‹ Maurice de GuérinChapitre 51 sur 125 · LA REVUE EUROPEENNE I · texte numérisé non relu

LA REVUE EUROPEENNE I

nant ses articles. Je puis aisément rentrer dans sa rédaction, et ine procurer avec cela de quoi passer deux ou trois mois à Paris, chez Auguste. Durant ces trois mois, je tâcherai de me faufiler dans quelque autre revue, et cela fait je reviendrai au Cayla, d'où je gagnerai mon argent tout comme à Paris, car la Revue ne paraissant qu'une ou deux fois le mois, peu importe qu'un rédacteur soit à Paris ou à cent lieues de là, pourvu que son article ai'rive au jour déterminé. Je connais un jeune homme de Saint-Malo qui travaille chez lui à la Revue européenne. La réponse d'Auguste décidera de cette affaire et par conséquent de mon retour prochain ou lointain au Cayla. Il va sans dire que tout ceci est soumis, du reste, à la sanction paternelle.

Voilà le I" de l'an passé, mais il est toujours temps de faire des vœux pour ceux que l'on aime, et pour moi c'est chaque jour le i" de l'an.

Présente mes souvenirs à MM. Bories et Limer.

Je vous embrasse tous.

M" DE GUÉUIN.

Paris, iG mai i83îi.

A SON Père.

Il est un point dont je voudrais vous persuader avant tout: c'est qu'ici il faut une grande longueur de temps pour faire peu de chose et qu'en province on se fait en général des idées sur Paris toutes contraires à la réalité. Sans doute que Paris est le lieu de la France qui offre le plus de chance de succès, mais plus que partout ailleurs le succès y est lent et exige de la patience et de l'opiniâtreté. Voici bientôt quatre mois que^ je me suis mis en quête pour chercher, je ne dis pas la fortune, mais la simple subsistance et je n'ai encore trouvé rien que d'insufRsant. C'est affligeant, mais il ne faut pas s'en étonner et encore moins s'en désespérer. Je connais tels jeunes gens pleins de talent et d'activité qui ont mis trois ans à se faire une position qui leur donnât de quoi vivre. De pareils exemples n'ont rien d'encourageant pour vous qui n'en pouvez plus, ni pour moi qui n'abonde pas en ressources. Et

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cependant faut-il encore qvi'ils nous aident à supporter patiemment les jours d'épreuves, en nous montrant que nous ne faisons pas exception, mais que tout simplement nous subissons la loi commune. Figurez-vous qu'il n'y a pas de petit poste à Paris autour duquel ne se pressent et ne bourdonnent des centaines de prétendans. Gomme ces postes coûtent beaucoup de peine à gagner, ceux qui les ont ne sont pas d'humeur à se serrer et à se gêner pour faire de la place aux survenans. Il faut donc les assiéger, assiéger l'égoïsme et vous savez qu'il n'y a guère de place plus difïîcile à emporter que celle-là. — Mon petit journal de la France catholique vient de changer de maître. M. Jean, le Directeur, l'a acheté des premiers propriétaires qui le gênaient dans ses vues et entravaient la marche de la feuille. Les affaires iront-elles mieux que par le passé ; la rédaction, si faible, se fortifiant, attirerat-elle un plus grand nombre d'abonnés ? C'est ce qu'on a promis et dont nous aurions grand besoin. Tous ces petits journaux qui pullulent, naissent à peine viables. Les défaillances et l'épuisement les saisissent bientôt, et on les voit tomber comme ces insectes qui meurent après avoir fait quelques tours en l'air. Quant aux répétitions, il en va comme de tout le reste. C'est coui'u, disputé par des miniers de jeunes gens qui s'accrochent à tout ce qu'ils peuvent, comme je fais.

Une fois pour toutes n'ayez pas d'inquiétude à mon sujet quand vous entendrez parler d'émeute fvoir la suite dans une lettre publiée sous la même date, éd. in-12, p, 300).

Paris, 18 Janvier i835.

A SA Sœru.

Le pâté nous est arrivé dans le meilleur état du monde, et parfumant l'atmosphère tout avitour de lui d'une senteur riche et appétissante qui irrite agréablement l'odorat et chatouille la gourmandise. Peu s'en faut que je ne t'improvise une épopée gastronomique, dont il serait le héros, bien que

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