MA SŒUR EUGÉNIE
Vai là go d'onfance.
J'aimais à ni'asseoir
l'our voir Dans le ciel immense L'oiseau voyager
Léger.
Quand ie ciel couronu; Le» horizons ticus
L)c feus, Plus d'un soir d'automne Aux bois m'a surpris
Assis,
î. » Dans lo ritioier mois dp. 18.1.1. pous éliops ,tii bcrl de la Ranfe, pftil fleuve de Brotagne, qui lie Saint-Malo, la ville des grèves... et Dinan, la vilib lux vallons romantiques... Le 31 décembre, après une promenade dans les bois, où Maurice avait pris beaucoup de plaisir à fouler ces feuilles sèches, en modulant un air national de son pays, il écrivit sur ce même air une élégie dont voici le text .. »
,H. DE La Mobvonnais, l'Université cn/Zio/i^ui?, janvier 1S-11.|
L'éditeur n'a pu résister au désir de clore le recueil des IUliquiœ de Maurice de Guérin par ces vers, très-imparfaits sans doute, mais qui expriment n'un.! manière touchante le sentiment qui, selon lai, a tenu et dû tenir la meilleun place dans le cœur du poëte. On compreudra ce désir et cette peoséo lorsqu'on aura lu, après les ccu\Tés do Maurice, ce qui nous est aussi reste de sa
t(KOR BUOÉNIB.
«Il POft.MES.
Écoutant les ailes Qui rasaient les toits
Dos bois, Bruissant entre elles Comme les flots clairs
Des mers.
Et ces mélodies Pénétraient mon cœur
Rêveur, Et mes rêveries Faisaient mieux qu'un roi
De moi.
Ma soeur Eugénie Au fronl pâle et doux,
Ciiez vous.
Bois pleins d'harmonie, Aux soupirs du vent
Souvent Mêlait sa romance Qui faisait pleuvoir
Le soir La douce abondance Des pleurs qu'au désert
On perd.
Elle aimait mes rêve»
Et j'aimais les siens Divins;
POEMES. 4f*
Et nos heures brèves Passaient sans témoin
Au soin De faire l'éclian.L^e Do Ijiens entre nous
Si doux ; Mille rêves d'ange Allaient de son seio
Au mien.
Quand la feui.ie grise Sous le vent follet
Houlait :
« Vois comme la brise Fait de ces débris
Des bruits, »
Disait Eugénie:
£t toutes les fois
Qu'au bois La feuille flétrie Au vent qui passait
Tombait, Elle, sans parole, Alais levant tout dro i
Son doigt, ♦
3Iontrait ce symbole Qui dans I air muet
Tour.iait.
A travers les branches
Et parmi le noir
Du soir, 2>' des ailes blancties
Reluisaient soudain,
I\loii sein De mille pensées Soulevant le poids,
Ma voix Disait : « Nos années Sont ces passagers Légers. »
Sur nos têtes frêles.
Poussés par les vents,
Douze ans Ont battu des ailes Depuis les accords
D'alors; Jlais leurs ailes lourdes Dans l'ombre des soirs
Trop noirs Passent toutes sourdes Sans bourdonnements
Charmants.
Voici qu'uno .innée Du mont éternel
Du ciel Vers nous inclinée.
Sur nous va passer,
Glisser.
Vous fiui, par les plaines..
POEMES. iVo
Écoutez les chants
Errants Dos choses loinlaiiics, Oiiel est aujourd'lnii
Celui De l'an qui s'avance?
l''sl-ce uu oiseau doux
Vers nous Portant l'espérance El le rameau fiais
De paix?
Quel bruit font ses ailo*^ Je voudrais avoir
Ce soir De sûres nouvelles De ce nouvel an
Venant :
Auia-t-il les cliarmes.
Ma sœur, de ces jours
Si courts Où toutes nos luîmes Venaient du bonheur
Du cœur?
MorJreus, 31 décembre 1S33.
FiN DE= POKMEs