devint rédacteur de VUnivers
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système tel que celui-ci ? On tâchera de paraître régulièrement ainsi, de recruter quelques abonnés (il vavidrait mieux dire : pour ne pas perdre ceux qui restent) ; les finances seront administrées avec la plus sévère économie, les rédacteurs ne seront plus payés. Tels sont les moyens de résurrection. Avec de pareils agents, ils ne parviendront pas même à galvaniser le pauvre mort. J'ai A'isité le lit funèbre de la France catholique '. Elle est tombée en léthargie depuis un mois. Le collègue de M. Jean est en tournée pour recueillir ça et là des éléments de vie, mais la tournée se prolonge tant qu'elle me donne beaucoup plus d'alarmes que d'espoir. Ils par\aendront peut-être à injecter quelque peu d'argent dans les veines du journal moribond, le pouls reprendra, mais ce reste d'apparence vitale s'évanouira bientôt. Je ne sais quelle décrépitude a atteint tous ces journaux le lendemain de leur naissance. Espérons que ces trépas sont providentiels et que tout cela ne disparaît que pour faire place, .idieu, mon ami, mon espéré ; je voulais vous distraire avec ma letLi'e et je ne vous annonce que des sinistres. Je vais vous achever de tristesse avec tous mes sombres récits, mais que voulez- vous ? Nous sommes dans le temps où tout tombe, ajoutons, comme le gland de Dodone, pour donner naissance à des chênes plus vigoureux et qui rendront mieux les oracles.
Veuillez faire agréer mes hommages respectueux à Madame de la Morvonnais, mille baisers à Marie, mille amitiés à François. Je vous embrasse bien tendrement.
I. Feuille hebdomadaire dirigée par M. Jean et qui subsista pendant quinze mois. Guérin, Morvonnais et quelques autres amis lui donnèrent des articles littéraires et des poésies. (Note de M. du B. de M.)
UNE RÉCOiNCILIATlON 2/iO
Paris, 2 janvier i835.
A SON Père.
Le début de cette lettre a été publié (éd. in-i2, p. 33): Voilà, je crois plus de douze ans
Ce qui suit est inédit :
Ainsi l'agrégation est un pas très difficile à franchir, il est rare qu'on scSt reçu la première fois qu'on se présente. Mais quand on a, comme j'ai maintenant, jiied dans un collège et des relations assez bien établies, on peut subir ces ajournements, sans autre inconvénient que celui de la perte d'autant d'ancienneté, ce qui recule nécessairement les droits à la retraite.
Voici, mon cher papa, une petite mission fort délicate dont je vous prie de vouloir bien vous charger, sachant que vous avez la main sûre pour les rapprochements. Or, puisque main il y a, prenez la mienne que je vous donne et mettez-la dans celle d'Eugénie qui, j'espère, voudra bien la serrer en oubli de la faute qui m'a attiré sa colère. Vous devez la connaître : c'est une lettre de trop courte taille, en quoi ma chère ennemie a cru reconnaître un grand refroidissement de cœur. Gomme je serais désolé qu'à l'avenir le plus ou moins d'étendue d'une lettre fût regardé comme la mesure de mon affection, qui irait croissant ou décroissant avec le papier, je vous supplie tous de n'attacher aucune signiflcation de refroidissement ou défaut semblable, à la grandeur de mes pages passant de l'in-S" à rin-i2. Nous sommes tous d'un âge assez mûr pour ne plus douter de l'affection qui nous lie les uns aux autres, nous susceptibiliser et nous quereller pour des enfantillages.
Adieu, mon cher papa, je vous embrasse bien tendrement de mes bras et de mes vœux. J'embrasse en vous toute la famille.
:2bO MAURICE DE GUERIN
Paris, 18 février tSSS'.
A. H. DE La MonvoNNAis.
Depuis que je vous ai quitte, mon clier, mon doux Hippolyte, ma pensée n'a guère laissé passer de jours sans être avec vous. Initiée aux liabitudes de votre vie, aux sentiers secrets de votre âme, elle était heureuse de vous suivre dans tous les détovirs de votre journée, d'assister invisiblement devant vous de vous épier, mon doux ami, dans votre solitude. Mais si, dans ces jours fortunés, il lui arrivait de se détourner un moment de son observation, si elle s'éloignait pour un peu d'une compagnie si chère, aujourd'hui elle ne s'écarte plus, rien ne peut l'interrompre ; jamais le plus léger assoupissement ne suspendra sa veille auprès de vous. Je suis présent à vos douleurs, à vos prières, aux mystères profonds de votre sacrifice. Je ne perds pas une des empreintes de votre c\me quand elle se retire au loin et se plonge dans ces déserts sans bornes, à des distances infinies de toute consolation. Mais cette présence invisible et silencieuse, ces messages continuels et muets de mon âme à la vôtre, l'issue que je donne en moimême à ma douleur, le vif entretien de mes souvenirs, les retours aux sites et aux émotions, les i-echerches dans l'invisible, les abandons en Dieu, ne suffisent pas. Il reste toujours une plainte profonde et qui ne s'interrompt point, que je ne puis satisfaire. Il me semble cependant que si j'étais dans vos bras, elle cesserait un peu, étouffée par des voix plus vives et plus douces, ou plutôt qu'il me viendrait de vous une énergie religieuse qui me ferait surmonter toutes les plaintes. Je m'incline donc d'ici vers vous, mon ami, laissez-moi vous abandonner mon âme, me répandre dans votre sein longuement. — Tout mon être est dans une pensée; ma vie puise à
I. Cette lettre a été publiée par Amédée Duquesnel dans la seconde édition (18G/I) de la Thébaïde des Grèves de II. de La Morvonnais. Comme ce volume est devenu très rare et que cette pièce y est, en somme, perdue pour les fervents de Maurice, je crois devoir la reproduire. La seconde partie de la lettre figure dans le Journal (éd. in-ia» p. iii-iia).