‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 93 sur 141 · LE PROCÈS DES MINISTRES · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DES MINISTRES

nonce; l'histoire jugera s'il était digne de la cour des pairs de transiger entre la conscience et la peur. Dès la \eille du jour où l'arrêt fut rendu, une foule immense s'était portée aux environs du Luxembourg, vociférant des cris de mort et de sang: la garde nationale environnait le palais, l'arme au bras, et résistait par sa masse immobile et son inébranlable fermeté; elle contint ainsi le peuple jusqu'au jour. Alors un bruit circule : deux des ministres sont, dit-on, condamnés ; le peuple est content, il aura du sang, et tandis qu'il est tout préoccupé de son horrible joie, une voiture emporte rapidement les ministres au donjon de Vincenncs. Mais le véritable arrêt ne tarda pas à être connu, et on apprit en même temps que les victimes étaient en sûreté. On s'attendait à ce que le peuple témoignerait avec violence son mécontentement d'avoir élé ainsi désappointé et qu'il ne pousserait pas plus loin ses efforts, voyant qu'ils seraient impuissants, mais il n'en fut pas ainsi. L'émeute prit au contraire un caractère plus grave et l'on vit alors manifestement que le procès des ministres n'était que l'occasion et non le but des agitations. Ces Messieurs ne voulaient rien moins que renverser le gouvernement pour nous donner : république ou anarchie, je ne sais quoi ? Pendant trois jours et trois nuits, ils nous ont tenus dans l'alarme, nous comptions toujours nous éveiller avec quelque nouvelle constitution, mais, grâce à la garde nationale, tout est rentré dans le calme : Paris était devenu comme un camp immense. Chaque place, chaque carrefour était converti en bivouac : on aurait dit d'une place assiégée. Le bruit avait couru que les écoles polytechnique, de droit, de médecine, etc.. devaient se joindre aux insurges: pour démentir cette inculpation, elles ont formé une immense colonne et ont parcouru les rues, leur carte au chapeau, criant : Vive la liberté et l'ordre pubHc. Cette démonstration a décidé la victoire. Et le lendemain tout était fini. Mais à peine sorti d'un danger, le gouvernement s'est jeté dans un autre. Comme au temps où l'on sauvait i5 fois la patrie en i3 jours, il a fallu voter des remercîments à la garde nationale; c'était déjà bien assez. Voilà M. Lafilte qui propose d'en voter aussi aux écoles : opposition ; les écoles ont fait des conditions: « Non, dit M. Lafittc, je puis le garantir » ; soit : et les remercîments

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sont votés. Les écoles apprennent cela : elles avaient fait des conditions et afriché des proclamations injurieuses à la chambre des députés. Elles se réunissent dans le Panthéon pour renouveler leur adhésion à ces proclamations et répudier les remercîments de la chambre dans laquelle, disent-ils, ils ne trouvent pas la France. Ils devaient se porter hier sur la chambre des députés pour la faire sauter ; ils se sont contentés d'aller chez Lafayetle pour le complimenter sur sa démission de commandant général des gardes nationales. Ce personnage venait en effet de la donner ainsi que Dupont de l'Eure, Odilon Barrot, Treillard et tous les chefs du parti mouvement. Tout cela va renforcer l'opposition au gouvernement. Les deux chambres sont perdues. On méprise les pairs; on ne veut pas des députés. Voilà où nous en sommes. D'un jour à l'autre nous pouvons être révolutionnés. Vous pensez bien que je me tiens en dehors de tous ces mouvements. Auguste est de la garde nationale. Hier, il reçut ordre de se tenir prêt à partir au premier coup de tambour. Telle est notre vie à Paris. Nous sommes toujours sur le qui-vive. Qui sait ce que nous amènera l'année qui va commencer? Il ne faut pas y penser. Savez-vous que Gustave est sous-diacre ? Quel courage de s'engager par le temps qui court I

A Mademoisellk Eugénie de Guéuin, an Cayla, par Gaillac (Tarn). ■

La Chênaie, 29 avril i833.

Que je te conte une course délicieuse'. Cazalès est venu voir sa mère à Rennes, il a poussé jusqu'à la Chênaie. C'était vers le i5, je crois. Apres quelques jours, il a parlé d'aller voir la mer à Saint-Malo ; j'ai demandé à M. Féli la permission de l'accompagner, il me l'a permis et vers une heure après-midi, nous nous sommes mis en route à pied, par un beau soleil et un vent frais. Nous avions cinq lieues à faire, mais nous en

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