LA MELANCOLIE GUERINIENNE III
étangs qui dépérissent lentement dans une atmosphère de fièvre. Sans doute il portait dans son corps fragile le germe des morts prématurées ; mais son tourment de l'infini, son amour déréglé de la nature et les alarmes de son esprit d'analyse ont précipité sa fin, car il fut le plus sincère et le plus ravagé des romantiques.
Pourtant, à travers ces aveux de défaite, apparaissent les sursauts de sa vaillance. Le Journal n'est pas seulement l'œuvre d'un élégiaque qui s'abandonne à la plainte. Ce mélancolique se redresse. Ce malade désire faire entendre, avant de mourir, les révélations de cette voix mystérieuse qui retentit au fond de lui-même. Donc il eut la volonté de réaliser son inspiration la plus noble et d'exprimer un génie qui frappe par sa puissance. Cette noblesse et cette puissance qui jaillissent, en ardeurs brûlantes de ce corps épuisé, vont se manifester par des œuvres d'une beauté singulière : la Méditation sur la mort de Marie, le poème du Centaure et le chant de la Bacchante.
Quelle est la force qui lui apporta cette énergie de rafraîchissement ?