‹ Maurice de La Sizeranne: Aveugle, Bienfaiteur des AveuglesChapitre 10 sur 21 · L’ASSOCIATION VALENTIN H AU Y · texte numérisé non relu

L’ASSOCIATION VALENTIN H AU Y

surtout à rassurer sa propre prudence. La rédaction des statuts, qui suivit de près, permet de conjecturer sa réponse.

« Simple changement d’habit : nous serons une grande œuvre au lieu d’un faisceau d’œuvres. Soit, mais veillons à ce que l’habit de cérémonie que vous nous proposez de revêtir ne nous ruine pas.

« L’heure de nous transformer n’a vraiment sonné, mes amis, que si nous sommes bien résolus à rester strictement fidèles dans une grande œuvre à trois principes tutélaires qui nous ont guidés jusqu’à ce jour.

« Le plus malaisé à sauvegarder, c’est le principe d’une entente étroite avec toutes les œuvres s’occupant des aveugles. Une poussière de petites œuvres ne portait ombrage à personne. Il n’en sera pas de même d’une œuvre générale. Notre but doit être de donner plus de cohésion aux efforts tentés en vue du bien des aveugles, en quelque lieu qu’il soit fait, dans quelque ordre d’idées qu’il se manifeste. Nous seconderons, sitôt que nous en aurons les moyens, les sociétés constituées en faveur des aveugles. Sans jamais nous substituer à elle:, nous les indiquerons aux aveugles intéressés.

« Un second point qui me préoccupe, c’est la lèpre des frais généraux. Elle infecte presque infailliblement toutes les œuvres qui se disent grandes. Grande œuvre, nous resterons une œuvre humble, n’ayant point de siège social autre que le cabinet de travail où vous voilà réunis. Notre Bibliothèque Braille est bien à l’étroit, 22, rue Rousselet, et notre Musée point trop au large, 14, rue Bertrand : ils y demeureront l’un et l’autre, tant que les murs les contiendront. Surtout nous inscrirons dans nos statuts, parmi nos ressources régulières, avant même les ressources en espèces, « le concours actif de ceux des membres qui « consacrent une partie de leur temps et de leurs facultés « au service de l’œuvre. » La cotisation de ssimples membres adhérents sera très faible, un franc seulement, parce que, plus encore que de vastes ressources, il nous importe de

réunir un grand nombre de collaborateurs actifs, prêts à employer des aveugles ou à les faire employer. Le jour enfin où il nous faudra de toute nécessité prendre des salariés, autant que possible nous embaucherons des aveugles, et s’il nous faut absolument des voyants, nous choisirons des parents d’aveugles; nos frais généraux serviront du moins à leur manière l’oeuvre de patronage.

« Voici toutefois le point capital. Notre action a réussi parce que nous, qui l’avons entreprise, sommes aveugles. Nous avons la compétence que confère la cécité. Le résultat le plus fécond que nous ayons obtenu, c’est cette aide mutuelle partout suscitée entre les aveugles qui, quand la cause commune est en jeu, ne ménagent ni leur temps ni leur peine. Nous transformons les aveugles en typhlophiles. Si, parce qu’elle devient grande, notre œuvre cessait d’être entre les mains des aveugles, elle serait ruinée. Les statuts doivent donc leur assurer une large part dans l’administration. Nous adopterons — voulez- vous? — la mesure qui a si bien réussi depuis quarante ans à la Société de -placement et de secours de V Institution nationale : « La moitié des « membres du conseil d’administration devra être choisie « parmi les aveugles. » Si le président est choisi parmi les membres clairvoyants du conseil, le secrétaire général devra l’être parmi les aveugles. Pourquoi, entre nous, ce soir, n’irais-je pas jusqu’au bout de ma pensée, que nous n’inscrirons point tout entière dans les statuts? Il faudrait que les membres clairvoyants du conseil ne fussent que les pourvoyeurs de fonds, les conseillers et les agents d’exécution des membres aveugles, entre les mains desquels devraient rester toujours — du moins pour les questions techniques — les rênes du gouvernement.

« Œuvre d’union, servie par une multitude d’activités bénévoles, dirigée par les aveugles, pourquoi notre Association Valentin Haüy , ainsi constituée, ne songerait-elle pas à s’installer un peu partout, en province comme à Paris, voire aux colonies? Dès ce soir je vous propose d’inscrire aux statuts l’article que voici : « Des groupes locaux pourront,

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