‹ Maurice de GuérinChapitre 54 sur 125 · A M. H. DE LA MORVONNAIS · texte numérisé non relu

A M. H. DE LA MORVONNAIS

Cette lettre est publiée (éd. p. 3o8J depuis : Cette impalicnce de savoir.... jusqu'à : Je ne veux pas essuyer ce rire.

Ce qui suit est inédit :

Vous touchez, en passant, une plus haute question quand vous m'annoncez que vous avez parlé à ma sœur de mon ébranlement dans ma foi à l'avenir du Catholicisme. Ces questions religieuses sont en cflet d'une telle élévation au-dessus de ma tête que je n'essaierai pas ici ni ailleurs d'en approcher. Le Catholicisme porte, dit-on, la société, la société me porte et je suis un fardeau si léger et si vain qu'il leur restera bien assez de force à l'un ou à l'autre pour me soutenir moi et un grand nombre encore, sans doute. Aussi vais-je sans inquiétude sur ce point. Ceci a [t-il] la tournure d'une profession d'égoïsme assez foi'melle ? nullement, mon ami. J'ignore la nature du vaisseau sur lequel je navigue ; je sais seulement qu'il ne sombrera pas de mon vivant, c'est ce que je constate. Adieu, mon ami, cette lettre s'est trouvée prise comme à mon insçu par la réponse aux questions que vous m'aviez adressées. Si vous n'y trouvez pas marqués ces souvenirs tristes et secrets qui vous alarment si douloureusement, ne l'imputez pas à mon affai-

LN PLAN d'avenir i/ÎI

blissement de ces souvenirs. Ce parfum ne périra qu'avec le vase où il est allaché.

Adieu encore. Mille amitiés vraies à Paul, Amédée, François. Mes remerciements bien sincères à vos bons serviteurs.

Paris, ce 8 avril i83G.

A SON Père.

Je suis sorti des incertitudes où vous me croyez encore : mon choix est arrêté, je serai professeur. Quand ? je ne sais ; je me présenterai à l'agrégation l'année prochaine, et je déborderais de science classique que je ne povirrais m'offrir avant, attendu qu'il faut avoir porté deux ans le titre de maître d'étude et que le mien ne date cjuc du commencement de cette année-ci. Triomplierai-je à la première épreuve .^ C'est douteux. La plupart échouent ; mais cela ne tue pas un avenir : il y aura toujours un jury d'examen, je serai toujours là pour revenir à la charge et il se présentera toujours quelques leçons dans Paris pour me faire subsister jusqu'à ce que j'emporte la place. Je viens de vous tracer en raccourci tout le plan de mon avenir ; il est basé sur l'opiniâtreté d'une volonté bien établie, renforcée par le besoin, je ne connais pas de meilleure garantie.

(Extrait.)

33 mai i83G.

A SON Père.

— Vous me croyez donc toujours de l'école et endurci dans l'hérésie ? Je serais fort fâché que mon attachement aux écoles, systèmes, petites rebellions, réformes au petit pied, apocalypses républicaines, etc., eût la cent millième partie de la force de la persuasion où vous êtes que je suis encore une de leurs dupes les plus ferventes. Voilà, je crois, la seconde fois que je me défends formellement d'appartenir au collège des apôtres

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tie M. de Lamennais ; me forcerez-vous de renier trois fois comme Saint-Pierre ? Quatre et cinq, si vous voulez ; je ne sortirai pa^ au chant du coq pour pleurer amèrement.

(Extrait.)

Paris, 17 décembre i836.

A Paul Quemper.

Votre Ictlrc, mon cher Ami, a rappelé ma pensée du milieu de l'Océan où elle s'attachait à suivre votre sillage. Du charme Iristc que j'avais à vous faire, dans ces lointains, un secret cortège de tout ce que le cœur engage sur les traces de ceux que nous aimons et qui nous sont ôtés, me voilà rejeté sur le rivage et contraint de trouver fâcheux que vous soyez encore si près de moi. Ma part est d'autant plus grande dans l'incomparable ennui que vous souffrez, que volrc absence va s'accroître de tous ces retai-ds ; et quels mécomptes plus cruels que ceux qui surviennent dans l'attente d'un retour ? — Me voici au moment d'exécuter mon grand projet de retraite et de travail^ mais que d'embarras et dans quels misérables réseaux le sort se plaît à tenir nos pieds empêchés ! L'emprunt d'où j'attends ma délivrance souffre mille difficultés : les prêteurs sont rares en ce moment, un seul jusqu'ici et qu'on ne fait encore qu'entrevoir. Voudra t-il se prêter aux conditions que je proposerai et hors desquelles je ne dois pas m'engager ? Faut-il emprunter la subsistance de deux ans ou d'un seul ? Les chances de mon succès valentelles le sacrifice que je vais leur faire? Toutes questions encore à résoudre et dont le nœud est terriblement serré. J'ai écrit à mon père qui consent à contresigner ma dette, mais ce n'est pas, comme vous pensez bien, de la meilleure grâce du monde, C'est un point bien fâcheux dans l'accomplissement de mon dessein qu'il me faille ainsi aliéner derechef mon indéjjendance, car en se portant caution pour moi dans cet emprunt, mon père acquiert des droits d'examen sur l'usage que j'en

I. Il voulait se présenter à l'agrégation pour le professorat.

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