LES GRECS ET GCETHE
passionné vers les secrets de la nature. Il ne l'a point aîmcc en poète seulement, il l'a idolâtrée. Il a été panthéiste a là manière de Goethe sans le savoir, et peut-être s'est-il assez peu soucié des Grecs, peut-être n'a-t-il vu en eux que les dépositaires des mythes sacrés de Cybèle, sans trop se demander si leurs poètes avaient le don de la chanter mieux que lui. Son ambition n'est pas tant de la décrire ni delà comprendre, et les derniers versets du Centaure révèlent assez le tourment d'une ardente imagination qui ne se contente pas des mots et des images, mais qui interroge avec ferveur les mystères de la création... Il veut savoir, il veut surprendre et saisir le sens caché des signes divins imprimés sur la face de la terre ; mais il n'a embrassé que des nuages, et son âme s'est brisée dans cette étreinte au-dessus des forces humaines. C'est être déjà bien grand que d'avoir entrepris comme un vrai Titan d'e? alader l'Olympe et de détrôner Jupiter. » G. Sand donne en note une longue et curieuse lettre de Sainte-Beuve, censé « un vieux ami de province », que je regrette bien de ne pouvoir reproduire. En voici le début : « Cette ébauche du Centaure me frappe surtout comme exprimant le sentiment grec grandiose, primitif, retrouvé et un peu refait à distance par une sorte de réflexion poétique et philosophique. Ce sentiment-là, par rapport à la Grèce, ne se retrouve dans la littérature française que depuis l'époque moderne... » Et le critique présente en trois pages l'histoire de ce sentiment à travers les âges.
(Art. de G. San«.l dans la Revue des Deux-Mondes, i5 mai i8/|0.)
LETTRES DE B. d'aUREVILLV A TRÉBUTIEN
i" novembre i85o.
Ne dites pas que vous n'avez que les germes de toutes choses. C'est ce que disait Guéri n aussi, qui vous avait deviné et à qui vous avez couvé des pensées d'art dans la tête, cette Ruche d'or d'où toutes les abeilles de l'Attique allaient s'envoler, quand
il a fallu mourir ! Guérin ne se trouvait, comme vous, que le Germe des choses ; il se voyait comme vous dans un miroir renversé. Vous êtes tous deux les victimes de l'idéal parce que vous n'êtes jamais au niveau de votre conception.
i-'» septembre 18/17.
Vous ne croyez pas en vous. Vous n'osez pas avec vousmême, et la paresse trouve son compte dans la croyance au néant dont elle engourdit la douleur. Guérin avait été comme vous. Il ne croyait pas à son génie. J'ai vingt lettres de lui, vingt billets écrits avec le plus pur sang de sa pensée, plus précieux que le sang de ses veines ouvertes et coulant plus douloureusement, dans lesquels il s'insulte dans toutes ses facultés et se proclame une impuissance ! Cela m'a fait, depuis, comprendre que les plus grands saints se crussent les plus grands pécheurs.
Autographe de Maurice de Guérin.