DU CAYLA A PARIS
dans la capitale à l'hôtel de Neustrie, rue de Port- Mahon, où d'Aurevilly doit lui retenir une chambre.
« Enfin, enfin, mon amie, je vais être avec vous ! Je vous verrai tous les jours, tous les jours à la même table, au même foyer ! Ma chère tante, que vous êtes bonne ! laissez-le moi vous le dire mille fois. Votre bonté donne à tous les embarras des solutions si heureuses, et à mon impatience un avant-goût si \if de mon bonheur ! Que je suis désolé de l'état où vous a jetée, ma bien-aimée, ma lettre où je vous parlais des difïicultés et de l'incertitude de mon départ ! SouiTrante et presque malade pour moi ! Vous ne trouvez plus dans le monde aucun charme qui vous attire ! Vous vous repliez dans l'intérieur où nous devons vivre 1 Plus de bonheur nulle part sinon où nous serons ensemble ! Quelle émotion vous avez soulevée en moi en me disant cela, quel désir de vivre à jamais en vous et pour vous !... Adieu, Caroline. Un baiser d'Eugénie, qui me suivrait bien volontiers, mais il y a trop d'impossibilité. »
Dernière lettre, datée de Bordeaux, le 3o janvier i83S. Erembert l'a accompagné jusqu'à Gaillac. Il aurait bien voulu le suivre plus loin ; mais, hélas 1 il n'a pas aux pieds les talonnières de Mercure, qni étaient d'or. Maurice a réussi à voyager tout seul dans le coupé, où il a pu s'étendre et reposer à son aise. Dans trois jours il sera à Paris.
Nous le retrouvons donc rue du Cherche-Midi et nous revenons du même coup aux Memoranda de Jules d'Aurevilly.
Quand le cher poète, à son retour, s'est installé chez sa future tante et sa fiancée, Barbey se rend volontiers dans leur logis, y prenant le thé avant le dîner ou y passant la soirée. Il se déclare de plus en plus satisfait de connaître cette c excellente »
igO MAUUICE DE GLERIN
famille. Le jour anniversaire de la naissance de la jeune fille (6 avril 1 838) , il apporte avec lui en venant dîner « le plus charmant des bouquets ». Un autre jour, il choisit avec intention un amour d'habit neuf pour se rendre chez ces dames, notant avec humour qu'il en offre la virginité à la fiancée du poète. Il obtient de l'entendre chanter, et Caro lui fait entendre une mélodie de Scudo sur ses propres vers. Il admire sa robe bleue, mieux encore sa u joliesse », son accent pénétrant, doux et étrange, son œil bleu de lotus ; il lui écrit des billets ; il la déclare séduisante et bleue comme un papillon de cachemire ; il l'embrasse même sur les deux joues et la tante par-dessus le marché, en présence de son ami. Il l'observe, une autre fois, curieusement et note qu'elle est plus châtain foncé qu'il le pensait. Elle reste pour lui « la suave rieuse avec un océan d'humidités charmantes dans ses yeux lapis. « Peu après le mariage, il signale avec complaisance la transformation réalisée chez la jeune femme.
Avec tout cela, il souhaite du fond de l'âme de voir Guérin joyeux, se désolant de le trouver, au moment même oii le bonheur semble lui sourire pleinement, triste et abattu ; il paraît surpris que le grand rêveur puisse ne pas être heureux avec tous les éléments de la félicité. Ces désespoirs, cette (i misère secrète » (avril et juin i838) le navrent. Aussi avec quel accent de joie intense, il note que son ami « se relève » et que son imagination se rassérène... A cet égard, certaines des lettres reçues par