‹ Maurice de GuérinChapitre 8 sur 44 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

et je no vois pas qu'il en parle. Il ne faut rien exagérer : cotte gentille Marie, dans son premier coslume, n'était qu'une petite paysanne îi ru-;a;^e el h la mesure de Paris. Ce n'est que plus lard que Brizeux a songé tout de bon à se faire Breton; dans le poëmo do lui, qui porte ce titre : les Bretons, il a réussi dans deux ou trois grands et vigoureux tiibleaux; l'ensemble manque d'intérêt, et le tout est dénué de charme. Je ne parle pas des divers recueils qui ont suivi, et qui, sauf quelques pièces assez rares, ne sont que les produits ingrats et de plus en plus saccadés d'une veine aride et tarie. Or, ce qu'avait surtout Guérin, c'est le jet, c'est la veine, c'est le charme, c'est la largeur et la puissance : l'auteur du Centaure est d'un autre ordre que le discret amoureux de Marie. Mais Brizeux, en vers, est artiste, et Guérin ne l'est pas assez. Brizeux a la science du vers; et s'il fait trop peu courir sa source, si, pour de bonnes raisons, il ne la déchaîne jamais, s'il n'a jamais ce que le généreux poëte Lucrèce appelle le magnum immissis certatnen habeniSj la charge à fond et à bride abattue, du moins il ramène toujours /es plis de sa ceinture, il a des manières habiles et charmantoe de l'agrafer.

En 1833, Guérin, ce^refon d'adnpticn et qui était alors bien plus Breton de génie et d'âme que Brizeux, vivait donc en plein de cette vie rurale, reposée, poétique et chrétienne, dont la sève montai* à flots dans son talent et s'épanchait avec fraîcheur dans ses pageè secrètes. Il avait ses troubles, ses défaillances intérieures, je lésais: nous reviendrons, au moins pour l'indiquer, sur ce côté faible de son âme et de sa volonté; son talent, plus tard, sera plus viril, en môme temps que sa conscience moins agitée; ici, il est dans toute sa fleur délicate d'adolescence. Il y eut un moment unique oij toutes les nuances étaient observées, oii les adorations s'unirent et se confondirent. Que l'on se figure, à la Chênaie, qui s'appelait encore une maison sainte, le jour de Pâques de cette année 1833, le 7 avril, une matinée radieuse, et ce qui s'y passait une dernière fois de touchant.

SUR MAURICE DE QUERIN. Xïl

Celui qui était encore l'abbé de La Mennais célébrait dans la chapelle la messe pascale, — sa dernière messe, — et y donnait de sa main la communion à de jeunes disciples restés fidèles, et qui le croyaient fidèlo aussi : c'étaient Guérin, Élie de Kertanguy, François du Breil de Marzan, jeune poëte fervent, tout heureux de ramener à la samte Tabie une recrue nouvelle, un ami plus âgé de dix ans, Hippoh te de La Morvonnais, poète lui-même. Il y avait en ce moment à la Chênaie, ou il allait y venir, quelques hommes dont la rencontre et l'entretien donnaient de pures joies : l'abbé Gerbet, esprit doux et d'un^ aménité tendre; l'abbé de Cazalès, cœur affectueux et savant dans les voies intérieures; — d'autres noms, dont quelcjucsuns ont marqué depuis en des sciences diverses : Eugène Bore, Frédéric de La Provostaye; c'était toute une pieuse et docte tribu. Qui eût dit alors à ceux qui se groupaient encore autour du maître, que celui qui venait de leur donner de sa main la communion ne la donnerait plus à personne, qu'il la refuserait lui-même à tout jamais, et qu'il allait bientôt avoir pour devise trop vraie un Chêne brisé par l'orage, avec cette légenck altière : Je romps et ne plie pas ? une devise de Titan, à la Capanéel — Oh! si l'on nous l'eût dit, quel frisson eût passa dans nos veines! écrivait l'un d'eux. — Mais pour nous, qui n'avons ici qu'à parler de littérature, il est impossible de m pas noter un tel moment mémorable dans l'histoire morale de ce temps, de n'y pas rattacher le talent de Guérin, de ne pas regretter que l'éminent et impétueux esprit qui couvait déjà des tempêtes n'ait pas fait alors comme le disciple obscur caché sous son aile, qu'il n'ait pas ouvert son cœur et son oreille à quelques sons de la flûte pastorale; qu'au lieu de se déchaîner en idée sur la société et de n'y voir qu'enfer, cachots, souterrains, égouts (toutes images qui lui reviennent perpétuellement et qui l'obsèdent; , il n'ait pas regardé plus souvent du côté de la nature, pour s'y adoucir et s'y calmer. Et pourtant. ce même M. de La Mennais écrivait. Quelques mois après, i

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