‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 51 sur 141 · UNE SOIREE AVAM LA DISPERSION II · texte numérisé non relu

UNE SOIREE AVAM LA DISPERSION II

La Dclivrande est là sur la colline, En face du soleil couchant.

Et ce fragment d'une composition plus vaste, dont la plus grande partie est perdue :

En se courbant toujours sous l'invincible main

Dans des flots inconnus elle plonge sans fin.

Elle plonge, et du ciel l'ineffable harmonie

S'éloigne, s'affaiblit, s'efface évanouie;

Elle plonge, et du ciel les globes lumineux

Qu'elle avait en passant mesurés de ses yeux.

Perdus dans les hauteurs déjà se rétrécissent.

Leur sphère s'évapore et leurs rayons pâlissent :

Ainsi de monde en monde elle plonge, et toujours

Son aile en s'abaissant préciiîite son cours ;

Elle repose enfin son vol dans une sphère

Où ce n'est plus les cieux, où ce n'est plus la terre.

Où, comme le voilier avant d'entrer au port.

Toute âme qui descend ou remonte, s'endort.

Soit pour se dépouiller d'un reste de poussière.

Soit pour laisser au ciel des secrets qu'il (sic) veut taire.

A côté de mon âme une âme au vol brûlant

S'abat comme un rayon de l'aube qui descend.

Oh ! comme elle était blanche et brillante et légère !

Son regard était plein d'une pure lumière...

J'aimerais à citer aussi la pièce intitulée : Une soirée avant la dispersion, souvenir ému du dernier jour de la Chênaie, l'Harmonie, et d'autres encore, mais on les trouvera plus loin, et de nouveaux sujets réclament notre étude.

Au reste, j'engage fort les amis de Guérin à relire les quelques compositions poétiques jointes par Trébutien à son édition, en même temps que les nouveaux fragments insérés dans ce volume ; ils verront

llS MAURICE DE GUERIN

que l'auleur de la Promenade dans la Lande, a été, à quelques égards, un précurseur de poêles aimés et admirés de notre génération. Les points de vue ont un peu changé depuis le temps où Barbey d'Aurevilly écrivait ceci (i856) : « Lu pour faire un point d'orgue harmonieux à nos conversations, \a. Promenade dans la Lande, de Guérin. Poésie souflVante pour messieurs les poètes de ce temps, qui ne sentiront pas le soufflet ! Mais nous l'entendrons, nous, et cela ne manque pas de volupté ». Parmi les pièces déjà publiées, il s'en trouve plus d'une à laquelle un suffrage aussi flatteur conviendrait en toute équité. Mais avant de quitter définitivement la terre bretonne avec Maurice, il n'est pas sans intérêt de fournir quelques détails ignorés sur ce milieu très attachant des La Morvonnais, dont le nom restera lié d'une manière indissoluble à celui des Guérin. De rares affinités d'idées et de sentiments, surtout en ce qui touche la compréhension de la nature, avaient porté l'un vers l'autre les deux jeunes hôtes de la Chênaie. Hippolyte S rêveur, étrange, même quelque peu mystique, caractère enthousiaste et généreux, dont la haute valeur morale s'imposa à tous ceux qui le connurent, mériterait une étude particulière. Je renvoie, avec l'espoir que celle-ci verra bientôt le jour, au charmant article

I. Je ne saurais trop reconnaître ici les bons ofiices de M. de la Blanchardière, petit-fils d'Hippolyle de la Morvonnais, qui m'a accueilli, au Val de l'Argucnon, avec un empressement si cordial et qui m'a communiqué de précieux documents sur son aïeul.

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