I. Chez Madame
gances ; peut-être cela me soulèverait-il cette froide montagne de plomb qui me pèse au cœur. — Et puis G[uérin] est toujours heureux de me voir, et quand nous sommes ensemble nous sentons moins ou plus la Vie, je ne sais, mais toujours est-il que le lien d'acier se desagrafe sous les dilatations de la poitrine. — C'est l'ennui qui nous lâche, mais pour nous reprendre et toujours plus fort. Si celte disposition maudite continue, que deviendrons-nous, même avant d'être vieux ? Et par-dessus, s'il nous faut vieillir ? Hein ? voilà une amusante perspective.
2 août.
Vais m'habiller et sortir. — Pour que je n'allasse pas chez Guérin ce soir, il faudrait que la terre manquât sous mes pieds !
3 août.
Levé à huit heures. — Reçu un billet de Guérin... admirable de connaissance de soi-même, de simplicité d'ennui. On ne peint pas le dégoût d'une plus charmante manière, spirituelle dans l'imagination.
i5 août.
Reçu une lettre superbe de Guérin, qui insulte son esprit avec son esprit et au nom de son esprit. Qu'il y prenne garde! Il se mord la queue jusqu'au ventre comme un serpent qui se dévorerait. Quand il parle de son impuissance, il démontre le contraire de ses paroles, qui n'en sont pas moins fort éloquentes, du reste, et d'une grande richesse de mépris.
Dimanche aG août.
Guérin est venu, causé et discuté avec assez d'action : lui cherchant à me prouver que je ne suis pas ce que je suis, et
moi rétablissant les termes.
8 octobre.
Descendu chez Guérin en voiture. — Le temps superbe, mais glacé, comme la Marquise.
Vu Mademoiselle Eugénie de G[uérin] et voici ma première impression. — N'est pas jolie de traits et même pourrait passer