XXVIII NOTICE
je respire sans cesse. Tous ces menus dctails de la vie intime dont renchaînemcnt constitue la journée sont pour moi autant de nuances d'un charme continu qui va se développant d'un bout à l'autre da jour.
« Le salut du matin qui renouvelle en quelque sorte le plaisir de la première arrivée, car la formule avec laquelle on s'aborde est à peu près la même, et d'ailleurs la séparation di3 la nuit imite a*sez bien les séparations plus longues, comme elles étant pleine de dangers et d'incertitudes; le déjeuner, repas dans lequel on fête immédiatement le bonheur de s'être retrouvés; la promenade qui suit, sorte de salut et d'adoration que nous allons rendre à la nature; notre rentrée et notre clôture dans une chambre toute lambrissée à l'antique, donnant sur la mer, inaccessible au bruit du ménage, en un mot, vrai sanctuaire de travail; le dîner qui nons est annoncé, non par le son de la cloche qui rappelle trop le collège ou la grande maison., mais par une voix douce; la gaieté, les vives plaisanteries, les causeries ondoyantes qui flottent sans cesse durant le repas; le feu pétillant •ie branches sèches autour duquel nous pressons nos chaises immédiatement après; les douces choses qui se disent à la chaleur de la flamme qui bruit tandis que nous causons, et, s'il fait soleil, la promenade au bord de la mer qui voit venir à elle une mère, son enfant dans les bras, le père de cet enfant et un étranger, ces deux-ci un bâton à la main; les lèvres roses de la petite fille qui parlent en même temps que les flots, quelquefois les larmes qu'elle verse, et les cris de la douleur enfantine sur le rivage de la mer; nos pensées à nous, en considérant la mère et l'enfant qui se sourient, ou l'enfant qui pleure et la mère qui tâche de l'apaiser avec la douceur de ses Taresses et de sa voix; l'Océan qui va toujours roulant son train de Tagues et de bruits; les branches mortes que nous coupons en nous en allant çà et là dans le taillis, pour allumer au retour un feu prompt et vif; ce petit travail de bûcheron qui nous rapproche de la nature et nous rappelle l'ardeur singulière de M. Féli pour le même bbcur; les heures d'étude et d'épanchement poétique, qui nous mènent jusqu'au souper; ce repas qui nous appelle avec la même douce voix et se passe dans les mêmes joies que le dîner, mais moins éclatantes, parce que le soir voile tout, tempère tout: la soirée qui %'ouvre par l'éclat d'un feu joyeux, et, de lecluie en lecture, de causeries en causeries, va expirer dans le sommeil ; à tous les charmes d'une telle journée ajoutez je ne sais quel rayonnement angélique, quel prestige de paix, de fraîcheur et d'innocence, que répandent la tête blonde, les yeux bleus, la voix argentine, les ris, les petites moues pleines d'intelligence d'un enfant qui, j'en suis sur, fait envie