‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 8 sur 141 · VIE PARISIENNE ET VOYAGES · texte numérisé non relu

VIE PARISIENNE ET VOYAGES

se décide à préparer l'agrégation. Au mois de septembre i835, il entreprend avec un ami, Adrien de Sainte-Marie, son ancien camarade de Stanislas, le seul voyage d'agrément qui ait marqué sa courte carrière, voyage le plus souvent pédestre, qui lui fait visiter les bords de la Loire, de Blois à Nantes, et contempler l'a Océan grondant au bout >. De là, il rentre dans l'intérieur des terres jusqu'à Bourges et Nevers, pour aller faire une première station chez Madame de Maistre, sœur de son compagnon, au château des Coques, sur les coteaux de la Loire, à quelques lieues de Nevers, et une seconde à Saint- Martin, chez Madame de Sainte-Marie, mère de Madame de Maistre. Il fait cent lieues à pied, le reste à cheval, en voiture, en bateau à vapeur. Celte vie libre et nouvelle le ravit au plus haut point.

« Le courant du voyage est bien doux, je le suivrais volontiers toute ma vie. Oh ! qui m'exposera sur ce Nil ? » soupirait-il au retour. Ce sont les derniers mots de son Journal. Un grave changement s'est produit depuis quelque temps dans sa vie — depuis i834 — qui amène tout un renouvellement de sa pensée en même temps qu'une grande modification de sa vie sentimentale : il se détache peu à peu de la foi catholique et mène une existence tout à fait indépendante des croyances religieuses qui exerçaient sur sa famille et notamment sur sa sœur Eu"-énie un empire si absolu. De là. des heurts, des froissements, des reproches fréquents et même des difficultés plus pénibles. Nous essayerons

lO MAURICE DE GUERIN

d'apporter quelque lumière sur cette crise essentielle de la vie de l'auteur du Centaure, et qui en est justement la période la plus obscure et la plus originale. Maurice noue alors de nouvelles liaisons. Il retrouve son ancien camarade de Stanislas, Jules Barbey d'Aurevilly, qui devient son compagnon de toutes les heures, son confident le plus intime et qui le restera jusqu'à la fin. De rares affinités d'esprit, des idées et des manières de sentir communes sur bien des points, consacrent définitivement cette fraternité d'âmes, que l'histoire littéraire mettra un jour en belle lumière, à côté des plus illustres exemples de sentiments analogues que nous fournissent les siècles passés. Barbey lui fait connaître Trébutien, le futur éditeur des deux Guérin. C'est même à la suite de plusieurs visites au Louvre faites avec ce dernier, que fut composé le Centaure. Grâce à des leçons plus nombreuses, sa situation matérielle s'était améliorée ; il vivait plus au large et fréquentait davantage les milieux mondains. Toutefois, sa tâche quotidienne n'allait pas sans d'assez grandes fatigues. Sur pied dès sept heures pour une leçon à donner dans le voisinage de son appartement, il devait courir de là au Collège Stanislas, « à l'autre bord de Paris » et y demeurer jusqu'à six heures. Il lui restait alors une heure et demie pour dîner et repassera l'autre extrémité de la ville, où l'attendait une dernière leçon qui se terminait à huit heures et demie. « Ma liberté se lève dans la nuit, écrivait-il à son ami du Val; l'accoutumance ayant usé 'les

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