‹ Maurice de La Sizeranne: Aveugle, Bienfaiteur des AveuglesChapitre 9 sur 21 · FONDATION ET DÉVELOPPEMENT DE L’ASSOCIATION VALENTIN HAÜY · texte numérisé non relu

FONDATION ET DÉVELOPPEMENT DE L’ASSOCIATION VALENTIN HAÜY

Ce fut le soir du 3 décembre 1888. Les habitués étaient réunis chez Maurice de la Sizeranne. Le commandant Barazer prit la parole. Aucun des témoins ne nous a conservé le récit de cette soirée, mais j’imagine sans peine son petit discours.

« Mon ami, dit-il sans doute, nous avons été une cire molle entre vos doigts ; vous avez façonné comme vous l’entendiez l’aide que nous vous apportions. A nous de vous pousser à notre tour. Nul de nous n’ignore plus votre pensée de derrière la tête. Pour voir la grande œuvre que vous rêvez, nous n’avons eu qu’à achever mentalement le dessin qui se formait sous nos yeux. Elle nous est chère déjà comme à vous-même. Eh bien, nous estimons que l’heure a sonné de lui donner naissance.

« Oh ! je sais votre horreur des philanthropes de cabinet qui, un beau jour, s’avisent de créer une œuvre, imaginent un titre, groupent autour d’une table des gens qui ne se sont jamais vus, distribuent des fonctions honorifiques et puis sont tout surpris de constater au bout de quelques mois que leur œuvre ne sert à rien. L’Association que vous allez créer, elle existe déjà, et depuis six ans* Elle a commencé modestement, comme toutes les choses qui veulent durer, modelant son action sur des besoins constatés, poussant en

chaque point de profondes racines. L’acte officiel qui la fondera ne fera que constater son existence et dresser son état civil.

« Nos buts? Pour les écrire, je n’ai eu qu’à regarder ce que nous faisons. Voici vos statuts, tels que je les ai copiés dans les faits.

« Aider les aveugles de toutes conditions et par tous les moyens. Étendre le mouvement en faveur des aveugles et unir les personnes qui s’intéressent à eux. Chercher et recommander les meilleures méthodes d’enseignement intellectuel et professionnel. Augmenter le nombre des livres à l’usage des aveugles, en diminuer le prix, les mettre à la portée de tous par des bibliothèques circulantes. Encourager le perfectionnement des appareils, des outils spéciaux, s’efforcer de les rendre moins coûteux et de les vulgariser. Favoriser le perfectionnement des établissements utiles aux aveugles ; solliciter des pouvoirs publics, des grandes administrations, l’adoption de mesures favorables aux aveugles. Chercher à faire bénéficier les aveugles nécessiteux des institutions philanthropiques établies pour tous les indigents. Étudier et vulgariser la prophylaxie de la cécité. Patronner les enfants aveugles ; encourager les parents et leur donner les indications nécessaires pour qu’ils puissent les faire instruire. Étudier, recommander, appliquer les meilleurs systèmes de patronage, de soutien moral et matériel pour les travailleurs adultes.

« Ces services, tous créés déjà, tous vivants, nous en opérons la synthèse dans une grande œuvre, rien de plus.

« Son nom n’est plus à choisir : l’Association qui réunit le Valentin Haüy , la Conférence Valentin Haüy , la Bibliothèque Valentin Haüy , le Musée Valentin Haüy , ne saurait être que V Association Valentin Haüy. »

Ballu était radieux. Bernus approuvait de sa voix basse. Mais Guilbeau s’agitait. Il parla de « mégalomanie typhlophilique ». Maurice de la Sizeranne avait à le rassurer et

Page 1