‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 52 sur 141 · UN MENAGE IDEAL II · texte numérisé non relu

UN MENAGE IDEAL II

de M. Jules Claretie^ et aux pages remarquables publiées par Amédée Duquesnel - en tête de la seconde édition de la Thébaïde des Grèves, recueil poétique que La Morvonnais avait donné dès i838 sans nom d'auteur et qui reparut, très accru par un certain nombre de poésies posthumes, en i864. Cette nouvelle édition contient plusieurs lettres fort éloquentes de Maurice à son ami qui manquent au volume de Trébutien, nouvelle lacune qu'il importerait de combler, avec tant d'autres. Le croirait-on ? Ce ménage idéal des La Morvonnais, tant célébré par les contemporains et considéré par eux comme le modèle accompli d'une union parfaite, s'il en fût, connut aussi des nuages et même d'assez sérieux malentendus. Or, l'origine de ceux-ci, du moins pour une certaine part, semble bien se rattacher au séjour d'un ami d'Hippolyte au château du Val. Cet ami fut-il Maurice de Guéri n ? La lettre que nous allons citer porte, sur la copie qui nous a été communiquée, la date de mars i833 ^, qui paraît

1. Jules Claretie, Elisa Mercœur, H. de la Morvonnais, Georges Farcy, Charles Dovalle, Alphonse Rabbe. Paris, Bachelin-Deflorennes, i8G4, pet. in-i6.

a. La Thébaïde des Grèves, seconde édition avec une notice sur H. delà Morvonnais par Amédc Duquesnel, Paris, Didier, 1864, in-i2. Cette seconde édition, bien à tort, a laissé de côté l'une des poésies les plus intéressantes d'Hippolyte : le \ieux Paysan, (Paris, Coquebert, i8iio, in-iG, 78 pages).

3. Cette précieuse lettre a été publiée par A. Duquesnel dans la notice citée plus haut. M. de la Blanchardière m'en a communiqué une copie dans une sorte d'album de famille, conservé un château du Val. Peut-être l'ami auquel la lettre fait allusion est-il Qaimpcr ou Duquesnel lui-même.

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oxcUire toute idcnlificalioii avec l'auteur du Centaure. Mais il est possible que cette date ne soit pas exacte. En tout cas. ce document jette sur la vie intérieure des lioles du Val un jour si inattendu, que je n'hésite pas à le reproduire ici. Il faut dire d'abord que La iMorvonnais, très porté vers les hautes spéculalions sociales et politiques, méditatif et concentré, manifesta, à diverses époques de sa vie, des tristesses et des mélancolies empreintes d'uue susceptibilité un peu bizarre. Les séjours de ses amis l'avaient habitué à des confidences, à des épanchements, à des fraternités intellectuelles, dont l'absence lui fut vraiment douloureuse après chaque séparation. Sa charmante femme, à l'égard de laquelle Guérin professait une admiration et un culte aussi enthousiaste que respectueux, souffrit piofondémeut de ces sentiments par trop exclusifs. C'est à la veille d'un de ces départs qu'elle se décida à écrire à son mari cette lettre poignante, restée jusqu'à présent inaperçue dans la notice de Duquesnel :

« II me serait bien doux, mon cher et bien doux Hippolytc, de l'accorder ce que lu me demandes, mais je sens en moi tanl d'impuissance et de faiblesse que je suis toute découragée d'avance. J'apprécierais cependant bien vivement le bonheur de faire passer dans ton âme les faibles impressions que la mienne ressent, et si quelques replis de mon cœur ne l'étaient pas connus, j'aimerais à te les dévoiler, mais non, mon poète cliéri, ta Marie ne réussira pas: dis-moi j^ourquoi déjà elle tremble. Si j'avais eu le bonheur de te connaître plus jeune, ou du moins si nos premières années de mariage n'avaient pas été des années de douleur, tu aurais pu, en guidant un cœur que la curiosité a toujours retenu et même rendu

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