »
la nature, tout ce beau torrent de rumeurs a cessé Ma
vie intérieure ressemble assez à ce cercle de l'enfer du Dante, où une foule d'âmes se précipitent à la suite d'un étendard emporté rapidement. La multitude de mes pensées, foule agile et tumultueuse, sans bruit, comme les ombres, s'emporte sans repos vers un signe fatal, une forme ondoyante et lumineuse, d'un irrésistible attrait, qui fuit avec la vitesse des apparences incréées... Comme un enfant en voyage, mon esprit sourit sans cesse à de belles régions qu'il voit en luimôme et qu'il ne verra jamais ailleurs. J'habite avec les éléments intérieurs des choses, je remonte les rayons des étoiles et le courant des fleuves jusqu'au sein des mystères de leur génération. Je suis admis par la nature au plus retiré de ses divines demeures, au point de départ de la vie universelle ; là, je surprends la cause du mouvement et j'entends le premier chant des êtres dans toute sa fraîcheur. Qui ne s'est pas surpris à regarder courir sur la campagne l'ombre des nuages d'été ? Je ne fais pas autre chose en écrivant ceci. . .
Plusieurs lettres inédites viendront, à propos, nous apporter le témoignage de ses incertitudes et en préciser les causes. En même temps, on y trouvera un tableau attachant et plein de sincérité de son nouveau genre de vie. Il revit Lamennais à Paris, au commencement de i83/i : son culte pour l'ancien Maître était resté intact :
Mordreux. lo janvier i834.
A Eugénie.
Mordreux est un village sur la Rance
Cette lettre a été publiée par Trébulien {éd. in-î2, page 253) jusqu'à ces mots : gagner deux victoires.
Ce qui suit est inédit :
Voici, je crois, ce que j'ai de mieux à faire et ce que j'ai écrit à Raynaud, ce matin. La Revue européenne paie mainte-