LAMENNAIS ET LA CHENAIE
à découvrir pendant qu'il vivait. Quoi qu'il en soit, ce séjour, qui dura moins d'une année, exerça sur la formation intellectuelle de Guérin une influence profonde, bienfaisante à tous égards. Ce fut à la Chênaie qu'il contracta plusieurs des amitiés qui firent, par la suite, la joie et le réconfort de sa vie : Hippolyte de la Morvonnais, François du Breil de Marzan, Gazalès, Élie de Kertanguy, Paul Quemper, etc. Quand arriva la dispersion du petit cénacle, Maurice quitta avec des regrets infinis cette retraite heureuse, qui lui avait ouvert tout un monde d'idées et de sentiments. Le 7 septembre i833, les portes du petit paradis de la Chênaie se fermèrent sur lui. Il demeura quelques semaines à Saint-Méen, puis à Ploërmel, chez M. Jean de La Mennais, frère de M. Féli, dans la maison des frères de l'Instruction chrétienne. Son. désir était alors d'entrer au collège de Juilly, mais ce vœu ne put se réaliser. Au début de décembre, on le retrouve au château du Val de l'Arguenon, près de Plancoët, chez M. et Madame H. de la Morvonnais. Nous traiterons plus loin des conséquences de ce séjour, qui exerça sur le développement de sa sensibilité une influence décisive. Le 24 décembre, il quitte le Val pour aller séjourner trois semaines à Mordreux, chez M. de la Villéon, beau-père d'Hippolyte. A la fin de janvier i834, il regagne Paris en passant par Caen. Son rêve est d'arriver à se conquérir une place dans quelques revues littéraires. Il réussit à faire insérer plusieurs articles dansla/?eyae européenne, dans la France catfiolique, mais il s'aper-
b MAURICE DE GUEUIN
çoit assez vile que celte collaboration aléatoire et intermittente ne saurait lui procurer les ressources nécessaires à une vie indépendante. Grâce à ses amis de la Chênaie, il se trouve admis dans quelques réunions brillantes qui lui permettent d'étendre ses relations intellectuelles ; il continue de voir Lamennais, alors à Paris. Dans le courant de juin, Maurice va passer six semaines de l'été dans le Perche, chez M. Vacher, un de ses amis de collège, au Parc, à Soizé. Il y mène quelque temps la vie de famille, dans une maison simple et pleine de cordialité. Ses embarras d'argent augmentent : en septembre, (v l'espérance de Juilly », qui le tenait en haleine depuis un mois, s'évanouit. Cependant, il obtient d'élre chargé d'une petite classe de vacances au collège Stanislas. Depuis qu'il a quitté la Chênaie, un an s'est écoulé. « Que de voyages, que de projets créés et détruits depuis ce jour-là ! » écrit-il à ce moment, avec une mélancolie quasi découragée. Quand arriA-c le i" janvier i835, il constate tristement que, depuis douze ans, il n'a pas eu la joie d'embrasser les siens au renouvellement de l'anjiée. Une catastrophe soudaine se produit au château du Val : Madame de LaMorvonnais meurt le aa janvier, emportée par une fièvre cérébrale après deux jours de maladie. Ce deuil, ressenti douloureusement par l'ancien cénacle et par tous les amis de la Chênaie, parmi lesquels ligure Sainte-Beuve lui-même, jeta dans l'âme de Maurice un trouble extrême. De plus en plus se complique le problème de son avenir :1l